Annual Report 2012
The state of the world's human rights

Document - Guatemala: Women in danger - killings of women and girls

Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATION 146/2005 page 2





GUATÉMALA

Les femmes en danger : meurtres de femmes et de jeunes filles

Index AI : AMR 34/027/2005

ÉFAI

Embargo : jeudi 9 juin 2005
(17h00 TU)


COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Maria Isabel, âgée de quinze ans, a été enlevée à Guatémala, la capitale, dans la nuit du 15 décembre 2001. Son corps a été retrouvé peu avant Noël. Selon ses proches, il présentait des traces de viol. Ses mains et ses pieds avaient été attachés avec du fil barbelé ; elle avait été poignardée et étranglée, avant d’être enfournée dans un sac. Son visage était défiguré par les coups de poing, son corps parsemé de petits trous et ses ongles retournés. Une corde était passée autour de son cou.

En dépit des premières investigations, les responsables du meurtre de Maria Isabel sont toujours en liberté.

« L’absence d’enquêtes dignes de ce nom et de condamnations dans les affaires de meurtres de femmes et de fillettes au Guatémala laisse à penser que la violence à l’égard des femmes est acceptable dans ce pays. Il incombe aux autorités guatémaltèques de faire changer cette conception. Elles doivent veiller à ce que les assassinats comme celui de Maria Isabel fassent l’objet d’enquêtes et à ce que justice soit rendue. Dans le cas contraire, leurs engagements pris pour lutter contre la violence faite aux femmes n’auront aucune valeur », a déclaré Amnesty International ce jeudi 9 juin 2005, à l’occasion de la publication d’un nouveau rapport sur les meurtres de femmes et de jeunes filles au Guatémala.

D’après les autorités guatémaltèques, 1 188 femmes et jeunes filles ont été assassinées de 2001 à 2004. Nombre des victimes sont mortes dans des circonstances particulièrement atroces. Selon des éléments probants, la violence sexuelle, notamment le viol, est une composante fondamentale de la majorité des meurtres. Pourtant, bien souvent, les registres officiels n’en font pas état. D’autre part, dans nombre d’affaires, les corps ont été mutilés et défigurés d’une manière qui rappelle les homicides perpétrés au cours du conflit armé interne.

À ce jour, selon le Bureau du médiateur pour la défense des droits humains, 9 p. cent seulement des affaires ont fait l’objet d’une enquête.

« On ignore toujours l’ampleur réelle de ces violences au Guatémala, ce qui montre que les autorités n’accordent guère d’attention à cette question. Souvent, le viol et d’autres crimes sexuels violents n’apparaissent nulle part, en raison de l’absence de données statistiques fiables concernant le nombre de meurtres et les circonstances dans lesquelles ils sont perpétrés », a souligné Amnesty International.

Pour la plupart, ces femmes étaient femmes au foyer, étudiantes ou employées. Généralement issues de secteurs pauvres de la société, elles occupaient des postes mal payés comme employées de maison, vendeuses ou ouvrières. Certaines avaient immigré de pays voisins d’Amérique centrale, d’autres étaient travailleuses du sexe ou membres ou anciennes membres de gangs de jeunes. La plupart avaient entre treize et quarante ans.

La majorité des meurtres ont eu lieu dans des zones urbaines où l’on a également constaté une augmentation spectaculaire des crimes violents au cours des dernières années, souvent en lien avec le grand banditisme ou avec les activités des bandes de délinquants des rues, les maras.

Dans son rapport, Amnesty International met en évidence la place centrale de la discrimination, au cœur de la crise des droits humains à laquelle sont confrontées les femmes dans le pays. Cette discrimination va même jusqu’à caractériser les mesures prises par les autorités.

Le fait que certains responsables fassent référence aux victimes en tant que membres de gangs ou prostituées dénote un fort niveau de discrimination envers les victimes et leurs familles. Bien souvent, ce genre de comportements influe sur la manière dont les enquêtes sont menées et les affaires recensées – ou plus exactement sur le fait même d’enquêter ou de recenser ces affaires.

« La passivité et l’indifférence dont le gouvernement fait preuve exacerbe la souffrance des familles, dont les appels en faveur de véritables informations judiciaires passent bien souvent à la trappe », a fait valoir Amnesty International.

D’après les organes officiels chargés de conduire les enquêtes, 40 p. cent des affaires sont tout simplement classées sans suite. Bon nombre n’ont jamais pu dépasser le stade des premières investigations, en raison de l’absence de ressources techniques, du manque de coordination et de coopération entre les institutions de l’État, et du manque de formation aux techniques d’enquête – notamment la protection de la scène du crime et le recueil d’éléments de preuve, médicolégaux ou autres, ainsi que le suivi d’éléments d’information pouvant s’avérer déterminants.

À l’occasion du 11e anniversaire de l’adoption de la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l'élimination de la violence contre la femme, ou Convention de Belém do Pará, Amnesty International invite le gouvernement du Guatémala à :

– condamner publiquement l’enlèvement et le meurtre de femmes et de jeunes filles ;

– mener dans les meilleurs délais des enquêtes coordonnées, exhaustives et efficaces sur tous les cas d’enlèvements et de meurtres de femmes et de fillettes au Guatémala et à déférer les responsables présumés à la justice ;

– renforcer et consolider la coordination et l’affectation des ressources pour toutes les institutions de l’État en charge de la violence à l’égard des femmes, notamment le Bureau du procureur spécial chargé des infractions commises contre les femmes, qui dépend du Ministerio Público (ministère public) ;

– élaborer et mettre en oeuvre des programmes adaptés de prévention et de protection, afin d’empêcher que des femmes ne soient enlevées et assassinées.


Pour consulter la version intégrale du rapport intitulé Guatemala: no protection, no justice: killings of women in Guatemala, veuillez cliquer sur le lien suivant : http://web.amnesty.org/library/index/ENGAMR340172005 


Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org


La version originale a été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni.
La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International – Éfai –
Vous pouvez consulter le site Internet des ÉFAI à l’adresse suivante :
http://www.efai.org



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