Annual Report 2012
The state of the world's human rights

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Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATIONS 050/00

22 mars 2000 page 1



ANGOLA / NAMIBIE

Les civils sont durement éprouvés par l'extension du conflit angolais à la frontière namibienne

Index AI : AFR 03/02/00

Embargo : 22 mars 2000 (00 h 01 GMT)


« La propagation de la guerre civile angolaise en territoire namibien s'est traduite par une nette augmentation des atteintes aux droits humains dans les zones frontalières instables, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié ce jour (mercredi 22 mars 2000).

« Cette extension du conflit angolais à la Namibie et la multiplication des atteintes aux droits humains qui en résulte portent un nouveau coup à un continent déjà ravagé par les guerres, a ajouté l'Organisation.

« Les forces angolaises et namibiennes se sont rendues coupables de violations généralisées des droits humains après que le gouvernement namibien eut décidé d'autoriser les troupes angolaises à combattre les forces de l'União Nacional para a Independência Total de Angola (UNITA, Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) à partir du territoire namibien. L'UNITA a alors répliqué par des actions de représailles impitoyables, destinées à semer la terreur parmi la population, a fait observer Amnesty International.

« Les tensions se sont également exacerbées dans le nord-est de la Namibie du fait de la campagne de répression menée par le gouvernement namibien dans le couloir de Caprivi contre des membres présumés de la Caprivi Liberation Army (CLA, Armée de libération de Caprivi) revendiquant l'indépendance de ce territoire ».

Ce rapport, rédigé à la suite d'une visite effectuée par des chercheurs d'Amnesty International en Namibie en janvier et février 2000, rend compte des violations des droits humains dont sont victimes les populations civiles de part et d'autre de la frontière. Il souligne en conclusion que les autorités n'ont quasiment pris aucune mesure pour enquêter sur les informations faisant état de violations et pour traduire les responsables présumés en justice.

Les chercheurs de l'Organisation ont recueilli des informations, notamment des récits de témoins oculaires, faisant état d'exécutions auxquelles auraient procédé en Angola les Forças Armadas Angolanas (FAA, Forces armées angolaises), au cours de l'offensive lancée fin 1999 pour reconquérir les villes et villages contrôlés par l'UNITA.

Ainsi, le 14 décembre 1999, des personnes se trouvant sur la rive sud de l'Okavango – qui sépare le sud-est de l'Angola du nord-est de la Namibie – ont déclaré avoir vu, côté angolais, des soldats des FAA entraîner un groupe d'hommes dans des buissons. Puis elles auraient entendu des coups de feu. Quelques jours plus tard, des journalistes sont entrés en Angola, à l'endroit où ils pensaient que les coups de feu avaient été tirés, non loin du village d'Halukombe. Ils y ont découvert et filmé six corps en décomposition.

Par ailleurs, le 22 janvier, des soldats des FAA opérant à Mushangara, en Namibie, ont encerclé Thaddeus Mubili, un garde-chasse, et l'un d'eux l'a abattu. Ils l’accusaient de ne pas les avoir avertis de la présence d'une mine terrestre, déposée par un groupe de l'UNITA battant en retraite, qui avait blessé un des membres des FAA en explosant.

La grande majorité des homicides délibérés commis sans discrimination le long de la frontière, en particulier dans la région septentrionale d'Okavango et le long du couloir de Caprivi, ont été perpétrés par l'UNITA. Ainsi, le 6 février, 28 personnes ont été tuées et 42 autres blessées, parmi lesquelles des femmes et des enfants, lorsque de nombreux éléments de l'UNITA ont pris d'assaut la ville de Santa Clara du côté angolais de la frontière.

« Toutes les attaques délibérées menées contre les civils pris au piège de ce conflit constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire, aux termes duquel tous ceux qui ne participent pas directement aux hostilités doivent être traités avec humanité, a souligné Amnesty International. Les responsables de l'UNITA doivent veiller à ce que tous ceux qui sont placés sous leur commandement respectent ces dispositions du droit de la guerre, destinées à protéger les civils contre les actes de torture et les homicides délibérés ».

Les réfugiés qui fuient les affrontements en Angola sont loin d'être assurés de trouver la sécurité qu'ils recherchent en Namibie. Des hommes ont en effet été délibérément séparés de leurs familles et dans certains cas, semblent avoir « disparu ». Des personnes soupçonnées de soutenir l'UNITA ont été remises contre leur gré aux FAA par la Special Field Force (SFF, Force d'intervention spéciale), une unité de police paramilitaire namibienne, en violation du droit namibien et sans se voir accorder la possibilité de demander asile.

Dans le camp de réfugiés d'Osire, en Namibie, où sont regroupées plus de 8 500 personnes, au moins 40 femmes ont exprimé leur inquiétude en constatant que leurs maris ne les avaient pas rejointes au camp, alors qu'ils avaient traversé ensemble la frontière namibienne. Elles ont déclaré qu'elles craignaient que leurs époux n'eussent été livrés à l'armée angolaise. Amnesty International a recueilli d'autres informations selon lesquelles des hommes réfugiés au camp d'Osire avaient été emmenés par les FAA dans une caserne située dans la province angolaise de Cunene, pour y être incorporés dans l'armée.

« La Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés interdit clairement à tout État d’expulser ou refouler une personne vers un pays où sa vie pourrait être menacée », a rappelé l'Organisation.

Les forces de sécurité namibiennes, dont la SFF, se sont également rendues responsables de violations des droits humains contre la population du couloir de Caprivi. Un grand nombre des 300 personnes arrêtées à la suite de l'offensive lancée par la CLA contre la principale ville de la région, Katima Mulilo, le 2 août 1999, ont apparemment été battues et torturées. Au mois de janvier 2000, 35 personnes appréhendées avaient porté plainte pour torture. Trois fonctionnaires de police ont été nommément désignés en tant que tortionnaires par nombre de ceux qui ont affirmé avoir été victimes de sévices, mais ils sont toujours en service.

De même, il est courant que les membres de la SFF frappent les civils qu'ils interpellent dans le cadre de contrôles d'identité, d'après des personnes vivant à Rundu, en Namibie, et dans d'autres villes et villages le long de l'Okavango. Un fermier, Kamungwe Ngondo, a été appréhendé le 3 février faute d'avoir présenté ses papiers d'identité. Des membres de la SFF l'ont conduit dans leur base, à l'aéroport, et lui ont fouetté le dos et la poitrine. Il y a été maintenu en détention pendant deux semaines.

Amnesty International appelle les autorités namibiennes et angolaises à enquêter sur toutes les informations faisant état d'exécutions extrajudiciaires, d'homicides commis sans discrimination, de passages à tabac ainsi que d'actes de torture, et à veiller à ce que les responsables présumés de ces agissements soient traduits en justice.

« La propagation de la violence dans la région ne pourra être enrayée que si tous ceux qui ont commis des violations des droits humains sont traduits en justice. Sans quoi, le cycle de l'impunité débouchera sur de nouvelles souffrances », a conclu Amnesty International. ?

Pour obtenir de plus amples informations ou recevoir un exemplaire du rapport intitulé Angola and Namibia: Human Rights abuses in the border area [Angola et Namibie. Atteintes aux droits humains dans la zone frontalière], veuillez contacter le service de presse d'Amnesty International, à Londres, au 44 207 413 5808, ou consulter notre site web (http://www.amnesty.org).

La version originale a été publiée par Amnesty International,

Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi.

La version française a été traduite et diffusée par les Éditions Francophones d'Amnesty International - éfai -

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