Annual Report 2012
The state of the world's human rights

Document - India/Bangladesh: "Push in - Push out" practices at the border not acceptable

Amnesty International

BULLETIN D'INFORMATION 033/2003

vendredi 14 février 2003 page 2





INDE / BANGLADESH

Les pratiques consistant à repousser les gens d'un côté ou de l'autre de la frontière sont inacceptables

Index AI : ASA 20/007/2003

Amnesty International est sérieusement préoccupée par une série de rapports récents concernant des événements survenus ces dernières semaines à la frontière entre l'Inde et le Bangladesh, au cours desquels les forces de sécurité des deux côtés de la frontière auraient tenté de repousser d'un côté ou de l'autre des groupes de personnes dont la nationalité est contestée.

L'organisation considère que ces expulsions collectives par l'Inde et le Bangladesh, sans recours judiciaire et sans appel possible, reposent sur des décisions arbitraires et qu'elles bafouent les droits humains fondamentaux des personnes ainsi expulsées.

Amnesty International demande aux deux gouvernements – qui se rencontrent ce vendredi 14 février à Delhi pour parler de leurs relations bilatérales et aborder la question des tensions à la frontière au sujet des migrations – de cesser immédiatement les pratiques consistant à repousser les gens d'un côté ou de l'autre de la frontière.

L'organisation appelle les deux gouvernements à veiller à ce que les droits humains de ces personnes et de toute personne concernée constituent une part essentielle des discussions bilatérales ; elle rappelle que la protection à laquelle ces personnes ont droit devrait leur être garantie. Cette protection comprend notamment les points suivants :

  • quelle que soit leur nationalité ou leur situation au regard de la loi, les personnes concernées ne doivent pas être soumises à des arrestations ou à des placements en détention arbitraires (il ne peut y avoir d'arrestation en l'absence d'infractions prévues par la loi) ;

  • chaque État doit s'engager à ne pas procéder à des expulsions de masse de son territoire ;

  • toute personne dont l'expulsion est envisagée doit, dans les meilleurs délais, en être pleinement informée et bénéficier d'une représentation juridique appropriée et compétente ; elle doit pouvoir faire appel, réellement et individuellement, de toute décision prise par les autorités à son encontre ;

  • toute personne dont la nationalité n'est pas clairement déterminée doit pouvoir s’adresser à un organisme indépendant et fiable disposant des compétences nécessaires pour établir la situation de cette personne vis-à-vis de la loi ;

  • toute personne concernée doit avoir accès à la protection de la justice et pouvoir prétendre à réparation pour toute violation de ses droits ;

  • les gardes-frontières ne doivent pas faire un usage excessif de la force, des enquêtes indépendantes doivent être menées pour tout recours excessif à la force, les personnes responsables de violences doivent être traduits en justice ;

  • les personnes en situation d'attente aux frontières doivent être protégées de toute attaque par des foules en colère ;

  • nourriture, abri et soins médicaux adéquats doivent être fournis aux personnes détenues;

  • une attention spécifique et suffisante doit être apportée à la protection et aux besoins d'assistance humanitaire des femmes, des enfants, des personnes âgées et des autres groupes vulnérables.


Complément d'information

Le 31 janvier, des fonctionnaires indiens ont déclaré avoir détenu puis repoussé de l'autre côté de la frontière 213 personnes qui, selon eux, étaient entrées en Inde illégalement en provenance du Bangladesh. Toutefois, le gouvernement bangladais a rejeté les assertions indiennes selon lesquelles ces personnes étaient de nationalité bangladaise. Selon le gouvernement du Bangladesh, il s'agissait de musulmans indiens arrêtés lors d'une opération de police et amenés jusqu'à la frontière pour être renvoyés au Bangladesh en tant qu' « immigrants illégaux. »

Ces 213 personnes auraient été détenues six jours dans un « no man's land » près de Satgachi, sous la responsabilité de la police de Mathabhanga dans le district de Cooch Behar au Bengale occidental. Les forces de sécurité des deux côtés de la frontière ont refusé de laisser les personnes pénétrer sur leurs territoires respectifs, chacun déclarant que les personnes échouées là étaient des ressortissants de l'autre pays. Parmi les 213 personnes figuraient, selon les informations reçues, 68 femmes et 80 enfants. Le groupe serait resté sans abri convenable, sans la nourriture nécessaire et sans aucune installation sanitaire ou structure médicale. Les deux pays refusant de se charger de ces personnes, beaucoup d’entre elles, particulièrement de jeunes enfants, auraient contracté une pneumonie du fait des conditions très dures auxquelles elles étaient exposés.

Amnesty International croit comprendre qu'une aide limitée a pu être apportée par l’intermédiaire de la Croix-Rouge du côté indien, mais il semble que les efforts déployés par d'autres organismes pour se rendre auprès du groupe depuis le Bangladesh se sont révélés infructueux. Les 213 personnes ont disparu le 5 février. Des responsables bangladais et indiens ont fait des déclarations contradictoires quant à leur sort. Amnesty International ignore où elles se trouvent actuellement.

Cette affaire n'est pas un cas isolé. Au cours des mois passés, d'autres groupes de gens dont la nationalité n'avait pas été clairement précisée ou était contestée se sont vu repousser de part et d'autre des frontières par l'Inde et le Bangladesh.


Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International, à Londres, au +44 20 7413 5566 ou consulter notre site web : http://www.amnesty.org












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La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International – Éfai –
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