Documento - Eritrea: Detractores del gobierno y periodistas recluidos en régimen de incomunicación
Amnesty International
BULLETIN D'INFORMATION 158/02
18 septembre 2002 page
ÉRYTHRÉE
Des détracteurs du gouvernement et des journalistes détenus au secret
Index AI : AFR 64/010/02
Embargo : 18 septembre 2002
(0 h 01 GMT)
À l’occasion de la publication de son nouveau rapport intitulé Eritrea: Arbitrary detentions of government critics and journalists [Érythrée. Détentions arbitraires de détracteurs du gouvernement et de journalistes], Amnesty International a lancé ce jour (mercredi 18 septembre) un appel aux autorités érythréennes pour qu’elles mettent fin immédiatement et sans condition à la détention illégale de dizaines de prisonniers d’opinion et de défenseurs des droits humains.
« En plaçant des personnes en détention arbitraire, l’Érythrée agit en violation de traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains que le gouvernement a ratifiés récemment. Qui plus est, ces détentions encouragent un climat d’impunité au sein des autorités », a déclaré Amnesty International.
Des détracteurs du gouvernement et des journalistes de la presse indépendante sont détenus au secret dans un lieu non divulgué depuis maintenant une année, depuis que les autorités ont soudainement adopté, en septembre 2001, une politique de répression à l’égard d’une opinion publique de plus en plus critique.
En mai 2001, un groupe d’opposition composé de 15 hauts responsables du parti au pouvoir et désigné sous le nom de « groupe des 15 » a publiquement critiqué le président Issayas Afeworki et appelé au « respect du droit et [à]la justice, par la mise en œuvre de moyens légaux et pacifiques. »
La lettre ouverte qu’ils ont adressée aux membres de leur parti faisait suite à la publication, en octobre 2000, du Manifeste de Berlin, dans lequel des universitaires et des cadres érythréens en exil affirmaient que l’État accusait « un certain retard dans la mise en place d’institutions démocratiques, notamment de mécanismes permettant de veiller à la transparence et à l’obligation de rendre des comptes ». Ils invoquaient l’« absence de liberté d’expression, qui empêche les citoyens d’exercer leurs droits légitimes pour limiter le cumul abusif des pouvoirs entre les mains de la présidence. »
En réponse à l’opposition et aux critiques de plus en plus vives à l’égard du président et du parti au pouvoir, le Front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ), les forces de sécurité ont arrêté 11 membres du « groupe des 15 » à Asmara le 18 septembre 2001. Trois autres membres, qui se trouvaient alors à l’étranger, ont échappé à l’interpellation et un quatrième est revenu sur son soutien au groupe.
Les autorités ont avancé que ces 11 personnes étaient « coupables d’atteintes à la souveraineté, à la sécurité et à la paix de la nation ». Parmi elles figurent l’ancien vice-président Mahmoud Ahmed Sheriffo ; l’ancien ministre des Affaires étrangères Haile Woldetensae ; une dirigeante de l’ancien Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), Aster Fishatsion, et d’autres personnes bien connues pour leur combat en faveur de l’indépendance, acquise en 1991 après trente années de lutte contre la domination éthiopienne.
Amnesty International a étudié de très près les allégations du gouvernement selon lesquelles les membres du « groupe des 15 » se seraient rendus coupables de trahison au cours du conflit avec l’Éthiopie de 1998 à 2000. L’organisation en a conclu que les détenus étaient des prisonniers d’opinion, arrêtés uniquement pour avoir critiqué, de manière pourtant pacifique, le gouvernement.
Le jour même de l’arrestation, le 18 septembre 2001, les autorités ont fermé tous les journaux indépendants et annoncé qu’une commission parlementaire allait examiner les conditions dans lesquelles ils seraient autorisés à reprendre leurs activités. Ces journaux ont été accusés de ne pas respecter la Loi de 1996 relative à la presse, mais les infractions présumées n’ont pas été précisées.
Dans les jours ayant suivi cette suspension, 10 journalistes renommés ont été arrêtés par la police à Asmara. Ils avaient écrit au ministre de l’Information pour protester contre l’arrestation des membres du « groupe des 15 » et contre l’interdiction des organes de presse. Ces journalistes ont entamé une grève de la faim en mars. Ils ont alors été emmenés du poste de police n° 1 d’Asmara et on ne les a pas revus depuis.
Amnesty International les considère comme des prisonniers d’opinion, qui sont incarcérés alors qu’ils n’ont fait qu’exercer leur métier de journaliste de manière légitime. « Ces défenseurs des droits humains se sont exposés à des actions de représailles de la part des autorités en publiant des articles sur les droits humains et la démocratie, et en réaffirmant le droit à la liberté d’expression et de publication », a déclaré l’organisation.
Amnesty International craint que les journalistes et les membres du « groupe des 15 » qui ont été arrêtés ne soient détenus indéfiniment, sans inculpation ni jugement, ou qu’ils ne fassent l’objet d’un procès inique. « Le fait que ces personnes soient détenues au secret – c’est-à-dire sans aucun contact avec leurs proches ou avec des avocats – dans un lieu inconnu les rend particulièrement susceptibles d’être victimes de mauvais traitements, et notamment d’être privées de soins médicaux », a souligné l’organisation.
Dans les mois qui ont suivi les arrestations et tout au long de l’année 2002, Amnesty International a reçu des informations faisant état de dizaines d'autres placements en détention concernant par exemple des fonctionnaires, des hommes et des femmes d’affaires, des journalistes, d’anciens combattants de la guerre d’indépendance et des notables qui avaient essayé de jouer un rôle de médiateur entre le gouvernement et ses détracteurs. Il est à craindre que ces détentions ne se poursuivent à l’heure actuelle. Des centaines de personnes ont fui le pays, dont des jeunes qui refusaient d’être appelés sous les drapeaux.
Un détenu, le dirigeant étudiant Semere Kesete, s’est récemment échappé et a déclaré avoir été placé en isolement cellulaire secret, dans un cachot du poste de police n° 6 d’Asmara. Il a précisé que, parmi les autres prisonniers politiques incarcérés avec lui, figurait un ancien chef de file du mouvement de libération, détenu depuis 1992.
Aucun de ces détenus n’a été déféré à la justice ni inculpé d’une infraction prévue par la loi. Ces prisonniers sont privés de tout contact avec le monde extérieur. Le gouvernement n’a pas averti officiellement leur famille de leur détention, ni du lieu ou des conditions de détention.
« Nous avons lancé plusieurs appels urgents aux autorités érythréennes au sujet de ces prisonniers, sans jamais recevoir de réponse satisfaisante. Le gouvernement refuse d’autoriser une délégation d’Amnesty International à se rendre dans le pays pour s’entretenir de ses motifs de préoccupation directement avec les autorités », a précisé l’organisation.
Amnesty International exhorte le gouvernement érythréen à relâcher immédiatement et sans condition tous les prisonniers d’opinion. Cette mesure doit aussi s’appliquer aux autres prisonniers politiques, à moins qu’ils ne soient inculpés rapidement et jugés de manière équitable dans le respect des normes internationales relatives à l’équité des procès.
Les autorités érythréennes doivent également :
- s’engager publiquement à reconnaître et à protéger le droit à la liberté d’expression, d’opinion et de conviction, y compris le droit d’association politique et la liberté de la presse ;
- mettre fin à la pratique de la détention au secret dans un lieu inconnu, qui peut dans certains cas constituer une « disparition » ; et
- veiller à ce que les normes internationales relatives à l’équité des procès soient intégrées dans les lois nationales et mises en œuvre par l’appareil judiciaire dans le cadre de l’administration de la justice.
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