Annual Report 2012
The state of the world's human rights

Document - Trinidad and Tobago: Politically motivated attack on journalist - Professor Selwyn Cudjoe

ACTION URGENTEi

DOCUMENT PUBLIC ÉFAI – 000297 – AMR 49/004/00

AU 126/00

Avertissement : Amnesty International défend des individus sans prendre position ni sur leurs idées

ni sur les organisations auxquelles ils pourraient adhérer.



ATTAQUE D'UN JOURNALISTE MOTIVÉE PAR DES

CONSIDÉRATIONS POLITIQUES



TRINITÉ-ET-TOBAGO

Selwyn Cudjoe, journaliste

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Londres, le 19 mai 2000


Deux hommes se sont introduits de force au domicile de Selwyn Cudjoe, virulent adversaire du gouvernement, où ils ont agressé sa sœur et tiré des coups de feu. Ces hommes n'ont pas tenté de voler quoi que ce soit et Amnesty International pense que cette attaque était probablement motivée par des considérations politiques, et destinée à intimider voire à blesser Selwyn Cudjoe.

Les deux hommes sont arrivés au domicile du journaliste à Tacarigua, sur l'île de la Trinité, le 8 mai à 19 h 30, et ont demandé à ses proches : « Où est Cudjoe ? » Selon sa sœur, les hommes se sont saisis d'elle lorsqu'elle les a provoqués, lui couvrant la bouche pour mettre fin à ses hurlements. Ils se sont ensuite enfuis en courant, sortant une arme à feu avec laquelle ils ont tiré à plusieurs reprises en s'en allant. Selwyn Cudjoe ne se trouvait pas chez lui au moment des faits.

La famille a signalé cette attaque aux services de police, qui ont mis plus d'une heure à réagir car, selon des informations diffusées par la presse, ils « n'avaient qu'un véhicule ».

Selwyn Cudjoe figure au nombre de ceux qui critiquent ouvertement le gouvernement trinidadien. Il rédige dans un hebdomadaire une rubrique intitulée « Countdown to Panday's Political Oblivion » (« Compte à rebours jusqu'à l'oubli politique de Panday », qui fait référence au Premier ministre Basdeo Panday). D'après la presse, Selwyn Cudjoe a tenu les propos suivants : « Toute personne logique y verrait une manœuvre d'intimidation. Je ne fais pas dans la drogue. J'ai toujours mené une vie sans tache, honnête. Je ne peux y voir qu'une attaque politique. »


INFORMATIONS GÉNÉRALES

Amnesty International craint que la République de Trinité-et-Tobago ne soit le théâtre de violences politiques à l'approche des échéances électorales de cet été.

Le président de la Rio Claro/Mayaro Regional Corporation, Hansraj Sumairsingh, a été tué en début d'année, victime de ce que nombre de personnes présument être un assassinat politique. La police et d'autres observateurs pensaient apparemment qu'il avait été éliminé pour avoir dénoncé la corruption qui aurait entaché la gestion du Programme d'aide aux chômeurs, un programme gouvernemental destiné à dispenser une formation aux prisonniers libérés sans emploi rémunéré. Un mois avant d'être tué, Hansraj Sumairsingh avait écrit au Premier ministre à propos de la gestion de ce programme. En décembre 1999, il avait déjà adressé une lettre au chef du gouvernement, dans laquelle il affirmait avoir été menacé par un représentant de l'État, qu'il désignait nommément.

Le 16 mai 2000, le Premier ministre Basdeo Panday a annoncé publiquement dans un discours que le gouvernement entendait supprimer ce Programme d'aide aux chômeurs.

La police a d'abord orienté ses investigations vers le membre du gouvernement trinidadien responsable de ce programme, le ministre des Administrations locales Dhanraj Singh, dans le cadre de l'enquête sur le meurtre d'Hansraj Sumairsingh. À la connaissance d'Amnesty International, nul n'a été inculpé jusqu'ici dans cette affaire.

En début d'année, l'Organisation a lancé une Action urgente consacrée aux actes de violences commis contre la presse pour des motifs politiques (voir l'AU 23/00, AMR 49/002/00 du 28 janvier 2000), après qu'un fonctionnaire du Programme d'aide aux chômeurs eut appelé les participants à un rassemblement à s'en prendre aux représentants des médias. Les journalistes demeurent en butte aux attaques des personnalités politiques et plus particulièrement des membres du gouvernement, dont le Premier ministre Basdeo Panday, qui a dressé publiquement la liste de ses « ennemis » et appelé ses partisans à entrer « quasiment en guerre » contre ceux qui critiquent le pouvoir en place.

En février 2000, un journaliste de premier plan à Trinité-et-Tobago a déclaré à une délégation d'Amnesty International : « Les journalistes doivent aujourd'hui relever le plus grand défi auquel ils aient été confrontés depuis dix ans à Trinité-et-Tobago. Je ne pense pas qu'un gouvernement, quel qu'il soit, apprécierait l'idée que son image internationale est ternie par le traitement qu'il réserve aux médias, et les efforts déployés [par Amnesty International et d'autres organisations internationales] pour mettre en lumière ces menaces ne peuvent que nous aider. »

Le droit à la liberté d'expression est garanti par la Constitution de Trinité-et-Tobago, ainsi que par l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et par l'article 13 de la Convention américaine relative aux droits de l'homme. En outre, l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dispose : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de […] chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »


ACTION RECOMMANDÉE : lettre par avion / fax / courrier électronique / appel téléphonique / lettre exprès (en anglais ou dans votre propre langue) :

– dites-vous préoccupé par l'attaque qui a été menée au domicile de Selwyn Cudjoe ;

– faites part de votre inquiétude au vu des informations selon lesquelles la police a réagi avec une extrême lenteur après que la famille de ce journaliste eut sollicité de l'aide ;

– appelez les autorités à prendre les mesures qui s'imposent pour garantir la sécurité de Selwyn Cudjoe et de ses proches ;

– demandez aux autorités de veiller à ce que l'enquête menée sur cette attaque soit exhaustive, et à ce que les responsables soient traduits en justice ;

– faites part de la préoccupation d'Amnesty International au vu de la multiplication des menaces et des agressions dont sont victimes les journalistes à Trinité-et-Tobago, et exhortez les autorités à adopter immédiatement des mesures efficaces pour mettre un terme à ces pratiques, en demandant poliment à être tenu au courant des initiatives prises.


APPELS À :

Premier ministre :

The Rt. Hon. Basdeo Panday

Office of the Prime Minister

Level 19, Central Bank Tower

Eric Williams Plaza, Independence Square

Port of Spain

Trinité-et-Tobago

Tél : 1 868 623 3653 / 3669

Fax : 1 868 627 3444

Courriers électroniques : bpanday@trinidad.net

Formule d'appel : Dear Prime Minister, / Monsieur le Premier ministre,


Ministre de la Sécurité nationale :

The Hon. Joseph Theodore

Minister of National Security

18 Knox Street,

Port of Spain

Trinité-et-Tobago

Tél : 1 868 623 2441 / 5

Fax : 1 868 627 8044

Formule d'appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Préfet de police :

Mr Hilton Guy

Police Commissioner

Office of the Police Commissioner

Police Administration Building

Corner of Edward and Sackville St

Port of Spain

Trinité-et-Tobago

Fax : 1 868 623 2585

Formule d'appel : Dear Commissioner, / Monsieur le Préfet,



COPIES aux représentants diplomatiques de Trinité-et-Tobago dans votre pays.


PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.

APRÈS LE 30 JUIN 2000, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S'IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.

ia version originale a été publiée par Amnesty International,

Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi.

La version française a été traduite et diffusée par les Éditions Francophones d'Amnesty International - éfai -

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