Annual Report 2013
The state of the world's human rights

13 May 2011

Des militants se mobilisent contre les atteintes à la liberté d'expression

Des militants se mobilisent contre les atteintes à la liberté d'expression

À l'occasion de la publication de son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde, Amnesty International braque les projecteurs sur cinq éminents militants qui prennent part à la lutte mondiale en faveur de la liberté d'expression.

Haytham Al Hamwi, militant syrien résidant actuellement au Royaume-Uni.

Haytham al HamwiJ'ai passé sept mois en isolement cellulaire dans une prison syrienne et ai été privé de tout contact avec ma famille pendant 10 mois.
Je faisais partie d'un réseau de militants dans ma ville natale de Daraya, près de Damas. Nous avons fait campagne contre l'invasion de l'Irak et contre la corruption, et avons demandé que nos rues soient nettoyées.
Le gouvernement n'a pas apprécié que nos activités soient bien organisées et initiées par des jeunes.
Onze d'entre nous ont été arrêtés en 2003 et j'ai été condamné à quatre ans de prison par un tribunal militaire.
Ma cellule était exiguë et sale. Ce premier hiver passé derrière les barreaux fut glacial.
Je vis au Royaume-Uni depuis 2008 avec ma femme et mes enfants, et je prépare un doctorat en médecine du travail. Je veux rentrer en Syrie bientôt et y travailler en tant qu'universitaire.
Je pense que les campagnes que nous avons menées avec mes amis ont semé des graines dans les esprits des jeunes Syriens. Ils ont pris conscience que la voix du peuple doit être entendue. Daraya a été l'une des premières villes à rejoindre le mouvement de contestation ces derniers mois.
Au mois de mai, les forces de sécurité se sont rendues chez mon père, à Daraya, à 4 heures du matin, et l'ont arrêté. Peut-être parce qu'il s'est joint à un défilé de contestation, peut-être parce qu'il avait porté mon cas à l'attention d'organisations de défense des droits humains. Depuis, nous n'avons plus aucune nouvelle de lui. Il a 65 ans et a eu une crise cardiaque récemment.
Ce que les Syriens traversent actuellement, c'est un peu comme un accouchement – une grande douleur, qui donnera, nous l'espérons, un nouveau bébé, un nouveau pays.


Daves Guzha, directeur de théâtre au Zimbabwe.

Daves GuzhaDes membres des forces de sécurité assistent à chaque première de nos représentations dans le théâtre que je gère à Harare. Ils viennent en tant que simples spectateurs, affirmant qu'ils sont là pour « jauger l'humeur des gens ». Mais dès que nous présentons nos pièces en dehors de la capitale, les rôles sont inversés. Là commencent les arrestations et les intimidations. En janvier 2011, lorsque nous avons joué « Rituels », les acteurs de ma compagnie ont été interpellés et ont passé deux nuits derrière les barreaux.
« Rituels » parle d'une communauté brisée, qui tente de se reconstruire au lendemain des violences qui ont émaillé les élections de 2008 au Zimbabwe.
Nous mettons en scène des événements qui se sont réellement produits, par exemple lorsque des professionnels ont été enrôlés dans des milices par l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), le parti de Robert Mugabe, et contraints de rouer de coups d'autres personnes.
Les policiers n'ont pas apprécié la pièce et en sont ressortis avec le sentiment que nous nous acharnions contre la ZANU-PF.
À la fin, les comédiens ont été inculpés de « trouble à l'ordre public de nature pénale ». Les policiers ont allégué que les percussions utilisées dans la pièce étaient trop bruyantes. Heureusement, un jugement marquant a été rendu en février, ordonnant la libération de tous les comédiens.
Après ces arrestations, je me suis dit que j'en avais assez de ces absurdités. Je continuerai à produire du théâtre d'avant-garde qui provoque le système.
En ce moment, nous sommes en phase de transition. Ces dernières années, nous avons suivi les traces de personnages politiques. Ils changent les lois de manière arbitraire, ils mènent la danse.
En tant que comédiens militants, c'est à nous de mener la danse. Nous devons donner aux Zimbabwéens le sentiment qu'ils savent ce qu'ils veulent et encourager les gens à nous suivre, afin que nous partagions le même rêve.


Irina Bogdanova, médecin et militante au Bélarus, installée au Royaume-Uni depuis 1994.

Irina BogdanovaJ'ai commencé à militer pour les droits humains lorsque mon frère et ma belle-sœur ont été arrêtés en 2010, au Bélarus. Lorsqu'un membre de votre famille est incarcéré à tort, vous ne pouvez pas vous contenter de rester les bras croisés. Mon frère, Andreï Sannikov, comptait parmi les candidats de l'opposition lors de l'élection présidentielle de décembre 2010. Il a été passé à tabac par des policiers lors de manifestations pacifiques dénonçant la fraude électorale et placé en détention dans une prison du Comité de sûreté de l'État bélarussien (KGB) à Minsk. Il comparaît en justice cette semaine, dans une salle d'audience où les accusés sont enfermés dans une cage, comme s'ils étaient des monstres sanguinaires.
Mon frère ne peut compter sur personne d'autre pour se battre en son nom, car son épouse a été placée en résidence surveillée ; je me devais de faire quelque chose. Les conditions de détention à la prison du KGB de Minsk sont atroces. Les prisonniers sont torturés. Les cellules sont surpeuplées et humides. Les détenus ne reçoivent pas de soins médicaux.
Accusé d'avoir organisé des émeutes de grande ampleur, mon frère encourt une peine de 15 ans d'emprisonnement. (Andreï Sannikov a été condamné à cinq ans de prison le 14 mai). Il n'est pas autorisé à recevoir de visite en prison et on m'a conseillé de ne pas me rendre à Minsk, où je risquerais d'être arrêtée. Nous ignorons toujours la gravité de ses blessures. Son avocat a affirmé que mon frère pouvait à peine se déplacer sans aide au début, tant il avait été sauvagement battu. Cet avocat a par la suite été radié du barreau.
J'ai lancé une campagne en faveur de la liberté au Bélarus, Free Belarus Now. Nous recevons un soutien fantastique de la part de personnes du monde du théâtre au Royaume-Uni, notamment de Tom Stoppard et Sir Trevor Nunn. Nous adressons un message fort au peuple bélarussien, en leur montrant que le monde est à ses côtés.

La campagne d'Irina Bogdanova : Free Belarus Now


Claudia Samayoa, défenseure des droits humains au Guatemala.

Claudia Samayoa
Mon association a été créée il y a 10 ans pour protéger tous ceux qui au sein de la société guatémaltèque œuvrent à la défense des droits fondamentaux. Bien que nous soyons censés être en plein processus de paix, force est de constater que les problèmes perdurent. Les « pouvoirs occultes » – à savoir le crime organisé et les organisations illégales – mènent une politique de menaces et d'agressions ciblant les défenseurs des droits humains.
Nous avons pris conscience de la nécessité de travailler ensemble pour recenser et rendre compte de ces attaques et apporter une réponse commune à un ennemi commun.
Depuis que nous avons commencé notre travail en 2000, nous avons recensé plus de 2 200 violations des droits humains. Pour beaucoup, il s'agit d'agressions contre des journalistes indépendants et de menaces liées à des conflits sociaux, par exemple dans le cadre de résistances à des projets miniers et de manifestations contre la faim et l'insécurité.
Si les autorités ont amélioré leur politique visant à rendre compte de ces attaques et leur coordination entre la police et le ministère public, elles n'ont pas le cran de s'attaquer au problème : deux cas seulement d'assassinats ont été jugés au cours des 10 dernières années.
Notre volonté d'en finir avec la culture de l'impunité au Guatemala s'est heurtée à un écueil plus profond. Les médias grand public ne s'intéressent pas aux questions que nous soulevons et nous taxent de « radicaux ». Ils censurent notre point de vue, parce qu'ils ont le monopole des intérêts liés aux grandes entreprises et propriétés foncières contre lesquelles nous nous battons. Nos blogs sont piratés et fermés, mais aucun cadre juridique ne nous permet véritablement de contrer cette situation.
À l'avenir, nous devons maintenir une forte exigence vis-à-vis du respect des droits humains et n'offrir aucune occasion de revenir en arrière. Si nous y parvenons de manière efficace, nous pourrons récolter les fruits de notre travail.

L'ONG de Claudia Samayoa : Unité pour la protection des défenseurs des droits de l'homme – Guatemala (Unidad de Protección a Defensoras y Defensores de Derechos Humanos – Guatemala, UDEFEGUA).


Pablo Pacheco Ávila, 41 ans, journaliste indépendant et blogueur à Cuba.

Pablo PachecoEn 2003, j'ai été condamné à 20 ans de prison pour mon travail en tant que journaliste indépendant à Cuba.
Les conditions de détention étaient terribles : à l'isolement dans des cellules sans lumière, avec les toilettes à l'intérieur. J'ai perdu 15 kilos et souffert de lésions durables aux genoux. Ma famille n'était autorisée à venir me rendre visite qu'une fois tous les trois mois.
J'ai été transféré dans diverses prisons, y compris à Canaletas, à huit kilomètres de chez moi. Ce fut la période la plus éprouvante de mon incarcération : j'étais enfermé dans une cellule de 6 mètres sur 7 en compagnie de 20 codétenus, dont des criminels de droit commun. Là, j'ai perdu tout espoir. Plusieurs détenus se sont suicidés.
En mai 2010, le gouvernement cubain a annoncé qu'il clôturait mon dossier et ceux d'autres personnes incarcérées lors du « Printemps noir » de 2003. Toutefois, au lieu d'être libérés à Cuba, nous avons été expulsés en Espagne.
Il est difficile d'expliquer ce que j'ai ressenti à ce moment-là – un mélange d'incertitude et d'espoir. Je n'ai pas pu rendre visite à ma famille lors de ma libération, nous avons été conduits directement à l'aéroport.
Désormais je vis à Málaga. Si je suis reconnaissant aux Espagnols de la solidarité qu'ils nous témoignent, notre expérience n'en est pas moins émaillée de toutes les difficultés liées à l'exil.
Mon message aux journalistes et aux défenseurs des droits humains qui travaillent à Cuba aujourd'hui est un message d'espoir, de respect et de solidarité. Nous vivons un moment historique, extrêmement important pour notre île.
La société civile à Cuba a déjà relégué sa peur de s'exprimer et le monde se doit de soutenir nos efforts. Les Cubains méritent mieux.

Le blog de Pablo Pacheco : Voces del Destierro (Les voix de l'exil)

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