Document - Iran: Murder witness faces ill-treatment, Caspian Makan
AU 236/09, MDE 13/096/2009 – Iran 3 septembre 2009
ACTION URGENTE
le tÉmoin d'un meurtre risque de subir des mauvais traitements
Caspian Makan, qui réside à Téhéran, était le fiancé de Neda Agha Soltan, une jeune femme tuée lors des manifestations qui ont eu lieu récemment en Iran. Il est actuellement incarcéré à la prison d'Evin. Amnesty International pense qu'il est détenu parce qu'il a été témoin de ce meurtre et qu'il a par la suite, dans ses déclarations, établi un lien entre cet homicide et un membre des bassidji(miliciens volontaires). Cet homme risque de subir des actes de torture ou d'autres formes de mauvais traitements.
Neda Agha Soltan, vingt-sept ans, a été tuée le 20 juin à Téhéran.Elle a été abattue alors qu'elle quittait une manifestation avec deux amis et son fiancé, Caspian Makan. Ce rassemblement était l'un des nombreux événements de grande ampleur qui se sont déroulés en Iran depuis l'élection présidentielle controversée du 12 juin.Quelques instants après qu'elle a été touchée, tandis que d'autres manifestants tentaient de l'aider, un homme a filmé son agonie au moyen de son téléphone portable.Cet enregistrement vidéo a été largement diffusé sur Internet, il est devenu le symbole des troubles qui ont agité le pays.
Caspian Makan a été arrêté à son domicile, dans le nord de Téhéran, le 26 juin.Il avait déclaré dans une interview accordée le 22 juin au service d'informations télévisées en persan de la BBC que « les témoignages oculaires et l'enregistrement vidéo […] démontr[aient]clairement que les bassidji l'avaient probablement […] visée délibérément ».Il est apparu par la suite qu'un membre des bassidji, un corps officiel de sécurité placé sous le commandement des pasdaran(gardiens de la révolution), s'était incriminé en s'exclamant à la suite des coups de feu qu'il n'avait pas eu l'intention de tuer cette jeune femme.
Caspian Makan a, semble-t-il, expliqué à sa famille que, s'il signait des « aveux » indiquant que l'Organisation iranienne des moudjahidin du peuple (OIMP), un mouvement politique interdit depuis 1981, était responsable de cet homicide, il pourrait être libéré de la prison d'Evin, à Téhéran.Amnesty International craint qu'on ne le contraigne à signer ces « aveux » sous la torture ou en lui faisant subir d'autres mauvais traitements.L'organisation craint aussi que cet homme ne soit un prisonnier d'opinion, détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en persan, en anglais ou dans votre propre langue) :
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dites-vous inquiet à l'idée que Caspian Makan soit peut-être détenu parce qu'il a été témoin du meurtre de sa fiancée et en raison des déclarations dans lesquelles il a établi un lien entre des représentants de l'État et cet homicide ;
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appelez les autorités à prendre des mesures immédiates afin de protéger cet homme de la torture et de toute autre forme de mauvais traitements pendant sa détention et, en particulier, à veiller à ce qu'il ne soit pas contraint de cette manière à signer de quelconques « aveux » ;
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priez-les instamment de lui permettre sans délai d'entrer en contact avec ses proches, de consulter son avocat et de bénéficier de tous les soins médicaux dont il pourrait avoir besoin ;
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demandez sa libération immédiate et sans condition, à moins qu'il ne soit inculpé d'une infraction dûment reconnue par la loi.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 15 OCTOBRE 2009 À :
Guide spirituel de la République islamique d'Iran :
Ayatollah Sayed ‘Ali Khamenei
The Office of the Supreme Leader
Islamic Republic Street – End of Shahid Keshvar Doust Street, Tehran, République islamique d'Iran
Courriers électroniques : par l'intermédiaire de son site Internet : http://www.leader.ir/langs/en/index.php?p=letter (en anglais)
http://www.leader.ir/langs/fa/index.php?p=letter (en persan)
Formule d'appel : Your Excellency, / Excellence,
Responsable du pouvoir judiciaire :
Ayatollah Sadeqh Larijani
Howzeh Riyasat-e Qoveh Qazaiyeh (Office of the Head of the Judiciary)
Pasteur St., Vali Asr Ave., south of Serah-e Jomhouri, Tehran 1316814737, République islamique d'Iran
Courriers électroniques : par l'intermédiaire de son site Internet : http://www.dadiran.ir/tabid/81/Default.aspx (premier champ comportant une étoile : prénom ; deuxième champ : nom de famille ; troisième champ : adresse électronique)
Formule d'appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,
Copies à :
Président de l'Assemblée consultative islamique :
His Excellency Ali Larijani
Majles-e Shoura-ye Eslami
Baharestan Square, Tehran, République islamique d'Iran
Fax : +98 21 3355 6408
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de l'Iran dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
ACTION URGENTE
LE TÉMOIN D'UN MEURTRE RISQUE DE SUBIR DES MAUVAIS TRAITEMENTS
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Le président Mahmoud Ahmadinejad aurait qualifié la mort de Neda Agha Soltan de « suspecte » et, le 29 juin, il a écrit au responsable du pouvoir judiciaire afin de lui demander qu'une enquête soit ouverte sur cet homicide. Cependant, dans les jours qui ont suivi le meurtre, plusieurs représentants du gouvernement ont fait des déclarations niant l'implication des forces de sécurité dans cette affaire et ont parfois mis en cause d'autres personnes. L'ayatollah Ahmad Khatami, un représentant du guide suprême, a affirmé le 26 juin lors de la prière du vendredi à l'université de Téhéran que les éléments de preuve démontraient que les manifestants eux-mêmes avaient tué cette jeune femme, et ce à des fins de « propagande » contre le régime.
Depuis lors, les autorités tentent d'intimider les Iraniens qui s'expriment au sujet de cet homicide. Le chef de la police, le général de brigade Ahmadi-Moghaddam, aurait déclaré lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 30 juin que la police iranienne et le ministère du Renseignement avaient décerné, par le biais d'Interpol, un mandat d'arrêt international au Dr Arash Hejazi, le médecin qui a essayé de sauver la vie de Neda Agha Soltan juste après qu'on a tiré sur elle et qui a révélé publiquement ce qu'il avait vu à des médias internationaux. En effet, celui-ci est accusé d'avoir répandu de fausses informations au sujet du meurtre de cette jeune femme et d'avoir ainsi « envenimé le climat international » au détriment de l'Iran. Arash Hejazi a quitté le pays, tout comme le journaliste de télévision qui a interrogé Caspian Makan, tous les deux craignant pour leur sécurité.
Les autorités iraniennes ont aussi harcelé et tenté d'intimider la famille de Neda Agha Soltan et d'autres proches de cette jeune femme. Avant que celle-ci ne soit inhumée au cimetière de Behesht-e Zahra, dans une section visiblement réservée aux personnes tuées lors des troubles, les autorités auraient demandé à ses proches de veiller à ce que personne d'autre que les membres de la famille n'assiste à l'enterrement, en les menaçant d'un châtiment – dont elles n'ont pas précisé la nature – s'ils ne se conformaient pas à cette consigne. Les autorités auraient également interdit les prières collectives à la mémoire de Neda Agha Soltan dans les mosquées. Lorsque la famille et d'autres proches de cette jeune femme ont organisé une cérémonie commémorative à la mosquée Niloufar d'Abbas Abad, ils ont été interrompus au bout de dix minutes par une vingtaine de bassidji, qui sont entrés dans la mosquée et ont dispersé les personnes venues assister au service funèbre.
Le père de Neda Agha Soltan était à l'étranger lorsque celle-ci a été tuée. À son retour à Téhéran, en apprenant les circonstances de sa mort, il se serait écrié : « Ils ont tué ma fille. » Néanmoins, il est ensuite apparu à la télévision d'État en affirmant qu'elle avait été tuée par les monafeqin, un terme utilisé par le gouvernement pour désigner les membres de l'OIMP. On ignore dans quelles conditions cette déclaration a été faite et, en particulier, si elle a été faite sous la contrainte.
Les bassidji, qui ont fourni des centaines de milliers de soldats lors de la guerre qui a opposé l'Iran et l'Irak entre 1980 et1988 et dont le commandant en chef est nommé par le guide suprême, sont tenus en très haute estime par les responsables du gouvernement. En raison du prestige de ce corps et de ses liens étroits avec le pouvoir iranien, les autorités rechignent à admettre que des responsables des bassidji ont pu commettre des crimes contre des citoyens iraniens. Le pouvoir pourrait considérer que cela ternit de manière inacceptable la réputation du guide suprême lui-même.
Des centaines de personnes qui ont pris part aux manifestations qui ont suivi l'élection ont passé des « aveux » relatifs à des accusations formulées en termes imprécis au sujet de faits qui ne sont souvent pas des infractions prévues par la loi. Ces « aveux » ont souvent été obtenus, semble-t-il, sous la contrainte. Amnesty International a recueilli de nombreuses informations indiquant que des détenus – hommes et femmes – avaient été soumis à des actes de torture, y compris des viols, par des membres des forces de sécurité. Des responsables iraniens ont confirmé que certaines des personnes arrêtées avaient été torturées ou soumises à d'autres mauvais traitements et que ces violations s'étaient déroulées dans un centre de détention au moins, celui de Kahrizak, à la périphérie de Téhéran.
AU 236/09 MDE 13/096/2009, 3 septembre 2009
