Document - Iran: Are returning Afghan refugees properly protected?
Amnesty International
BULLETIN D'INFORMATIONS 183/00
26 septembre 2000 page 1
iran
Les réfugiés de retour en Afghanistan sont-ils correctement protégés ?
Index AI : MDE 13/028/00
« Les Afghans réfugiés en Iran ne doivent pas être renvoyés en Afghanistan contre leur volonté ni vers un territoire où ils risqueraient d’être victimes de violations des droits humains », a déclaré ce jour (26 septembre 2000) Amnesty International.
« La communauté internationale croit à tort que certaines régions d’Afghanistan sont sûres et que les réfugiés de retour dans leur pays peuvent s’y installer sans risque. La réalité est que les fronts de combat se déplacent rapidement et que des tensions ethniques peuvent ressurgir à tout moment », a ajouté l’Organisation.
Aux termes d’un accord conclu récemment entre l’Iran et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le temps imparti pour les procédures de filtrage des Afghans démunis de papiers d’identité et se trouvant en Iran a été prolongé de trois mois. Cependant ce délai est encore trop court et le peu de ressources allouées au programme ne permet pas de procéder à un filtrage en bonne et due forme.
En tant que partie à la Convention des Nations unies relative aux réfugiés (1951), le gouvernement iranien ne peut expulser ou refouler, « de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».
Des dizaines de milliers de civils afghans ont dû fuir leur domicile à la suite de la récente intensification des combats en Afghanistan, ce qui témoigne de l’indifférence totale des groupes combattants à l’égard de la protection des civils et du droit international humanitaire.
Une famille de réfugiés hazara arrivée en Iran en juillet a rapporté qu’à Daresuf, près de Mazar-e Sharif, des taliban avaient bombardé un village avant de mettre le feu à toutes les maisons et de tuer certains de ses habitants. Selon le témoignage de cette famille, deux mois avant cette attaque, des taliban avaient tranché la gorge à l’un de ses neveux devant le chef de famille. Il semble que ces attaques armées contre les populations civiles soient parfois motivées par les tensions ethniques et par les sensibilités politiques qui règnent sur les questions d’ordre ethnique.
De nombreux réfugiés craignent également que s’ils retournent en Afghanistan dans des zones contrôlées par les taliban, leurs filles ne pourront pas aller à l’école. Le code social taliban, extrêmement strict, limite en effet considérablement la liberté de mouvement des femmes ainsi que leur droit à l’emploi, aux soins médicaux et à l’éducation.
Les hommes et les femmes qui ne se conforment pas aux règles édictées par les taliban sont souvent condamnés à être sévèrement fouettés. Les personnes reconnues coupables de vol, au terme de procès souvent courts et non conformes aux normes internationales d’équité, sont amputées d’une main ou d’un pied.
D’autres conditions rendent également la vie difficile pour les réfugiés de retour en Afghanistan. La sécheresse qui sévit dans certains régions a forcé de nombreuses personnes à quitter leur maison afin de trouver de l’eau et de la nourriture dans les zones urbaines. D’après un récent rapport des Nations unies, plus de 8 000 personnes ont convergé vers Herat des zones rurales environnantes touchées par la sécheresse. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé qu’il ne pourra fournir que 225 000 tonnes d’aide, ce qui représente moins du dixième du déficit en nourriture, chiffré à 2,3 millions de tonnes.
Les réfugiés afghans qui souhaitent demander l’asile politique en Iran sont tenus de le faire dans les limites de la période déterminée par le dernier accord conclu entre l’Iran et le HCR, mais Amnesty International craint qu’ils ne puissent bénéficier du système de filtrage dans des conditions satisfaisantes. Des membres du personnel des organisations humanitaires qui ont pour mission de surveiller le processus de rapatriement déclarent que, selon de nombreux réfugiés, le gouvernement iranien exerce des pressions sur eux afin qu’ils retournent en Afghanistan, ce qui remet en question le caractère volontaire du retour. Plus de 13 000 réfugiés auraient ainsi été intégrés dans un processus de rapatriement parallèle contournant les garanties instituées par le programme mis en place conjointement par le HCR et le gouvernement iranien.
Les mouvements de population entre l’Afghanistan et l’Iran étant associés à la hausse de la criminalité et du trafic de stupéfiants, certains hommes politiques et autorités en Iran préconisent le retour des réfugiés. Il serait cependant injuste d’accuser la population réfugiée des activités menées par des bandes de criminels armés. Amnesty International prie instamment le gouvernement iranien de respecter l’obligation qui est la sienne, à savoir de ne pas renvoyer des réfugiés vers un pays où ils pourraient être soumis à de graves violations de leurs droits fondamentaux.
La communauté internationale devrait veiller à ce que le HCR et les gouvernements iranien et pakistanais obtiennent les ressources nécessaires pour subvenir de manière appropriée aux besoins des réfugiés qui se trouvent sous leur protection.
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