Documento - ERITREA. Temor de tortura / detención en régimen de incomunicación / homicidios arbitrarios
DOCUMENT PUBLIC AFR 64/008/2004 – ÉFAI
AU 301/04
Avertissement : Amnesty International
défend des individus sans prendre position ni sur leurs idées
ni sur les organisations auxquelles ils pourraient adhérer.
CRAINTES DE TORTURE / DÉTENTION AU SECRET
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HOMICIDES ARBITRAIRES
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ÉRYTHRÉE |
plusieurs milliers de personnes détenues dans la prison militaire d’Adi Abeto |
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Londres, le 9 novembre 2004
Plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées parce qu’elles étaient soupçonnées de s’être soustraites au service national. Elles sont détenues dans la prison militaire d’Adi Abeto et Amnesty International craint fortement qu’elles ne soient soumises à des mauvais traitements, voire torturées. Selon les informations recueillies, au moins douze prisonniers ont été abattus et bien plus encore ont été blessés à la suite de troubles survenus dans la prison.
Le 4 novembre, les forces de sécurité d’Asmara, la capitale de l’Érythrée, ont arbitrairement arrêté plusieurs milliers de personnes, notamment des jeunes, qu’elles soupçonnaient de s’être soustraites au service national. Elles ont opéré dans la rue, dans des magasins et des bureaux, à des barrages routiers et chez des particuliers.
Les personnes appréhendées ont été conduites dans la prison militaire d’Adi Abeto, près d’Asmara, où les conditions de détention sont très dures : l’établissement est fortement surpeuplé, les rations alimentaires y sont insuffisantes et les conditions sanitaires déplorables. Un grand nombre de détenus ont été contraints de dormir à l’extérieur, par des températures très basses, sans couvertures ni chaussures. Aucun n’a été autorisé à être en contact avec sa famille ou à consulter un avocat.
Le 4 novembre, vers minuit, quelques détenus auraient enfoncé un mur de la prison, probablement dans le but de s’évader. Des soldats ont alors ouvert le feu sur eux, faisant un certain nombre de morts et bien plus encore de blessés. Le 8 novembre, le ministre de l’Information a déclaré que deux détenus avaient été tués. Or, d’autres sources indiquent que l’on peut déplorer au moins douze morts, et que les corps, qui n’ont pas été restitués aux familles, ont été inhumés. Les blessés ont quant à eux été conduits à l’hôpital et sont détenus au secret par des militaires.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
En Érythrée, le service national est obligatoire pour l’ensemble des hommes et des femmes âgés de dix-huit à quarante ans, à raison de dix-huit mois, dont six de préparation militaire. Depuis le début de la guerre avec l’Éthiopie (1998-2000), le service national, qui comportait une composante civile, est devenu exclusivement militaire ; en outre, il est prolongé indéfiniment. Les anciens conscrits et les personnes ayant combattu avant l’indépendance du pays ont été rappelés sous les drapeaux et sont astreints à des périodes de réserve. Le régime ne reconnaît pas le droit à l’objection de conscience.
Un grand nombre de jeunes ont cherché à se soustraire au service militaire et plusieurs milliers ont déserté après avoir été appelés, fuyant parfois le pays. Le châtiment habituellement réservé à ces personnes est la torture – les victimes sont battues ou attachées dans des positions contorsionnées et douloureuses pendant plusieurs jours – et le maintien en détention pour une durée indéterminée sans inculpation ni jugement. Des centaines de ressortissants érythréens qui avaient fui leur pays ont été renvoyés de force par les autorités de Malte en 2002, et par la Libye en juillet 2004. Ils ont été arrêtés dès leur arrivée en Érythrée, puis auraient été torturés et incarcérés dans une prison secrète de Dahlak Kebir, une île située dans la mer Rouge, où la plupart d’entre eux sont encore détenus au secret aujourd’hui.
En vertu des Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, ceux-ci ne peuvent faire usage d'armes à feu contre des prisonniers en fuite « que si les autres moyens restent sans effet » (article 4). L’article 5-b de ce texte dispose par ailleurs : « Lorsque l'usage légitime de la force ou des armes à feu est inévitable, les responsables de l'application des lois […] s'efforceront de ne causer que le minimum de dommages et d'atteintes à l'intégrité physique et de respecter et de préserver la vie humaine ».
ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en anglais ou dans votre propre langue) :
– dites-vous préoccupé par la sécurité des personnes soupçonnées de s’être soustraites au service national qui sont détenues dans la prison militaire d’Adi Abeto depuis qu’elles ont été appréhendées, le 4 novembre à Asmara, lors d’une vague d’arrestations ;
– exhortez les autorités à veiller à ce que ces personnes ne soient pas soumises à la torture ni à d’autres formes de traitements ou châtiments cruels, inhumains ou dégradants ;
– demandez instamment que les personnes encore détenues à ce jour soient libérées immédiatement, à moins qu’elles ne soient inculpées formellement d’une infraction dûment reconnue par la loi, auquel cas elles devront bénéficier d’un procès équitable dans les meilleurs délais ;
– appelez les autorités à faire le nécessaire pour que tous ces détenus bénéficient d’un abri adapté et soient correctement nourris, et pour qu’il leur soit permis de recevoir la visite de leurs proches, de s’entretenir avec un avocat et de bénéficier des soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin ;
– demandez instamment que soit conduite une enquête judiciaire indépendante sur la mort des prisonniers tués le 4 novembre ;
– engagez les autorités érythréennes à s’acquitter de leurs obligations en vertu du droit international en déférant à la justice tout fonctionnaire soupçonné d’avoir eu recours à une arme à feu de manière arbitraire et excessive contre des prisonniers.
APPELS À :
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Président : His Excellency Issayas Afewerki President of the State of Eritrea Office of the President PO Box 257 Asmara, Érythrée Fax : +2911 126422 Formule d'appel : Your Excellency, / Monsieur le Président, |
Ministre de la Défense : General Sebhat Ephrem Minister of Defence Ministry of Defence PO Box 629 Asmara, Érythrée Fax : +2911 124920 Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre, |
COPIES À :
Ministre de la Justice :
Ms Fawzia Hashim
Minister of Justice
Ministry of Justice
PO Box 241
Asmara, Érythrée
Fax : +2911 126995
Formule d’appel : Dear Minister, / Madame le Ministre,
ainsi qu'aux représentants diplomatiques de l’Érythrée dans votre pays.
PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
APRÈS LE 21 DÉCEMBRE 2004, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION
S'IL FAUT TOUJOURS INTERVENIR. MERCI.
La version originale a
été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW,
Royaume-Uni.
La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions
Francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
Vous pouvez consulter le site Internet des ÉFAI à l'adresse
suivante : http://www.efai.org