Annual Report 2013
The state of the world's human rights

6 February 2011

Mission au Caire

Mission au Caire



Par l'équipe d'Amnesty International en Égypte

Hier, après avoir enfin retrouvé nos collègues, nous avons repassé ensemble quelques moments forts des dernières heures de notre séparation. Notre course dans les rues sinistres du Caire dans la nuit de vendredi à samedi pour les retrouver après leur libération avait des allures de film de série B. Et sans doute quelque chose de comique aussi, mais nous étions à ce moment là tellement inquiets pour leur sécurité et tellement désireux de mettre un terme à cette incertitude que tout cela n'avait vraiment rien de drôle.

Les manifestations se poursuivent sur la place Tahrir au Caire. © Demotix/Jonny von Wallström
Les manifestations se poursuivent sur la place Tahrir au Caire.
© Demotix/Jonny von Wallström

Malgré l'énorme soulagement de les savoir remis en liberté après 32 heures pénibles d'angoisse, sans sommeil, malgré la joie de les avoir brièvement entendus au téléphone, nous ne pouvions être tranquilles tant qu'ils ne seraient pas arrivés en lieu sûr, dans un endroit où ils pourraient enfin prendre un repas, se doucher et se reposer dans des draps propres. Nous étions d'autant plus angoissés qu'ils avaient été relâchés environ quatre heures après le début du couvre-feu. Nous ne savions pas précisément où la police militaire les avait déposés. Et ils n'avaient aucune preuve d'identité sur eux – leurs papiers avaient été confisqués au moment de l'arrestation.

C'est cela qui nous préoccupait surtout, car à la nuit tombée, le Caire se transforme en un inextricable labyrinthe de postes de contrôle tenus par des jeunes gens qui patrouillent dans les rues après le début du couvre-feu, à 17 heures. La présence de policiers en uniforme, d'agents de sécurité en civil et de militaires appuyés par ce qui nous semblait être la moitié de tout l'arsenal égyptien de tanks et de véhicules blindés venait parachever l'ambiance angoissante. Difficulté supplémentaire, le palais présidentiel se trouvait sur notre chemin. Et pour couronner le tout, nous avons constaté que dans certains quartiers du Caire, le couvre-feu pouvait pour de bon être appliqué et respecté.

Nous avons avancé dans la ville, en étant arrêtés à chaque instant pour un contrôle d'identité ou une fouille du véhicule. Nous avons dû faire de nombreux détours pour passer les artères qui étaient barrées. Et tandis que nous progressions vers eux, nos collègues avançaient eux aussi à notre rencontre, confrontés aux mêmes dangers et à d'autres barrages. Notre point prévu de rencontre ne cessait de changer car nous essayions chacun de notre côté de déterminer le meilleur endroit ou nous retrouver et pouvoir passer le reste de la nuit. Nous avons à plusieurs reprises changé d'itinéraire, parfois juste après avoir franchi de manière très laborieuse un barrage particulièrement difficile. À un contrôle, un soldat nous a regardé l'air un peu troublé et embêté, puis il nous a dit : « Mais je viens de vous voir, non ? Pourquoi êtes-vous revenus ? » Un autre nous a mis en garde : « « Vous savez que le couvre-feu est en vigueur depuis six heures. Vous avez intérêt à avoir une bonne raison d'être dehors. » Nous avions une bonne raison.

Au bout de deux heures, et après un nombre incalculable de coups de fil avec les collègues de Londres, de New York et du Caire qui suivaient notre progression, nous avons enfin cru apercevoir le bout du tunnel. Mais c'est alors que nous avons appris que nos collègues étaient peut-être de nouveau arrêtés et que les militaires étaient en train de les reconduire aux Renseignements généraux. Alors qu'ils nous attendaient à l'intérieur d'un taxi, ils avaient été interpellés par des militaires qui, dans un premier temps, n'avaient pas cru les raisons pour lesquelles ils se trouvaient dehors sans pièce d'identité en plein couvre-feu. « Nous venons d'être libérés par les forces armées après presque deux jours de détention », avaient-ils expliqué. Voilà qui méritait bien une nouvelle vérification, avaient décidé les militaires !

L'épisode nous fait bien rire aujourd'hui et n'a pas fini d'être raconté comme une bonne anecdote, mais cette nuit-là, c'est un peu comme si un nouveau cauchemar commençait alors que nous venions à peine d'évacuer le premier. Nous avons continué à avancer, point de contrôle après point de contrôle. L'ami qui était au volant a déployé des trésors de patience.

Tout s'est heureusement résolu et nous avons pu retrouver nos collègues peu de temps après devant un hôtel. Malgré leur fatigue et l'épreuve pénible qu'ils venaient de vivre, ils étaient capables de plaisanter à propos de certains épisodes vécus en détention. Impressionnant ! Ils nous ainsi raconté l'étonnement d'un photographe étranger détenu avec eux quand il avait découvert que lorsqu'on dit « cinq minutes » en Égypte, cela ne signifie pas vraiment cinq minutes. Ils ont aussi plaisanté sur la pénurie de couvertures et l'attitude de certains détenus peu désireux de partager celles qu'on leur avait apportées.

Nos collègues étaient aussi très inquiets du sort de la trentaine de militants égyptiens des droits humains encore détenus. Tous ont heureusement été remis en liberté samedi et ont pu retrouver leurs proches.

On ignore exactement la raison pour laquelle toutes ces personnes ont été arrêtées. Nous nous demandons par ailleurs si les autorités égyptiennes vont expliquer pourquoi ces défenseurs des droits humains et ces journalistes ont été arrêtés sans mandat, détenus dans des conditions pénibles durant deux jours et privés de la possibilité de contacter leur famille, leurs amis et un avocat.

Tout est bien qui finit bien pour nos deux collègues, certes, mais le récit qu'ils nous ont fait de leur détention aux mains des forces armées nous inquiète beaucoup. Les bâtiments militaires dans lesquels ils se trouvaient débordaient littéralement de détenus. Ils ont entendu les cris de personnes que l'on frappait, de toute évidence. Malgré toutes les promesses de réformes, de changement et de fin de l'impunité, les coups et les violences continuent d'être la norme pour les personnes privées de liberté.

Que de choses vécues en ce samedi ! Pour la dernière fois, Inch' Allah ! Nous sommes retournés aujourd'hui dans les bureaux de l'ONG égyptienne où nos collègues ont été arrêtés – comme des assassins qui reviennent sur les lieux de leur crime ! Nous avons pu nous projeter dans l'ambiance qu'ils venaient de nous décrire. Quel étonnement de voir la vitesse à laquelle la vie a repris son cours sur la place du marché au coin de la rue, là où quelques heures plus tôt 35 personnes menottées avaient été embarquées de force dans des voitures, sous les huées de passants en colère qui les accusaient de trahison. Tout comme la veille, le vendeur de rue était en train d'arranger son étal et de disposer ses oranges en pyramide.

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Issue

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Armed Conflict 
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Egypt 

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Middle East And North Africa 

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