Document - Sudan: Victims of the war in Darfur speak about their plight

Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATION 140/2004 page 3





SOUDAN

Des victimes de la guerre au Darfour parlent de leurs souffrances

Index AI : AFR 54/063/2004
ÉFAI

Embargo : jeudi 3 juin 2004 (10h01 TU)


COMMUNIQUÉ DE PRESSE


« L’attaque a eu lieu à l’aube. C’était en septembre 2003. Des Janjawid [milices armées soutenues par le gouvernement, NDLT] sont arrivés en grand nombre en chameau, à cheval et à bord de voitures. Quelques femmes arabes les accompagnaient, certaines à dos de chameau, d’autres sur des ânes. Les femmes ont pris part au pillage. Je dormais quand l’attaque a eu lieu. J’ai été emmenée par les assaillants, certains vêtus de kaki, d’autres en civil, en même temps que des dizaines d’autres filles. On nous a fait marcher pendant trois heures. Pendant la journée, ils nous ont battues et les Janjawid nous ont dit : « Vous, les femmes noires, on va vous exterminer ; vous n’avez pas de Dieu ». Ils nous ont emmenées à un endroit dans la brousse où les Janjawid nous ont violées plusieurs fois la nuit. Pendant trois jours, nous sommes restées sans nourriture et pratiquement sans eau. Au bout de trois jours, les Janjawid ont dû partir ailleurs et ils nous ont libérées.Ils nous ont dit : « La prochaine fois que nous viendrons, nous vous exterminerons tous, nous ne laisserons pas un seul enfant vivant. » (Une jeune femme de vingt ans, originaire du village de Dasa dans le Darfour, aujourd’hui réfugiée dans un camp de l’est du Tchad)


« J’étais à la maison quand les soldats sont arrivés avec les Janjawid, à dos de chameau et à cheval. Ils ont encerclé le village, mis le feu à un certain nombre de maisons et tiré sur les gens. Mon frère a été tué sous mes yeux. » (Un réfugié au Tchad)


« Le lendemain de l’Aïd el Kebir, vers neuf heures du matin, un premier groupe d’assaillants est arrivé à dos de chameau, puis un deuxième groupe à cheval et le troisième groupe en voiture. Ils ont tiré en l’air. Il y avait des femmes arabes avec eux, qui chevauchaient derrière les hommes. Elles ont chanté des chansons pour encourager les hommes durant le pillage. Ils ont tiré et mis le feu à nos maisons. Ils disaient : « Personne ne sortira vivant, nous allons tous vous tuer. » Ils ont tiré sur les hommes du village. Toutes les maisons de Dasa ont été incendiées. » (Une femme de trente ans)


« J’ai tout perdu aujourd’hui ; il ne me reste que les doigts de mes deux mains. » (Un réfugié au Tchad)


« Tant que la sécurité de ma famille ne pourra être assurée, je ne souhaite pas rentrer chez moi. » (Un réfugié au Tchad)


«  Le village a été attaqué en août 2003, un matin vers six heures, par des hommes à cheval, à dos de chameau et à bord de voitures et d’avions, trois Antonov et deux MIG. Les Janjawid sont arrivés les premiers à cheval, puis les forces gouvernementales et enfin les avions. Environ 150 personnes ont été tuées : trois femmes et quatre enfants, les autres étaient tous des hommes. Les Janjawid ont battu trois femmes adultes en dehors du village parce qu’elles refusaient de leur dire où elles avaient caché leur argent. Je me suis enfuie avec d’autres habitants vers Wadi Sayra, puis on a marché pendant dix jours jusqu’à la frontière. Les Janjawid ont emmené 300 vaches, 400 chèvres et 200 chameaux, ainsi que de l’argent. » (Une femme de vingt-quatre ans, originaire du village de Kerana, à deux jours de marche de Jeneina)


« L’attaque s’est produite vers six heures du matin le dimanche 29 juin. Des Janjawid et des membres des forces gouvernementales y ont participé. Ils sont arrivés à dos de chameau, à cheval et en voiture – il y avait environ 150 hommes en kaki. Deux avions Antonov ont également pris part à l’attaque. Environ 65 hommes étaient en train de prier à la mosquée. Chevaux, chameaux et voitures ont encerclé la mosquée et les tirs ont commencé. Tous les hommes qui se trouvaient dans la mosquée ont été tués. » (Un réfugié originaire du village de Goz Naiïma, à environ 80 kilomètres de Abou Gamra)


« Nous sommes venus ici parce que les Arabes et le gouvernement veulent nous tuer. Ils nous ont chassés de notre village et ont pris tout ce que nous avions. » (Anonyme)


« Ceux du gouvernement sont venus avec des avions, des voitures, des chevaux et des chameaux. Nous ne pouvons pas les combattre ; nous sommes très pauvres et nous n’avons que Dieu pour nous aider. Ils nous tuent, on a dû s’enfuir pour ne pas mourir. » (Une femme déplacée du fait du conflit)


« Lorsque nous avons quitté le village, les soldats sont venus avec les Arabes et l’avion a largué la bombe. Maintenant, je ne sais pas où se trouvent ma mère et mon père. Je ne sais pas si les soldats les ont tués ou ce qui leur est arrivé. Tout notre village a brûlé. » (Un jeune réfugié de dix-neuf ans dans l’hôpital de campagne de MSF à Tina au Tchad)


« L’avion est arrivé et a bombardé la zone. On s’est enfui pour échapper à la bombe... loin du village. On a trouvé qu’il y avait des soldats avec les Janjawid. Ils étaient à cheval et à dos de chameau. » (Anonyme)


« Ils nous ont attaqués. Il y a eu des blessés. Des gens nous ont emmenés, mais on ne sait pas où se trouvent nos familles maintenant... nous, on s’est retrouvé ici. » (Un réfugié de vingt-quatre ans dans l’hôpital de campagne de MSF à Tina au Tchad)


« Nous sommes arrivés à Birak aux alentours du 10 août. Le problème, c’était que les Janjawid tuaient et brûlaient les maisons. Ils ont attaqué notre village deux fois en août, d’abord un dimanche, puis le samedi suivant. La première fois, ils ont attaqué vers six heures du matin, à un moment où les gens étaient chez eux.. Environ 250 d’entre eux sont arrivés sur des chameaux, à cheval et en voiture. Ils ont attaqué les gens dans leurs maisons et ont tué 25 personnes. Ils n’ont rien dit, ils ont simplement commencé à tirer en arrivant. Ils sont venus avec les soldats, ils tuent ensemble, ils ont les mêmes vêtements et voyagent dans des véhicules militaires. » (Un réfugié originaire du village de Jaffal, au sud de Silaya, à 165 kilomètres de Tina, aujourd’hui au Tchad)


« L’attaque s’est produite le 28 août. De nombreuses personnes ont été tuées : 82 au cours de la première attaque, 72 au cours de la seconde, dont une femme tuée au marché. Lors de la première attaque, le village a été incendié, certaines personnes ont été tuées par des armes à feu. D’autres, notamment des enfants et des vieillards, sont morts brûlés. On n’a pas eu le temps de se protéger. Les femmes sont souvent l’objet d’attaques, on leur prend leurs vêtements et on les laisse nues ; les hommes sont tués, les femmes violées ; on les torture, on les viole et on les bat. » (Un réfugié originaire du village de Murli, à 5 km de Jeneina, aujourd’hui au Tchad)


« Mon fils Abdel Qader, qui a huit ans, a été blessé à la main droite par une bombe. C’était le 7 juillet et il était à côté de la maison, en train de garder les chèvres. L’avion est arrivé, il a largué les bombes et le feu qui se dégageait des bombes a brûlé ses doigts. Un autre petit garçon a été blessé. Je suis allée voir le médecin pour avoir des médicaments mais l’avion est revenu et nous nous sommes enfuis à Tina au Tchad. Il va aller voir le docteur aujourd’hui. »

Abdel Qader : « Des fois, le sang coule entre mes doigts, ça fait mal. Je suis en classe de CM1 et je suis droitier. »

(Une femme réfugiée et son fils, à Tina, aujourd’hui au Tchad)


« Je suis venue ici parce que l’avion a détruit ma maison. Mon mari a été blessé et je suis malade. Je suis venue chercher des médicaments auprès de MSF. Quand l’avion est arrivé, j’étais enceinte de cinq mois. J’ai perdu le bébé à cause du bombardement. Quand l’avion a bombardé ma maison, j’étais dehors et j’ai vu mon mari à l’intérieur. J’ai couru vers la maison,. La fumée qui se dégageait de la bombe m’a fait tousser et puis j’ai perdu mon enfant. Je suis venue ici avec mon mari, il est rentré à Kornoy maintenant. Je suis venue ici il y a deux mois parce que je ne me sentais pas bien. J’ai encore mal dans tout le corps et j’ai toujours un gros ventre. » (Une réfugiée de Kornoy, aujourd’hui au Tchad)


« Je viens du village de Suju. Les Arabes sont arrivés à quatre heures du matin et ont commencé par tirer en l’air. Puis ils se sont mis à tirer sur les gens qui s’enfuyaient. Mon fils et mon frère ont été tués dans la cohue, comme de nombreux habitants du village. Beaucoup de victimes sont restées là où elles étaient tombées et n’ont pas pu être enterrées. Les Arabes sont partis à dix heures après avoir mis le feu aux maisons et volé le bétail. La plupart des victimes sont des hommes. » (Une femme de cinquante ans au camp de réfugiés de Goz Amer, au Tchad)


« Le village a été attaqué le 28 juin 2003. Des hommes à cheval et à dos de chameau et d’autres en voitures ont encerclé le village vers midi. Les Janjawid étaient accompagnés de soldats du gouvernement, ces derniers étaient en voiture. Deux heures plus tard, un Antonov et deux hélicoptères ont survolé le village et lancé des roquettes. Les assaillants sont entrés dans les maisons, ils ont tué ma mère et mon grand-père sans un mot. La plupart des habitants étaient restés chez eux. L’attaque a duré deux heures et tout a été incendié dans le village. » (Une femme de vingt-cinq ans originaire du village d’Abou Jidad, dans la région d’Abou Gamra, aujourd’hui réfugiée au camp de Mile au Tchad)  


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La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International – Éfai –
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