Annual Report 2013
The state of the world's human rights

19 October 2007

Des militants évoquent une «chasse aux sorcières» au Myanmar

Des militants évoquent une «chasse aux sorcières» au Myanmar

Des moines et des militants au Myanmar ont parlé à Amnesty International de la brutale répression que subissent les personnes qui manifestent contre le gouvernement dans le pays.

Amnesty International a eu une série d’entretiens avec des militants de premier plan (dont Mie Mie, Htay Kywe et Nay Tin Myint), qui ont dénoncé la stratégie gouvernementale axée sur les opérations nocturnes, les arrestations arbitraires et les détentions dans des conditions épouvantables.

Ces témoignages directs sont publiés à la suite de l'arrestation, le week-end passé, de six personnes, parmi lesquelles figurent Htay Kywe, Mie Mie, Aung Thu, Aung Gyi et le jeune militant Zaw Htet Ko Ko, tous membres du mouvement Étudiants de la génération 88.

«Nous avons vu la police demander de l’argent à des familles de détenus en échange de la libération de leur proche. Les jeunes qui vont au bureau ou à l’école sont non seulement interpellés et soumis à des contrôles, mais aussi volés», déclarait Mie Mie peu de temps avant son arrestation.

Des Birmans réfugiés à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar ont raconté les violences infligées par la police antiémeutes à des manifestants et à de simples passants, y compris à des femmes et à des moines.

«Certains blessés avaient tellement de sang sur le corps qu'il était impossible de dire d’où il venait. Certains moines avaient perdu la partie supérieure de leur robe. J’ai vu des civils essayer d’aider un moine blessé. La plupart de leurs blessures se situaient à la tête. C’est la tête que visaient les policiers antiémeutes», a indiqué un moine de trente et un ans témoin de confrontations entre manifestants et policiers à la pagode Shwe Dagon le 26 septembre.

Peu avant son arrestation, Htay Kywe avait déclaré, depuis sa cachette, que «la communauté internationale doit faire preuve de fermeté pour empêcher de nouvelles violations». Il avait aussi appelé «la communauté internationale à apporter toute l’aide possible» dans ce but.

Htay Kywe, Mie Mie, Aung Thu, Aung Gyi et Zaw Htet Ko Ko ont participé aux premiers défilés de protestation, au mois d'août. Ils ont rapidement été contraints à se cacher, lorsque les autorités ont lancé une chasse à l’homme pour traquer ceux qu’elles considéraient comme les organisateurs des manifestations, en particulier Htay Kywe. Le 21 août, 13 militants importants du groupe Étudiants de la génération 88 ont été arrêtés lors d’une opération nocturne.

La nouvelle de la libération, mercredi 17, du célèbre humoriste et ancien prisonnier d’opinion Zargana a été ternie par les récentes informations selon lesquelles un nombre croissant des personnes arrêtées lors de la répression ont été condamnées à de la prison ou à une peine dans un camp de travail, au terme de procédures viciées. Les tribunaux qui jugent ces personnes seraient par exemple constitués à la hâte à l’intérieur même des prisons.

La presse officielle avait averti que toutes les personnes détenues dans le cadre des manifestations pourraient être condamnées à des peines d'emprisonnement. Le journal New Light of Myanmar avait indiqué le 9 octobre: «Toute personne arrêtée pour avoir enfreint la loi doit être inculpée et devra purger une peine de prison si elle est reconnue coupable.»

La vague d’arrestations qui se poursuit va à l’encontre des promesses faites la semaine dernière par les autorités du Myanmar, qui s’étaient engagées à coopérer avec l’ONU. Le 11 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU avait vivement déploré la violente répression et souligné l’importance d’une libération rapide de tous les prisonniers politiques.

Jusqu’à présent, selon les médias officiels du Myanmar, près de 3 000 personnes ont été arrêtées et plus de 2 500 libérées, mais il est probable que le nombre de personnes maintenues en détention soit en vérité nettement plus élevé. Au moment où nous rédigeons ces lignes, des arrestations continuent d’être signalées. Dans leurs communiqués, les autorités du Myanmar n’ont fourni aucune information sur l'identité des personnes arrêtées, sur l’endroit où elles se trouvent, sur leurs conditions de détention et sur les motifs de leur arrestation.

Des informations inquiétantes continuent d’arriver sur des perquisitions et sur la surveillance et le harcèlement de personnes ayant participé aux manifestations. Il semble que les familles et les voisins de personnes soupçonnées d'avoir manifesté aient également fait l'objet de menaces.

Une association basée en Thaïlande, l'Association pour l'assistance aux prisonniers politiques, a signalé qu'un membre de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie), le principal parti d'opposition, est mort en détention des suites de tortures subies au cours d'interrogatoires. Ko Win Shwe, quarante-deux ans, et quatre autres personnes auraient été arrêtés le 26 septembre pour avoir pris part aux manifestations.

Si Zargana a été libéré, son collègue Par Par Lay et de nombreuses autres personnes sont toujours privés de liberté.

Amnesty International a condamné le recours à la violence contre les manifestants pacifiques et est très préoccupée par la sécurité de toutes les personnes détenues dans le pays. L’organisation a demandé aux autorités de veiller à ce que les détenus ne soient pas torturés ni maltraités et à ce qu’ils soient immédiatement remis en liberté.

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Pour en savoir plus sur les deux humoristes

Issue

Disappearances And Abductions 
Freedom Of Expression 
Impunity 
Prisoners Of Conscience 
Torture And Ill-treatment 

Country

Myanmar 

Region

Asia And The Pacific 

@amnestyonline on twitter

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