Annual Report 2013
The state of the world's human rights

5 August 2010

Le nouveau gouvernement colombien doit garantir l'indépendance de la justice

Le nouveau gouvernement colombien doit garantir l'indépendance de la justice

Le nouveau gouvernement colombien doit protéger l'indépendance du système de justice du pays, en lui permettant de soumettre aux juridictions compétentes les responsables présumés de violations des droits humains commises dans le cadre du conflit armé prolongé que connaît la Colombie, a déclaré Amnesty International.

L'investiture du nouveau président colombien, Juan Manuel Santos, doit avoir lieu le 7 août ; sa victoire à l'issue du second tour de l'élection, le 20 juin, a été écrasante.

« Si l'on compte obliger les auteurs de violations des droits humains à rendre des comptes, il convient également d'agir de toute urgence pour faire cesser les meurtres et menaces dont sont victimes des témoins, des avocats, des juges, des défenseurs des droits humains et des procureurs intervenant dans des affaires relatives aux droits fondamentaux », a rappelé Marcelo Pollack, spécialiste de la Colombie à Amnesty International.

Un rapport des Nations unies sur la Colombie publié début 2010 a indiqué qu'au moins 300 personnes apportant leur concours à titre professionnel dans le cadre d'une information judiciaire avaient été tuées au cours des 15 dernières années.

Amnesty International a recueilli des informations sur les homicides, principalement imputés à des paramilitaires, d'au moins huit défenseurs des droits humains et 39 syndicalistes en 2009.

« Le nouveau gouvernement se voit offrir l'occasion de prendre des distances avec l'hostilité témoignée par le gouvernement sortant aux défenseurs des droits humains, et de rompre avec la culture de l'impunité ayant permis aux auteurs de violations d'échapper à la justice », a ajouté Marcelo Pollack.

Amnesty International a par ailleurs demandé au gouvernement de résister à la tentation de restreindre la capacité des tribunaux civils à enquêter sur les membres des forces de sécurité impliqués dans des atteintes aux droits humains, chose qui avait été suggérée il y a quelques mois à peine par le gouvernement sortant.

Ces dernières années, des milliers d'exécutions extrajudiciaires de civils ont été attribuées aux forces de sécurité colombiennes. La plupart des personnes concernées n'ont toujours pas été jugées pour ces homicides.

« Si le nouveau gouvernement est réellement déterminé à en finir avec l'impunité, il doit mettre un terme à la campagne menée par le précédent gouvernement afin de discréditer la Cour suprême, qui a poursuivi certaines personnes entretenant des liens avec des paramilitaires qui commettent des violations des droits humains », a expliqué Marcelo Pollack.

« Il faut aussi condamner les attaques lancées par les groupes de guérilla contre des civils. Ils doivent une fois pour toute prendre les mesures qui s'imposent pour faire cesser les violations des droits humains et atteintes au droit international humanitaire perpétrées par leurs combattants. »

La situation des peuples indigènes, ainsi que des Afro-Colombiens et des petits paysans, reste elle aussi critique.

Amnesty International a recueilli des informations sur les homicides d'au moins 114 indigènes en 2009, perpétrés par des groupes de la guérilla, des membres des forces de sécurité et des paramilitaires.

« L'augmentation récente du nombre de meurtres de dirigeants de communautés déplacées, qui militent en faveur de la restitution des terres que leur ont volées des groupes paramilitaires, est une importante source d'inquiétude, et il faut agir en urgence afin de protéger ces personnes », a recommandé Marcelo Pollack.

« Le nouveau gouvernement doit également faire clairement comprendre que la défense des droits humains ne constitue pas une menace à la sécurité de l'État. La diffusion, dans les meilleurs délais, d'une déclaration publique soulignant la légitimité du travail des défenseurs de ces droits contribuerait à apaiser la crainte que ces militants ne continuent à être harcelés et livrés à eux-mêmes. »

Il faut aussi que le nouveau gouvernement fasse le nécessaire pour que le programme de protection des défenseurs des droits humains proposé par le ministère de l'Intérieur soit renforcé, dans un souci d'amélioration de l'efficacité de celui-ci.

La réputation du gouvernement du président Álvaro Uribe a été ternie par ses tentatives répétées de dénigrement des défenseurs, dont il assimilait de manière erronée le travail en faveur des droits fondamentaux à un soutien aux groupes de guérilla. Cela a compromis la sécurité de ces militants et diminué leur capacité à défendre les droits humains.

Amnesty International demande également que :

  • le nouveau gouvernement annonce dans les meilleurs délais un plan, incluant des objectifs, des critères et un calendrier, pour la mise en œuvre des recommandations en matière de droits humains émises de longue date par le Haut-commissariat aux droits de l'homme, les organes de suivi des traités et les procédures spéciales des Nations unies, ainsi que par le système interaméricain des droits humains ;
  • le nouveau gouvernement fasse le nécessaire pour que le mandat du bureau du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme en Colombie, qui expire fin octobre 2010, soit renouvelé dans son intégralité ;
  • les groupes de guérilla et les forces de sécurité respectent le droit des civils à ne pas être mêlés aux hostilités. Toutes les parties au conflit se sont rendues coupables de violations telles que des homicides illégaux, des disparitions forcées ou des enlèvements, ainsi que des déplacements forcés.

Issue

Armed Conflict 
Armed Groups 
Business And Human Rights 
Human Rights Standards 
International Justice 

Country

Colombia 

Region

Americas 

@amnestyonline on twitter

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