Document - Sudan: Releases welcome but continuing incommunicado detentions must stop
Amnesty International
BULLETIN D'INFORMATION 184/2003 page
SOUDAN
Des libérations bienvenues mais la pratique toujours en vigueur des détentions au secret doit cesser
Index AI : AFR 54/068/2003
ÉFAI
Mardi 5 août 2003
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Amnesty International salue la décision prise par les forces de sécurité soudanaises de remettre en liberté trente-deux détenus, au nombre desquels figurent des étudiants, des militants pacifistes et des membres de partis d’opposition qui étaient détenus au secret sans avoir été inculpés depuis des mois.
Toutefois, Amnesty International condamne fermement l’augmentation du nombre d’arrestations arbitraires par les autorités soudanaises, en particulier dans le Darfour, à l’ouest du Soudan, où un nouveau conflit armé interne est en train de se développer.
Les prisonniers, pour lesquels l’organisation avait lancé plusieurs appels au gouvernement, sont sortis de Kober, la principale prison de la capitale Khartoum, où ils étaient détenus arbitrairement au titre de la Loi relative à la sécurité nationale ; cette loi permet aux forces de sécurité de maintenir des personnes en détention sans inculpation pendant une période pouvant aller jusqu’à neuf mois.
« Ce geste est un pas dans la bonne direction et est à mettre au crédit de tous ceux qui ont fait pression sur le gouvernement soudanais pour qu’il libère ces prisonniers oubliés, a déclaré l’organisation.
« Les autorités soudanaises doivent à présent mettre un terme à la pratique de la détention au secret pendant des périodes prolongées ; elles doivent réformer ou abolir la Loi relative à la sécurité nationale, non conforme aux droit international relatif aux droits humains ; elles doivent aussi immédiatement inculper ou remettre en liberté toutes les personnes actuellement détenues au secret par les forces de sécurité, y compris dans le Darfour », a insisté l’organisation.
Arrestations arbitraires et détention au secret
Amnesty International continue de recevoir des informations faisant état d’arrestations de membres appartenant au groupe ethnique des Fur et Zaghawa, dans le cadre du conflit qui oppose le gouvernement soudanais à un nouveau groupe d’opposition armé, l’Armée de libération du Soudan (SLA, Sudan Liberation Army), dans les régions de Kutum et Tina dans le nord du Darfour. Du fait de l’absence d’observateurs indépendants dans ces zones reculées et de l’habitude des forces de sécurité et de l’armée de ne pas donner d’informations concernant les détentions, il est impossible de savoir combien de personnes sont actuellement détenues dans le Darfour.
Dans toute la région du Darfour, où la SLA a commencé ses actions en février 2003, les autorités soudanaises ont arrêté et maintiennent en détention au secret de nombreuses personnes soupçonnées de sympathie pour ce groupe armé.
À l’issue d’une nouvelle attaque de milices armées sur le village de Shoba le 25 juillet 2003, au cours de laquelle environ 51 habitants ont été tués, quatre villageois, Suleiman Tahir Abdalla, Mohamed Mohamed Tahir, Abu Gasim Musa El Tahir et Ahmed Dut Hamid ont été arrêtés. Plusieurs dirigeants du groupe ethnique des Fur, Suleiman Hasab Allah, Mohamed Omer Ibrahim, Mohamed Issa El Haj , El Fadil Adam Mohamed Ahmed Noorein et Abdelaziz Abdalla Abdel Mahmoud ont aussi été arrêtés à la mi-juillet 2003. Quatre d’entre eux seraient détenus dans les bureaux de la sécurité à Nyala ; ils auraient été contraints à des exercices physiques très durs et privés de sommeil.
Le 29 juillet 2003, Yusif Ahmed El Beshir, correspondant du quotidien Al Sahafa à Nyala, a été arrêté après avoir publié un article sur le Darfour. Les forces de sécurité auraient ordonné qu’il soit placé en détention pour trois mois dans la prison de Nyala. Bien qu’accusé de « publication de fausses nouvelles », il n’a étéinculpé d’aucune infraction. S’il n’est pas soumis à de mauvais traitements à l’heure actuelle, il a été torturé par les forces de sécurité dans le passé, au cours de sa détention en mai 2003. La police de Nyala avait ouvert une enquête après qu’il eut porté plainte pour actes de torture, mais il semblerait qu’elle ne puisse enquêter sur les actions de membres des forces de sécurité d’un grade supérieur.
Au moins 45 personnes appartenant à l’ethnie Malia sont détenues au secret dans la prison de Nyala. Elles ont été arrêtées en juillet 2003 à Adeela, dans le sud du Darfour, après le meurtre de membres de l’ethnie Rizeiqat par des membres de l’ethnie Malia. Elles n’ont été autorisées ni à consulter un avocat ni à prendre contact avec leurs familles et risquent d’être torturées car on veut les obliger à révéler les noms des responsables des massacres.
« Les autorités soudanaises doivent en premier lieu reconnaître que les personnes arrêtées sont toutes détenues et permettre à leurs familles et à des avocats de les rencontrer. Si des personnes sont soupçonnées d’avoir commis des infractions, elles doivent être inculpées d’infractions dûment reconnues par la loi et jugées dans les meilleurs délais lors de procès équitables ; sinon, elles doivent être remises en liberté, a souligné Amnesty International.
« Le fait que les attaques par des groupes armés se poursuivent dans les villages habités par des sédentaires dans le Darfour montre que la réponse du gouvernement à la crise n’est pas la bonne. La détention prolongée au secret de sympathisants supposés de groupes armés critiques de la politique du gouvernement dans le Darfour ne résout pas le problème d’insécurité qui règne dans cette région et ne fait qu’accroître l’amertume de la population », a conclu Amnesty International .
Complément d’information
Ont été remis en liberté :
Lenin El Tayeb, instituteur, membre du Front démocratique, arrêté le 24 avril 2003 par les forces de sécurité après la mise en détention de ses trois frères pour le forcer à se rendre. Il a déclaré ne pas avoir été maltraité au cours de sa détention, mais ses frères auraient été sévèrement battus par les forces de sécurité lors de leur arrestation.
Abbas El Tigani, vingt-six ans, étudiant à l’université El Nilein de Khartoum et membre de l’Union des étudiants du Darfour, arrêté le 29 mai 2003 par les forces de sécurité alors que l’Union des étudiants se préparait à élire ses représentants. On ne dispose d’aucune information sur la manière dont il a été traité au cours de sa détention.
Elhadi Tangur, arrêté à Khartoum le 16 juin 2003 ; il aurait participé à une rencontre entre la communauté du Nil bleu et le général Sumbeiyo, principal médiateur kenyan dans les pourparlers de paix engagés pour mettre un terme aux vingt années de conflit interne armé dans le sud du Soudan. Sa famille n’a été autorisée à le voir qu’une seule fois il y a peu.
Salah Mohamed Abdelrahman, détenu depuis le 9 juillet 2002 sans avoir été inculpé, pour des raisons non précisées, n’a été autorisé à recevoir la visite d’un de ses proches qu’en janvier 2003. Ses avocats avaient demandé sa remise en liberté en mai 2003, faisant remarquer que sa détention allait dépasser les neuf mois fixés par la Loi relative à la sécurité intérieure.
Ali Shamar et Al Haj Adam Yusuf, membres du Congrès national populaire (CNP), à la tête duquel se trouve Hassan Al Tourabi, lui-même assigné à résidence depuis plus de deux ans, ont été remis en liberté après plusieurs mois passés en détention sans avoir été inculpés. Quelque vingt membres du CNP seraient encore détenus sans avoir été inculpés.
La détention prolongée au secret est une pratique courante dans les zones contrôlées par le gouvernement au Soudan. C’est l’une des nombreuses atteintes aux droits humains dans ce pays, décrites par Amnesty International dans un récent rapport sur le Soudan, rendu public le 16 juillet 2003 et disponible en anglais sous le titre : Empty promises ? Human rights violations in government-controlled areas. Pour le consulter, tapez http://web.amnesty.org/library/Index/ENGAFR540362003
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org
La version originale a été publiée par Amnesty
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La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions
Francophones d'Amnesty International – Éfai –
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