Document - Croatia: Three years since operations Flash and Storm - three years of justice and dignity denied
AMNESTY INTERNATIONAL
BULLETIN D'INFORMATIONS 144/98
CROATIE
Trois ans ont passé depuis les opérations “Éclair” et “Tempête” – trois ans sans justice ni dignité
Index AI : EUR 64/05/98
Embargo : 4 août 1998 à 00 h 01 GMT
L’impunité dont continuent de bénéficier les forces croates pour les centaines d’homicides qu’elles ont commis lors des offensives menées en 1995 est une indication inquiétante de ce que l’avenir réserve aux victimes et aux survivants du dernier conflit qui frappe actuellement la région, dans la province du Kosovo, a déclaré Amnesty International aujourd’hui, jeudi 4 août 1998, dans un nouveau rapport publié à l’occasion du troisième anniversaire de l’opération “Tempête”. Cette opération, l’une des deux offensives croates, avait permis au gouvernement croate de prendre le contrôle de la Krajina.
Les opérations baptisées “Éclair” et “Tempête” avaient fait grand bruit, l’opinion publique ayant eu connaissance des centaines d’homicides – notamment des éléments faisant état d’exécutions extrajudiciaires – commis par les forces croates, ainsi que des autres violations des droits humains, telles que les “disparitions”, les actes de torture, dont des viols, les destructions massives et systématiques de maisons, les tentatives d’expulsion par la force et les mauvais traitements.
Trois ans après, malgré les demandes de la communauté internationale pour que les autorités croates prennent des mesures, les familles des victimes se voient toujours refuser la dignité de pouvoir enterrer ceux qui leur étaient chers ; des centaines de crimes n’ont toujours pas été reconnus ni fait l’objet d’une enquête et leurs auteurs sont restés impunis.
« Pour les proches des personnes portées manquantes ou ayant “disparu”, la dignité, c’est une tombe sur laquelle ils peuvent venir se recueillir. Pour les parents des victimes enterrées dans des charniers, c’est une tombe portant le nom de la personne décédée, sur laquelle leurs descendants pourront également venir commémorer leurs morts. Pour les proches des personnes dont les restes sont enterrés en rang sous des croix en bois dans des cimetières en ville, c’est un enterrement sur la concession de la famille, avec une pierre tombale à leur nom », souligne Amnesty International.
Les autorités croates ont tenté de convaincre Amnesty International et la communauté internationale qu’elles avaient pris les mesures nécessaires en réponse aux violations des droits humains commises à la suite des offensives des forces de sécurité.
Or, d’anciens policiers ont témoigné devant le tribunal que leurs ordres n’étaient pas de protéger la population civile, comme l’ont déclaré les autorités à la communauté internationale, mais de protéger les objets culturels ou de tirer sur tout ce qui bougeait.
Le meurtre d’au moins cinq ou six Serbes de Croatie, des personnes âgées pour la plupart, dans le hameau de Grubori dans la vallée de Plavno, est l’affaire la plus célèbre qui a été ignorée de manière flagrante par les autorités croates. Mais il existe des centaines d’autres cas dans lesquels la dignité des victimes a été bafouée et la justice n’a pas été rendue.
Les autorités n’ont jamais fourni de détails sur les cas spécifiques portés à leur connaissance ; elles ont simplement répondu en indiquant qu’un grand nombre d’enquêtes et de poursuites étaient actuellement en cours. Sur les 2 849 affaires dont les autorités affirment qu’elles étaient en instance de jugement en juin 1996, moins de 2 % concernaient des homicides – même si, selon les statistiques officielles, plus de 450 des 900 corps que les autorités avaient enterrés étaient ceux de civils.
En janvier 1998, les autorités ont déclaré que 5 580 affaires étaient devant les tribunaux ; cependant, ces chiffres englobent tous les actes criminels qui ont été commis entre 1996 et 1998, et ne représentent pas seulement les cas découlant des opérations “Éclair” et “Tempête”. Bien que les autorités aient promis d’accorder la priorité aux quelques affaires de violations des droits humains pour lesquelles des poursuites ont été engagées, plusieurs sont encore en instance de jugement alors que les inculpations ont été prononcées en 1995 ou 1996.
« Même si de nombreux témoins sont encore trop effrayés pour dénoncer ces crimes, les autorités croates sont tenues d’enquêter et de traduire en justice les personnes responsables, poursuit Amnesty International. Les éléments de preuve et les informations rassemblés par des organisations internationales en 1995 devraient faire partie intégrante des procédures qui se déroulent devant les tribunaux nationaux. »
L’impunité persistante est un facteur important qui contribue au manque de confiance des Serbes de Croatie dans les autorités croates, indique l’Organisation. Des centaines de milliers de Serbes de Croatie qui ont fui lors du conflit ayant sévi sur leurs terres, entre 1991 et 1995, sont toujours en exil en Bosnie-Herzégovine et en République fédérative de Yougoslavie, notamment dans la province du Kosovo.
Au Kosovo, les réfugiés serbes de Croatie se trouvent au centre d’une nouvelle tragédie : victimes involontaires de manipulation politique, ils ont été envoyés là-bas par les autorités de la République fédérative de Yougoslavie et sont devenus la cible de l’opposition armée menée par les Kosovar (Albanais du Kosovo).
Le rapport d’Amnesty International invite les autorités croates à ordonner l’ouverture d’enquêtes approfondies, impartiales et indépendantes et à engager des poursuites dans les plus brefs délais. L’Organisation leur recommande également d’octroyer réparation aux victimes et de prendre des mesures pour prévenir de nouvelles violations, conformément au droit international.
Amnesty International exhorte en outre le gouvernement croate à enquêter pour savoir si des tentatives ont été faites visant à couvrir les crimes commis pendant et après les opérations “Éclair” et “Tempête”.
« Les graves crimes commis pendant et après les opérations “Éclair” et “Tempête” ont presque été oubliés, déclare Amnesty International. Les autorités croates réussiront-elles à démontrer que si un gouvernement ignore les réactions d’indignation, la communauté internationale finit par se désintéresser et tourner la page ? Si l’on n’agit pas, la grande majorité des auteurs de ces crimes n’auront peut-être jamais à répondre de leurs actes, et ces événements risquent de tomber dans les oubliettes de l’histoire. » l
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La version originale a été publiée par Amnesty International, Secretariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée par les Éditions francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
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