Annual Report 2013
The state of the world's human rights

24 April 2012

Des voix s'élèvent des bidonvilles

Des voix s'élèvent des bidonvilles
Plus de la moitié de la population de Nairobi vit dans des bidonvilles tels que Mathare.

Plus de la moitié de la population de Nairobi vit dans des bidonvilles tels que Mathare.

© Amnesty International


En écoutant nos témoignages à la radio, les auditeurs ont pu constater que nous sommes des personnes ordinaires avec des métiers normaux.
Source: 
Mustafa Mahmoud, qui présente une émission de radio et réside à Kibera

Un projet radiophonique soutenu par Amnesty International au Ghana et au Kenya vise à bousculer les idées reçues du public sur les personnes vivant dans les bidonvilles, et donne à celles-ci un espace leur permettant de raconter leur histoire.

Lorsqu'Al Hassan Abdallah, diplômé d'une école de commerce, est arrivé à Accra en 2005, il a eu des difficultés à trouver une chambre à louer à un prix abordable. Comme des milliers d'autres Ghanéens, il s'est retrouvé à Old Fadama, l'un des bidonvilles les plus étendus de la capitale, surnommé « Sodome et Gomorrhe ».

Sept ans plus tard, il est devenu enseignant mais vit toujours dans ce bidonville. Ce n'est pas une existence facile : les incendies sont fréquents, l'eau est impropre à la consommation et le choléra est très présent.

Les habitants craignent en outre d'être expulsés de force. Al Hassan garde en permanence ses objets de valeur sur lui, car il n'est jamais certain que son domicile sera toujours là quand il rentrera chez lui. Il a rencontré des difficultés pour ouvrir un compte en banque, en raison des aprioris négatifs des institutions bancaires à l'égard des résidents des bidonvilles.

« Les gens ne vous respectent pas si vous leur dites que vous vivez à Old Fadama. Ils pensent que nous sommes des délinquants », explique-t-il.

Mais grâce à Slum Radio [radio bidonville], projet mis en route par Amnesty International dans le but d'aider à changer l'attitude du public envers les habitants des bidonvilles au Ghana et au Kenya, les auditeurs de ces pays ont pu prendre conscience des difficultés auxquelles sont confrontés chaque jour Al Hassan et les autres résidents.

Le mois dernier, Al Hassan et Mustafa Mahmoud, un dirigeant communautaire vivant à Kibera, le plus grand bidonville du Kenya, ont co-présenté une émission avec des journalistes de la station kenyane Radio Jambo, qui dépend de Radio Africa.

Si le projet a pris fin à la mi-avril, Al Hassan espère continuer à faire de la radio depuis les bidonvilles.

« Les autorités municipales d'Accra veulent nous expulser, mais ne nous parlent jamais directement. Maintenant nous disposons d'un espace d'expression, et de nombreuses personnes ayant écouté les émissions me disent qu'elles veulent en savoir plus », indique-t-il.

Un grand nombre des récits diffusés sur les stations locales luttent contre les préjugés qui veulent que les habitants des bidonvilles soient sans instruction et sans emploi :

Les auditeurs de Radio Africa au Kenya ont pu entendre Mary Obonyo, de Mathare, parler de son café, des plats qu'elle prépare et de la manière dont son commerce l'a aidée.

Ils ont écouté Samson Aluda, qui, à 26 ans, est proviseur d'un établissement secondaire à Kibera et suit par ailleurs des études d'ingénieur.

« Nous emmenons au cœur des bidonvilles des stations de radio dont les auditeurs appartiennent à la classe moyenne, afin de braquer les projecteurs sur les personnes qui vivent sur place », précise Martin Davies, directeur de Between the Posts Productions, la compagnie de production travaillant sur le projet avec les résidents, des journalistes et Amnesty International.

À Accra, un tiers de la population vit dans des bidonvilles, tandis qu'à Nairobi ce chiffre dépasse les 50 %. Il n'a pas été difficile de convaincre des stations de radio locales – Radio Africa au Kenya, Joy FM et GBC au Ghana – d'accorder du temps d'antenne à ce projet, et de diffuser des récits en provenance des quartiers informels pendant six semaines.

En retour, Between the Posts Productions et Amnesty International leur ont proposé des formations, les ont mis en rapport avec les personnes à contacter dans les bidonvilles et ont permis une diffusion en direct depuis des stations provisoires au sein des bidonvilles.

Les histoires à relayer ne manquent pas – un événement marquant s'est par exemple produit le jour du lancement de Slum Radio le mois dernier avec Radio Jambo (Kenya), diffusée depuis le bidonville de Mathare, se souvient Martin Davies.

« Le matin de l'émission, il y a eu un incendie à Mathare : c'était une histoire classique de qui est responsable de quoi. Un projet d'élargissement des voies est en cours, afin de permettre à des véhicules tels que les camions de pompiers d'entrer dans les bidonvilles.

« Cependant, les pierres livrées pour paver la route ont été abandonnées en larges piles, bloquant le passage de tout véhicule. Personne n'a précisé qui aurait dû paver la route. Par conséquent, les pompiers ont mis quatre heures à passer et trois personnes sont mortes.

« Les gens sont sortis du bidonville avec des photos des squelettes, des témoignages, la description de l'ensemble des événements. L'émission de début de matinée a vraiment saisi une tranche de vie. »

« Le succès du projet tient en partie au rapprochement entre les journalistes et les dirigeants communautaires, qui sont très éloquents mais constituent une ressource presque cachée. Cela pourra à l'avenir mener à une meilleure visibilité, susceptible par la suite de déboucher sur des changements dans les mentalités », estime Martin Davies.

De retour à Kibera, Mustafa Mahmoud, qui présente également une émission de radio communautaire dans son quartier, évoque déjà avec la station locale Radio Maisha la possibilité de créer de nouvelles émissions sur les bidonvilles.

« À Nairobi, les gens nous considèrent souvent comme des mendiants illettrés, des oisifs et des voleurs. C'est vrai que nous n'avons pas de routes, que la situation sanitaire est mauvaise et que parfois nous avons l'impression d'être oubliés de tous », a-t-il souligné.

« Mais en écoutant nos témoignages à la radio, les auditeurs ont pu constater que nous sommes des personnes ordinaires avec des métiers normaux – gardiens, chauffeurs et cuisiniers –, des personnes avec qui le reste de Nairobi est en contact tous les jours.

Nous vivons ici faute de mieux, et le défi est désormais d'amener les gouvernements à rendre des comptes pour les violations des droits humains survenant dans les bidonvilles. »

Region

Africa 
Africa 

Issue

Demand Dignity 
Economic, Social and Cultural Rights 
Poverty 

Country

Ghana 
Kenya 

Campaigns

Demand Dignity 

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