Document - China: Further information: Journalist sentenced to 15 years in prison: Hairat Niyaz
Action complémentaire sur l'AU 290/09, ASA 17/030/2010 – Chine 27 juillet 2010
ACTION URGENTE
UN JOURNALISTE CONDAMNÉ À 15 ANS DE PRISON
Hairat Niyaz, un journaliste membre de la minorité ouïghoure de Chine, a été condamné le 23 juillet 2010 à 15 ans de prison. Il est toujours détenu au secret et n'est pas autorisé à consulter l'avocat de son choix.
Hairat Niyaz(dont le nom peut aussi être orthographié Gheyret Niyazou Hailaite Niyazi) a été arrêté à son domicile le 1er octobre 2009. À l'époque, la police a précisé à ses proches qu'il avait été arrêté parce qu'il avait « accordé trop d'interviews aux médias ».D'après la notification d'arrestation, le motif officiel était « mise en danger de la sécurité de l'État ».
Le 15 juillet 2010, les autorités ont informé l'épouse de Hairat Niyaz, Risalet, qu'elle pouvait engager un avocat pour l'assister. Cette dernière et Ilham Tohti, rédacteur en chef du site Internet Uighurbiz (également appelé Uighur Online), dont Hairat Niyaz était aussi l'un des administrateurs, prévoyaient de le faire. Cependant, ils ont ensuite appris qu'il avait déjà un avocat, qu'ils ne connaissaient pas.
Hairat Niyaz a été jugé, reconnu coupable et condamné le 23 juillet 2010 par un tribunal d'Ürümqi, la capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang.Risalet a pu assister à son procès. Le ministère public s'est appuyé, à titre d'éléments à charge, sur des essais qu'il avait rédigés avant le mouvement de protestation de juillet 2009 au Xinjiang et sur des interviews qu'il avait accordées à des médias hongkongais après ces violences.Au cours du procès, Hairat Niyaz aurait soutenu qu'il n'avait enfreint aucune loi et n'avait fait qu'accomplir son devoir en tant que citoyen et journaliste. Amnesty International ignore encore s'il va faire appel.
Le dernier lieu connu où il était incarcéré était le centre de détention de Tianshan, à Ürümqi, mais l'endroit où il se trouve actuellement n'a pas été confirmé.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en chinois, en anglais ou dans votre propre langue) :
-
exhortez les autorités à libérer Hairat Niyaz immédiatement et sans condition ;
-
demandez-leur de garantir que cet homme ne sera ni torturé, ni soumis à d'autres mauvais traitements ;
-
engagez-les à faire le nécessaire pour qu'il lui soit permis sans délai d'entrer en contact avec ses proches et un avocat qu'il aura choisi, ainsi que de recevoir tous les soins médicaux dont il pourrait avoir besoin.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 7 SEPTEMBRE 2010 À :
Directeur général du département de la Justice de la région autonome ouïghoure du Xinjiang :
USOUR Abuliz Tingzhang
Xinjiang Weiwuer Zizhiqu Sifating
27 Renminlu, Urumqi 830002, Xinjiang Weiwuer Zizhiqu
République populaire de Chine
Fax : +86 991 2311590
Formule d'appel : Dear Director General, / Monsieur,
Procureur général du parquet populaire de la région autonome ouïghoure du Xinjiang :
YUSUFU Maimaiti Jianchazhang
Xinjiang Weiwuer Zizhiqu Renmin Jianchayuan
63 Jianguolu, Tianshanqu, Urumqi, Xinjiang Weiwuer Zizhiqu
République populaire de Chine
Formule d'appel : Dear Chief Procurator, / Monsieur le Procureur général,
Président du gouvernement populaire de la région autonome ouïghoure du Xinjiang :
Nur BEKRI Zhuxi
Xinjiang Weiwuer Zizhiqu Renmin Zhengfu Bangongting
2 Zhongshanlu
Urumqi 830041
Xinjiang Weiwuer Zizhiqu
République populaire de Chine
Fax : +86 991 2817567 ou 2803621
Courriel : master@xinjiang.gov.cn
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Chine dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci. Ceci est la première mise à jour de l'AU 290/09 (ASA 17/060/2009). Pour plus d'informations : http://www.amnesty.org/fr/library/info/ASA17/060/2009/fr.
ACTION URGENTE
UN JOURNALISTE CONDAMNÉ À 15 ANS DE PRISON
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Hairat Niyaz est un journaliste bien connu au sein de la communauté ouïghoure de Chine. Il a obtenu son diplôme à l'université nationale de Pékin en 1982, travaille depuis pour différentes publications et emploie délibérément la langue chinoise pour parler de la culture et de la situation des Ouïghours au Xinjiang afin de mieux toucher le public sinophone en Chine et à l'étranger. Il est un journaliste chevronné du Xinjiang Economic Daily, rédacteur en chef de l'édition du Xinjiang du Fazhi Ribao (le Quotidien juridique) et directeur adjoint du magazine juridique Fazhi Zongheng. Son interview relative aux troubles survenus le 5 juillet 2009 à Ürümqi est disponible à l'adresse suivante : http://www.yzzk.com/cfm/Content_Archive.cfm?Channel=ag&Path=2311577102/30ag3a.cfm.
Le 5 juillet 2009, plusieurs centaines de Ouïghours de Chine se sont rassemblés pour manifester sur la place du Peuple à Ürümqi. Ces manifestants protestaient contre l'inaction supposée des autorités après la mort d'au moins deux ouvriers ouïghours au cours d'une rixe dans une usine de Shaoguan, dans la province du Guangdong (sud de la Chine), le 26 juin 2009. La manifestation, annoncée sur des sites Internet ouïghours (notamment Salkin, Diyarim et Uighurbiz) plusieurs jours à l'avance, devait commencer à 17 heures. Outre les annonces sur ces sites, des informations relatives à la manifestation ont été diffusées sur QQ, un service chinois de messagerie instantanée, et par SMS.
Durant l'après-midi, le nombre de manifestants a augmenté, finissant par atteindre plusieurs milliers de personnes. De violentes émeutes ont éclaté dans la soirée, surtout dans le sud de la ville. Il s'agissait principalement, semble-t-il, d'attaques de Chinois hans par des Ouïghours. Au cours des jours qui ont suivi, des Chinois hans ont également attaqué des Ouïghours par mesure de représailles. Selon les chiffres officiels, 197 personnes sont mortes dans les violences du 5 juillet, dont une grande majorité de Hans (156), 10 Ouïghours et 11 Huis. Certaines sources non officielles, en particulier des groupes ouïghours, affirment que bien plus de Ouïghours ont été tués le 5 juillet et les jours suivants.
D'après les données officielles, au moins 198 personnes ont été condamnées à la suite de ces troubles. Leurs procès étaient loin d'être conformes aux normes internationales d'équité. Au moins neuf d'entre elles ont été exécutées et au moins 26 autres ont été condamnées à mort, dont certaines avec un sursis de deux ans.
Parmi les irrégularités relevées dans ces procédures judiciaires figuraient des restrictions de la possibilité pour les prévenus de choisir librement leur avocat, une assistance juridique officiellement autorisée mais probablement partiale et soumise à des pressions politiques, des allégations de torture et d'autres mauvais traitements en détention ayant débouché sur des « aveux » arrachés sous la contrainte, et des cas de corruption et d'ingérence politique dans les tribunaux.
Les autorités chinoises ont coupé l'accès à Internet dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang dans la nuit du 5 au 6 juillet 2009. Selon Li Zhi, alors secrétaire du Parti communiste chinois à Ürümqi, cette mesure visait à « étouffer l'émeute rapidement et empêcher que la violence ne se propage à d'autres endroits ». Les SMS et les réseaux internationaux de téléphonie ont également été coupés. Tous ces services ont été progressivement rétablis ; ceux de messagerie électronique l'ont été partiellement en février 2010 et l'accès à Internet « entièrement » le 14 mai 2010. Néanmoins, au Xinjiang comme ailleurs en Chine, ce dernier est toujours loin d'être libre depuis que le gouvernement pratique la cyber-censure, bloque certains sites et surveille les activités des personnes en ligne.
En avril 2010, Gulmira Imin, une collaboratrice régulière du site web Salkin, a été condamnée à la réclusion à perpétuité pour « séparatisme, divulgation de secrets d'État et organisation d'une manifestation illégale ». Dilixiati Paerhati, le rédacteur en chef de Diyarim, n'a pas été revu depuis août 2009, lorsqu'il a été enlevé à son domicile par des hommes non identifiés. Ilham Tohti a également été détenu pendant environ deux semaines en juillet 2009. En avril 2010, les autorités lui ont interdit de se rendre en Turquie pour participer à un colloque universitaire.
Le 27 septembre 2009, le Comité permanent de l'Assemblée populaire de la région autonome ouïghoure du Xinjiang a introduit une nouvelle réglementation interdisant explicitement l'utilisation d'Internet en vue de « mettre en danger la sécurité de l'État » ou d'« encourager le séparatisme ethnique ».
Le Code pénal chinois fait déjà mention de l'infraction de « mise en danger de la sécurité de l'État », qui englobe la « subversion de l'État », le « séparatisme » et la « divulgation de secrets d'État ». Depuis quelques années, les autorités ont de plus en plus recours à ces dispositions formulées en termes vagues pour réduire au silence et emprisonner les militants pacifiques et pour entraver la liberté d'expression.
Action complémentaire sur l'AU 290/09, ASA 17/030/2010, 27 juillet 2010
