Annual Report 2013
The state of the world's human rights

24 October 2007

Myanmar: dix-huit ans de persécution

Myanmar: dix-huit ans de persécution
Le 24 octobre 2007, Daw Aung San Suu Kyi aura passé douze des dix-huit dernières années en détention. Elle est probablement la prisonnière d’opinion birmane la plus connue, mais elle est loin d’être la seule.

Amnesty International estime que, même avant la violente vague de répression qui vient de s’abattre sur les manifestants pacifiques, le Myanmar comptait plus de 1 150 prisonniers politiques. Parmi eux figurent des prisonniers d’opinion, notamment des représentants politiques des minorités ethniques ainsi que des membres de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie) et de groupes militants étudiants.

Pour marquer le dix-huitième anniversaire de la persécution d’Aung San Suu Kyi par les autorités du Myanmar, Amnesty International souhaite braquer les projecteurs sur quatre personnes qui symbolisent toutes celles qui sont détenues et persécutées au Myanmar. Ces personnes sont Daw Aung San Suu Kyi; U Win Tin, le plus ancien prisonnier d’opinion du Myanmar; U Khun Htun Oo, qui purge une peine de quatre-vingt-treize années d’emprisonnement, et Zaw Htet Ko Ko, qui a été arrêté après avoir participé aux récentes manifestations dans le pays.

Daw Aung San Suu Kyi

Daw Aung San Suu KyiLe parti de Daw Aung San Suu Kyi a remporté les élections générales au Myanmar en 1990. Mais, loin de pouvoir remplir ses fonctions de dirigeante nationale, elle a été placée en résidence surveillée par les autorités militaires et se trouve encore aujourd’hui dans cette situation.

Âgée de soixante-deux ans, Aung San Suu Kyi est secrétaire générale et cofondatrice du principal parti d’opposition du Myanmar, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Elle a été placée en résidence surveillée pour la première fois en juillet 1989 après la répression brutale des manifestations de 1988, favorables à la démocratie. Un an après, son parti a remporté les élections à une majorité écrasante. Mais les militaires qui détiennent le pouvoir ont annulé les élections et ont continué à priver Aung San Suu Kyi de sa liberté.

Aung San Suu Kyi n’est généralement pas autorisée à recevoir des visiteurs. Maintenue dans un isolement croissant, elle ne peut recevoir que de rares visites de son médecin. L’ordonnance de détention la concernant arrive à échéance le 27 mai 2008.

Elle a été privée de liberté à maintes reprises depuis 1989, se voyant imposer de longues phases de détention non officielle, d'assignation à domicile en vertu des lois relatives à la détention administrative et d'entraves à son droit de circuler librement. Sa période de détention la plus récente se poursuit depuis le 30 mai 2003, après une attaque violente lancée contre un groupe de membres de la NLD dont elle faisait partie lors d’un voyage dans le nord du Myanmar. Cette attaque aurait été menée avec la participation d’agents de l’État et d’organisations civiles soutenues par l’État. À ce jour, elle n’a pas fait l’objet d’une enquête indépendante.

Une embuscade avait été tendue de nuit sur la route empruntée par Aung San Suu Kyi et son entourage, entre deux villages proches de Depeyin, dans une partie isolée de la division de Sagaing. Le convoi a été la cible d’une attaque violente et bien organisée. Des hommes armés de bambous taillés en pointe, de barres de fer et de pierres ont attaqué les véhicules, ont forcé les passagers à sortir des voitures et leur ont assené des coups répétés sur la tête et le corps.

Des membres du mouvement des jeunes de la NLD et d’autres militants se sont efforcés de protéger les dirigeants, parmi lesquels figuraient Aung San Suu Kyi et le vice-président de la NLD, U Tin Oo. Quatre personnes au moins ont été tuées. Les blessés, parfois gravement atteints, ont été extrêmement nombreux. Aung San Suu Kyi et les membres de son escorte sont parvenus à s’enfuir mais, peu de temps après, ils ont été arrêtés et placés en détention au secret.

Après cet épisode, les autorités ont affirmé qu’Aung San Suu Kyi était maintenue en détention pour assurer sa protection et que les mesures prises contre les dirigeants détenus seraient levées dès que la situation serait normalisée. En juillet 2003, les autorités ont promis qu’elle serait libérée «le moment venu» et ont affirmé attendre une «diminution des tensions». En août 2003, elles ont fait la déclaration suivante: «Ne parlons pas de détention… Nous ne nourrissons aucune espèce d’animosité à l’égard d’Aung San Suu Kyi. C’est pourquoi nous n’avons engagé aucune action judiciaire contre elle ou son parti.»

Après avoir été maintenue au secret dans un camp de l’armée, Aung San Suu Kyi a été transférée dans sa propre maison en septembre 2003 et s’est trouvée placée de fait en résidence surveillée. En novembre 2003, les autorités ont rendu une ordonnance de détention pour une durée d’un an en vertu d’une loi relative à la détention administrative. Cette ordonnance a été renouvelée par la suite de manière systématique.

Aung San Suu Kyi avait auparavant été assignée à domicile en raison de son rôle de dirigeante de l'opposition entre 1989 et 1995 et de 2000 à 2002. Au cours de ces périodes, les autorités ont modifié deux fois la législation en vertu de laquelle elle est privée de liberté, pour que la durée de cette détention sans inculpation ni jugement puisse être prolongée.

Même lorsqu’elle n’était pas officiellement assignée à domicile, Aung San Suu Kyi n’a cessé de subir des limitations de sa liberté de mouvement. Les autorités bloquaient les routes, appréhendaient souvent ceux qui cherchaient à la rencontrer et ne permettaient pas aux membres de sa famille de venir dans le pays pour lui rendre visite. Il lui a ainsi été impossible de revoir son mari grièvement malade.

U Win Tin

U Win TinU Win Tin, soixante-dix-sept ans, a passé les dix-huit dernières années en prison pour s’être opposé, de façon pourtant pacifique, au régime militaire en place au Myanmar et pour avoir défendu les droits humains, notamment la liberté d’expression. Il est le plus ancien prisonnier d’opinion dans ce pays.

Journaliste, ancien rédacteur en chef d’un journal et membre de la direction de la NLD, il a été arrêté en juillet 1989 lors d’une répression contre les membres des partis politiques. Il a probablement été arrêté en raison de sa position élevée au sein de la NLD, principal parti d’opposition du pays. Ce dernier avait remporté 82 p. cent des sièges lors des élections législatives de 1990 mais les autorités militaires avaient refusé de lui céder le pouvoir.

Détenu depuis 1989, U Win Tin a été condamné à trois peines d’emprisonnement d’une durée totale de vingt ans. Lors de sa dernière condamnation, en mars 1996, il s’est vu infliger sept ans de prison pour avoir communiqué aux Nations unies des informations sur les conditions de détention et pour avoir écrit et fait circuler des articles en prison. Les autorités ont considéré qu’il avait «diffusé secrètement de la propagande afin de provoquer des mutineries en prison».

Sa lettre à l’ONU, apparemment intitulée Témoignages de prisonniers d’opinion de la prison d’Insein injustement emprisonnés, exigences et demandes relatives aux violations des droits humains en Birmanie, décrivait le manque de soins médicaux et les actes de torture en détention. Pendant que les autorités enquêtaient, U Win Tin et d’autres ont été maltraités. U Win Tin a été détenu dans une cellule destinée aux chiens policiers, sans draps ni couverture, et privé d’eau et de nourriture pendant de longues périodes. Parallèlement, il ne pouvait recevoir de visites de sa famille.

U Win Tin souffre de spondylite (inflammation des vertèbres) et d'une affection cardiaque en prison. Son état de santé se serait dégradé à cause de ses mauvaises conditions de détention. U Win Tin a passé une grande partie de son temps à l’isolement.

Il semble qu’en juillet 2005 les autorités aient annoncé à U Win Tin qu’il allait être libéré en même temps que plus de 200 prisonniers politiques, mais elles l’ont ensuite renvoyé dans sa cellule.

U Win Tin est détenu dans la prison d’Insein, à Rangoun, capitale du Myanmar. Sa peine prendra fin en juillet 2009, mais il pourrait d’ores et déjà bénéficier d’une libération anticipée pour bonne conduite.

U Khun Htun Oo

U Khun Htun OoLe député U Khun Htun Oo, soixante-quatre ans, est le plus âgé des représentants politiques des Chans, la plus grande minorité ethnique du Myanmar. Il purge actuellement une peine de quatre-vingt-treize ans de prison pour avoir pris part à un débat privé sur les projets officiels de transition politique. Il est détenu dans l’une des prisons les plus isolées du pays.

Il est le président du Parti de la ligue des nationalités chans pour la démocratie, un groupe d’opposition, et il avait participé à une réunion privée au cours de laquelle de hauts représentants politiques avaient discuté, autour d’un repas, des projets de transition politique des autorités. Cette réunion avait eu lieu à Taunggyi, la capitale de l’État chan, le 7 février 2005, qui est le jour de la fête nationale chan.

Des représentants politiques chans auraient, à cette occasion, donné à des membres de groupes ayant conclu un cessez-le-feu des conseils d’ordre politique sur leur participation à la Convention nationale, première étape du projet de transition des autorités. La Convention nationale a exclu nombreux groupes politiques importantes et elle s'est déroulée alors que les critiques négatives à l'égard du processus étaient considérées comme des infractions pénales.

À l’époque, certains groupes ayant conclu un cessez-le-feu avaient exprimé leur mécontentement devant le fait que leurs préoccupations n’étaient pas discutées, notamment celles concernant le sixième objectif de la Convention nationale qui est de garantir la participation future des militaires dans les affaires de l’État.

Les autorités n’avaient pas tardé à arrêter les dirigeants qui assistaient au repas et leur avaient refusé le droit de voir leur famille, pendant neuf mois pour certains d’entre eux. Ils n’ont pas pu choisir eux-mêmes leurs avocats et ont été condamnés, en novembre 2005, à des peines de prison extrêmement longues.

U Khun Htun Oo a été déclaré coupable de nombreuses infractions. D’après les informations fournies, il aurait notamment enfreint la Loi 5/96, qui dispose que quiconque se rend coupable d’exprimer des opinions qui portent atteinte à la stabilité de l’État ou qui «compromettent et dénigrent les travaux menés par la Convention nationale et trompent la population à ce sujet» est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans d’emprisonnement.

Amnesty International a demandé le retrait de cette loi, au motif qu’elle érige en infraction l'exercice du droit à la liberté d’expression tel qu’il est proclamé dans l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Une fois condamnés, ils ont été envoyés dans des prisons situées très loin de chez eux, et sans que leurs familles en aient été officiellement informées. U Khun Hutun Oo est actuellement détenu dans la prison de Puta-O (État kachin, dans le nord du pays), où les conditions de détention sont très éprouvantes, d’après les informations disponibles.

U Khun Htun Oo est aussi membre du Comité représentatif du Parlement populaire, une coalition formée de députés élus lors des élections de 1990.

Zaw Htet Ko Ko

Zaw Htet Ko Ko«Ko Ko ne croit jamais à la violence. Il croit en la lutte pour les droits humains par la non-violence. Je suis très fier de mon fils.» - U Aung Myint, le père de Zaw Htet Ko Ko, s’adressant à Amnesty International peu après l’arrestation de son fils le 13 octobre.

Zaw Htet Ko Ko est un jeune membre du groupe Étudiants de la génération 88. Âgé de vingt-six ans et père d’un enfant, il a été arrêté avec cinq autres personnes le 13 octobre, dans le cadre de la répression menée par les autorités militaires. Amnesty International ignore où ces personnes sont détenues, mais elle est profondément préoccupée par leur sécurité car elles sont exposées à un risque sérieux de mauvais traitements et de torture.

Zaw Htet Ko Ko, Htay Kywe, Mie Mie, Aung Thu et Aung Gyi ont participé aux premiers défilés de protestation, au mois d'août. Ils ont rapidement été contraints à se cacher, lorsque les autorités ont lancé une chasse à l’homme pour traquer ceux qu’elles considéraient comme les organisateurs des manifestations. Le 21 août, 13 militants importants du groupe Étudiants de la génération 88 ont été arrêtés lors d’une opération nocturne.

Courant août et septembre, les autorités auraient effectué au moins cinq descentes au domicile de Zaw Htet Ko Ko; elles auraient aussi soumis sa famille à Rangoun à de nombreuses menaces et manœuvres de harcèlement…

D’après son père, U Aung Myint, Zaw Htet Ko Ko est un homme calme, qui s'est toujours intéressé aux droits humains.

«Ko Ko est discret, il ne se met pas en avant. Je n’ai jamais vraiment discuté de politique avec lui car j’ai eu moi-même de mauvaises expériences en politique. Mais mon fils s’y intéresse, tout comme il s’intéresse aux droits humains. J’avais l’habitude de lui envoyer des livres électroniques sur ces sujets, et lui, de son côté, il les partageait avec des amis.»

Combattant la lourde censure des informations au Myanmar, Zaw Htet Ko Ko était un passionné d'Internet et aspirait à prendre connaissance des actualités mondiales et à informer le monde extérieur de ce qui se passait dans son pays.

U Aung Myint, qui a obtenu le statut de réfugié et s’est établi aux Pays-Bas après avoir quitté le Myanmar à la suite de la violente répression de 1988 contre les manifestations prodémocratiques, se souvient d’avoir demandé un jour à son fils s’il avait réfléchi aux conséquences de son militantisme.

La réponse de Zaw Htet Ko Ko a été aussi ferme qu’elle était courageuse: «Oui, j’ai réfléchi à tout, aux dangers. Si je ne fais pas ce que je fais, qui le fera pour le peuple birman?»

U Aung Myint est maintenant très inquiet pour la situation de son fils en détention. «Je lui ai dit de faire attention, d’être prudent, mais je pense qu’il est soumis à la torture.»

Country

Myanmar 

Region

Asia And The Pacific 

Issue

Prisoners Of Conscience 

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