تقرير منظمة العفو الدولية لعام  2012
حالة حقوق الإنسان في العالم

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ÉTATS-UNIS


Qui sont les détenus de Guantánamo ?


Cas n°15

Abdulsalam al Hela, ressortissant yéménite




AMNESTY INTERNATIONAL

DOCUMENT PUBLIC

Index AI : AMR 51/012/2006

ÉFAI


Londres, 11 janvier 2006





Abdulsalam al Hela, ressortissant yéménite

Nom :Abdulsalam al Hela

Nationalité :yéménite

Profession :homme d’affaires

Âge :trente-quatre ans

Situation de famille :marié, deux enfants




«Les contacts avec lui ont brusquement été rompus […]

Quand on essayait de l’appeler,

son téléphone portable sonnait mais il ne répondait pas.»

Le frère d’Abdulsalam al Hela

parlant de la «disparition» de ce dernier



Abdulsalam al Hela est un homme d’affaires de Sanaa, au Yémen. En septembre 2002 il s’est apparemment rendu en Égypte pour un rendez-vous avec Arab Contractors, une entreprise de construction égyptienne dont il était le représentant au Yémen. Pendant son déplacement il a régulièrement téléphoné à sa famille. Selon son frère, lors de son dernier appel il semblait nerveux et inquiet et a indiqué qu’il devait se rendre à une réunion. Il ne voulait pas en dire plus au téléphone. Sa famille ne devait plus avoir de nouvelles de lui pendant plus d’une année, avant de recevoir une lettre sortie clandestinement d’une prison en Afghanistan.


Abdulsalam al Hela a été enlevé par les autorités égyptiennes et remis à des représentants des autorités étasuniennes. Il est convaincu que les États-Unis et l’Égypte se sont concertés pour l’attirer en Égypte dans l’intention de le faire «disparaître» afin de l’interroger au sujet de ses contacts au Yémen. Il est ainsi devenu une victime de la pratique américaine des détentions secrètes et des transferts d’un pays à un autre, sans aucun contrôle judiciaire et sans possibilité d’obtenir l’assistance d’un avocat et d’avoir des contacts avec sa famille.


Sa destination finale était le centre de détention de la base navale de Guantánamo Bay, à Cuba. C’est là qu’il se trouve aujourd’hui.



Arrestation et «transfert extraordinaire»


Abdulsalam al Hela a été arrêté deux jours après son arrivée en Égypte, où l’avait amené un voyage d’affaires. Il a été interrogé dans un hôtel, dans un «endroit secret», par des gens qu’il a décrit comme étant des civils. On l’a brièvement relâché puis arrêté de nouveau et emmené dans un autre hôtel. Il dit qu’il n’a pas été torturé par les autorités égyptiennes mais affirme avoir été soumis à «un traitement dégradant».


Sept ou huit jours après sa première arrestation, ses ravisseurs égyptiens l’ont emmené dans un aéroport à bord d’un minibus. Là, il a vu des soldats encagoulés qui, selon lui, devaient être américains et qui gardaient un petit avion privé de 20 places au maximum. Les Égyptiens ont remis Abdulsalam al Hela aux responsables étasuniens qui l’ont complètement déshabillé et l’ont fouillé. Ils l’ont ensuite revêtu d’une combinaison bleue, menotté et entravé, et ils lui ont bandé les yeux. Il a ensuite été jeté dans le petit avion où il a été attaché, encagoulé et bâillonné. Le gouvernement des États-Unis procédait ainsi au transfert et à la «disparition» d’Abdulsalam al Hela dans le cadre de sa «guerre contre le terrorisme».


Il est difficile de savoir où il a été transporté. Sa famille a dit à Amnesty International que l’ambassade d’Égypte à Sanaa lui avait indiqué qu’Abdulsalam al Hela avait quitté l’Égypte à bord d’«un avion spécial qui l’a emmené à Bakou, en Azerbaïdjan».


Ce qui est certain c’est qu’il a été emmené en Afghanistan, où il a été détenu secrètement, de façon illégale et au secret pendant deux ans.



Les traitements subis en Afghanistan


«J’ai été emprisonné en Afghanistan par les Américains après avoir été arrêté […]en Égypte alors que j’y faisais un bref voyage d’affaires. La CIA s’est entendue avec le Mukhabarat égyptien pour lancer de fausses accusations contre moi et me menacer afin de justifier le crime qu’ils ont commis en m’enlevant…»

Abdulsalam al Hela,

dans une lettre sortie clandestinement d’une prison afghane


En Afghanistan, Abdulsalam al Hela a été d’abord incarcéré dans une petite prison de Kaboul qu’il a appelée la «prison sombre»car les détenus y étaient maintenus dans l’obscurité complète vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Benyam Mohammed al Habashi, qui est aussi actuellement détenu à Guantánamo Bay, a fait une déclaration laissant entendre qu’il a séjourné dans la même prison qu’Abdulsalam al Hela. La «prison sombre»de Kaboul était, semble-t-il, réservée aux «individus spéciaux».Selon Benyam al Habashi, une vingtaine de personnes y étaient détenues, dont l’«homme d’affaires yéménite de Sanaa»nommé Abdulsalam.


Des notes dont le caractère secret a récemment été levé indiquent qu’Abdulsalam al Hela a été détenu dans cette prison pendant trois mois et demi.


Il dit y avoir subi les traitements suivants :

  1. il était régulièrement déshabillé complètement et interrogé ;

  2. il a été suspendu au plafond pendant de longues périodes ;

  3. il avait constamment une main attachée au mur à l’aide de menottes, ce qui l’empêchait de dormir et d’aller aux toilettes ;

  4. comme Benyam Mohammed al Habashi, il dit que de la «musique rock violente» était diffusée à plein volume vingt-quatre heures sur vingt-quatre ;

  5. les détenus étaient maintenus en permanence dans l’obscurité totale. Abdulsalam al Hela dit qu’il a vu de la lumière seulement la fois où, au cours d’un interrogatoire, on lui a braqué dans les yeux une lumière stroboscopique puissante qui l’a temporairement rendu aveugle.


Abdulsalam al Hela dit avoir beaucoup maigri en prison. Il a perdu 31 kilos depuis son enlèvement. Selon Benyam Mohammed al Habashi, «beaucoup[de détenus] ont perdu la tête»à cause des interrogatoires incessants et de la privation sensorielle. Toujours selon lui, les médecins semblaient examiner les patients «pour s’assurer qu’ils perdaient du poids».


Abdulsalam al Hela a ensuite été transféré dans une autre prison appelée Malidu, également située à Kaboul ou dans ses environs. Il dit qu’il s’agissait d’un bâtiment souterrain plus moderne où les conditions de détention étaient meilleures. Il y a été détenu pendant deux mois et demi au cours desquels il a été interrogé par du personnel étasunien pendant quinze jours d’affilée.


Après ce séjour à Malidu, il a été incarcéré dans un autre centre de détention en Afghanistan où ses geôliers lui ont indiqué qu’il était détenu sur l’ordre des États-Unis. Il y est resté un an et deux mois. Abdulsalam al Hela dit qu’il y a été torturé, mais il insiste sur le fait que l’épreuve psychologique causée par la détention au secret était bien plus dure à supporter que les sévices physiques. Pendant toute la durée de son séjour dans ces prisons, il n’a vu aucun représentant de la Croix-Rouge, encore moins un avocat.


Abdulsalam a été brièvement incarcéré de nouveau dans la prison de Malidu avant d’être emmené à la base américaine de Bagram. Il a du mal à parler de son séjour à Bagram. Il a dit à son avocat que «[ses] blessures sont trop nombreuses»et qu’il «ne [veut]pas les rouvrir».Il a simplement déclaré que les conditions de détention étaient «très, très dures».



Guantánamo


«[Nous]voulons savoir si cela continuera toujours ainsi,

sans vrais procès, sans respect des droits humains.»

Abdulsalam al Hela


Abdulsalam al Hela a été transféré d’Afghanistan à Guantánamo Bay le 17 septembre 2004. Il souffre de taux élevés de cholestérol et de diabète. Une de ses jambes le fait également souffrir, apparemment en raison d’une fracture qui date de sa détention en Afghanistan aux mains des autorités étasuniennes. Il affirme que les soins médicaux dont il avait besoin lui ont toujours été refusés.

Abdulsalam al Hela dit avoir subi à Guantánamo les traitements suivants :

  1. il a une fois eu les pieds et les poings attachés et été frappé par un gardien. Lorsqu’il a demandé à ce gardien pourquoi il le battait, il a obtenu la réponse suivante : «Parce que tu es un terroriste» ;

  2. il a été régulièrement battu ;

  3. il a refusé une fois d’aller à l’interrogatoire parce que l’appel à la prière n’avait pas eu lieu. À titre de punition il a été traîné hors de sa cellule, toutes ses affaires ont été enlevées et il a été contraint de dormir à même le sol ;

  4. les gardiens du camp agressent verbalement et insultent les détenus constamment.


Abdulsalam al Hela a été incarcéré dans le Camp V de Guantánamo, le camp le plus dur du centre de détention, conçu sur le modèle des établissements de très haute sécurité existant sur le territoire continental des États-Unis.


Il exprime son amertume et sa colère quand il fait état des discriminations et des présomptions de culpabilité qu’il a constatées à Guantánamo Bay. Les détenus ont remarqué que la plupart des prisonniers européens et beaucoup d’Afghans et de Pakistanais ont été libérés alors que les Arabes sont en majorité maintenus en détention. Abdulsalam al Hela signale également que les gardiens considèrent automatiquement les détenus comme «des individus ignobles»et «des terroristes». Un gardien lui a demandé : «Si tu es innocent, que fais-tu à Guantánamo ?»


Ne supportant plus les abus et les injustices subis dans le camp, Abdulsalam al Hela a entamé une grève de la faim en juillet 2005 en même temps que 200 autres détenus. Au cours de cette première grève de la faim, il a perdu 12,3 kg. Il l’a interrompue parce que les autorités avaient fait de nombreuses concessions et promesses – sur lesquelles elles sont ensuite revenues.


Il a repris sa grève de la faim après le ramadan en déclarant que cette fois il n’abandonnerait pas parce que «le plus important, [c’est]que les Conventions de Genève soient respectées».Il ajoute qu’au cours de la plus récente grève de la faim, des détenus ont été nourris de force pendant les heures de jeûne du ramadan, à l’aide de sondes gastriques introduites par la voie nasale.



La famille


«Je veux que mon père revienne.»

Le fils d’Abdulsalam al Hela


La famille d’Abdulsalam al Hela a dû supporter la très douloureuse épreuve de sa «disparition» pendant plus d’une année. Elle a reçu confirmation de sa détention aux mains des autorités étasuniennes en Afghanistan puis à Guantánamo Bay mais les contacts sont restés très limités. Les lettres ne lui parviennent que par intermittence, en général après avoir été fortement censurées par les autorités étasuniennes.


La dernière fois qu’il a reçu la visite de son avocat à Guantánamo, Abdulsalam al Hela lui a dit : «Prenez bien soin de ma mère parce qu’elle est ce que j’ai de plus cher au monde.», et il a ajouté :«Prenez soin de mes enfants et élevez-les dans un bon environnement.»



Agissez en faveur d’Abdulsalam al Hela


Dans vos lettres aux autorités des États-Unis :

237

  1. rappelez qu’Abdulsalam al Hela et les autres détenus de Guantánamo Bay doivent être jugés en conformité avec les normes internationales d’équité, ou libérés ;

  2. demandez qu’il soit mis fin à la pratique des «transferts extraordinaires» et des «disparitions» dans le contexte de la «guerre contre le terrorisme» ;

  3. demandez aux autorités de veiller à ce qu’Abdulsalam al Hela reçoive les soins médicaux dont il a besoin et puisse avoir des contacts suffisants avec sa famille, et à ce que sa famille soit pleinement informée de son statut juridique, de son état de santé et de ses conditions de vie ;

  4. exhortez le gouvernement des États-Unis à créer une commission indépendante chargée d’enquêter sur tous les aspects de la politique et des pratiques en matière de détention dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» ;

  5. demandez que les installations pénitentiaires de Guantánamo Bay soient fermées et que tous les autres centres de détention utilisés dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» soient ouverts à des observateurs extérieurs.


Dans vos lettres aux autorités yéménites :


  1. demandez-leur d’adresser une protestation officielle en faveur d’Abdulsalam al Hela ;

  2. cherchez à obtenir l’assurance que, s’il retourne au Yémen, Abdulsalam al Hela sera jugé conformément aux normes internationales d’équité des procès, ou libéré.


Dans vos lettres aux autorités égyptiennes :


  1. demandez l’ouverture d’une enquête indépendante sur le rôle des autorités égyptiennes dans l’enlèvement d’Abdulsalam al Hela et son transfert aux autorités américaines.



Adresses


Ministre de la Justice des États-Unis :

Alberto Gonzales

Attorney General

US Department of Justice

950 Pennsylvania Avenue, NW

Washington, DC 20530-0001

États-Unis

Fax : + 1 202 307 6777

Courriel : AskDOJ@usdoj.gov


Président de la République du Yémen :

His Excellency General ‘Ali ‘Abdullah Saleh

President

Office of The President

Sana’a

République du Yémen

Fax : + 967 127 4147


Ministre de l’Intérieur égyptien :

Minister of the Interior

General Habib Ibrahim El Adly

Ministry of the Interior

Al-Sheikh Rihan Street

Bab al-Louk

Cairo

Égypte

Fax : + 20 2 579 2031

Courriel : moi@idsc.gov.eg/ moi2@idsc.gov.eg/ moi1@idsc.gov.eg

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