Annual Report 2012
The state of the world's human rights

Document - South Africa: Mengistu - the opportunity for justice must not be lost

Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATIONS 230/99

6 décembre 1999 page 1



AFRIQUE DU SUD

Mengistu : une occasion de faire justice à ne pas perdre

Index AI : AFR 53/12/99

Le gouvernement sud-africain doit ouvrir sans délai une enquête exhaustive sur les présomptions de crimes contre l’humanité qui pèsent sur l’ancien chef d’État éthiopien Mengistu Hailé-Mariam, a déclaré Amnesty International aujourd’hui (lundi 6 décembre 1999) .

« Mengistu Hailé-Mariam, qui se trouve actuellement en Afrique du Sud, s’est trop longtemps soustrait à l’obligation de répondre des crimes atroces commis pendant qu’il était au pouvoir.

« Les autorités sud-africaines ne doivent pas laisser passer cette occasion de faire justice », a ajouté l’organisation de défense des droits humains.

Dans une lettre adressée au gouvernement sud-africain vendredi dernier, Amnesty International s’est félicitée des informations selon lesquelles il a soumis au Directeur national du ministère public la question des poursuites à engager contre Mengistu Hailé-Mariam ou de son éventuelle extradition. Des organisations non gouvernementales (ONG) sud-africaines et internationales ont appelé le gouvernement à agir.

« Après la décision historique prise au Royaume-Uni à l’encontre d’Augusto Pinochet, la communauté internationale avertit ainsi à nouveau tous les auteurs présumés de violations des droits humains qu’ils ne pourront pas se soustraire à une comparution devant un tribunal chargé d’établir leurs responsabilités. »

Aux termes des lois sud-africaines et du droit international, l’Afrique du Sud est tenue de veiller à ce que Mengistu Hailé-Mariam reste dans le pays tant qu’une enquête sur les crimes dont il est l’auteur présumé sera en cours.

Si, à l’issue de cette enquête, il apparaît qu’il existe suffisamment de preuves contre lui, les autorités devront soit le poursuivre en justice, soit l’extrader vers un État où il sera jugé en conformité avec les normes internationales d’équité et où il ne pourra pas être condamné à la peine capitale.

Toutefois, l’organisation de défense des droits humains est préoccupée par les propos d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères cités récemment par la presse sud-africaine, selon lesquels le fait que Mengistu Hailé-Mariam soit un réfugié interdirait son extradition et lui conférerait le droit de demeurer dans le pays pour y recevoir un traitement médical.

« Cependant, les conventions des Nations unies et de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) relatives aux réfugiés, auxquelles l’Afrique du Sud est partie, excluent catégoriquement la possibilité d’accorder le statut de réfugié à des personnes dont il existe des raisons sérieuses de penser qu’elles ont commis, entre autres crimes, des crimes contre l’humanité », a rappelé l’Organisation.

L’Afrique du Sud ayant adopté une attitude positive sur le plan international en soutenant des initiatives visant à traduire en justice les auteurs de crimes graves – au Tribunal pénal international pour le Rwanda et en contribuant à la création de la Cour pénale internationale, par exemple – Amnesty International demande instamment au gouvernement sud-africain de respecter les obligations qui sont les siennes et de veiller à ce que justice soit faite dans cette affaire.

Informations générales

Entre 1974 et 1991, le lieutenant-colonel Mengistu Hailé-Mariam a été président du Dergue, le gouvernement militaire de l’Éthiopie, puis chef de l’État. Au cours de cette période, des dizaines de milliers d’opposants politiques ont été tués, en particulier pendant la campagne de la « Terreur rouge » en 1977-1978. Des centaines de milliers d’adversaires du gouvernement, notamment des membres de l’ethnie oromo, d’anciens responsables du gouvernement impérial, des étudiants marxistes et des opposants pacifiques, ont été emprisonnés de façon arbitraire. La torture des prisonniers politiques était généralisée et systématique.

Depuis 1995, Mengistu Hailé-Mariam fait l’objet d’une procédure par contumace en Éthiopie pour des crimes contre l’humanité commis entre 1974 et 1991 et qui comprennent des actes de génocide, des exécutions illégales, des actes de torture et des « disparitions ». Soixante-sept anciens membres du Dergue y sont également poursuivis en justice, dont 22 par contumace.



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