Documento - China: Uighur activist held in Beijing
AU 194/09, ASA 17/034/2009 – Chine 20 juillet 2009
ACTION URGENTE
UN MILITANT OUÏGHOUR DÉTENU À PÉKIN
Ilham Tohti, rédacteur en chef du site Internet Uighur Online et maître de conférences en économie à l'université centrale des nationalités, dans la capitale chinoise, Pékin, est détenu au secret par les autorités depuis le 8 juillet. Amnesty International ignore où il se trouve et craint qu'il ne subisse des actes de torture ou d'autres formes de mauvais traitements. Cet homme est un prisonnier d'opinion, détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression.
Le 8 juillet vers 1 heure du matin, Ilham Tohti a téléphoné à un ami pour lui dire qu'il avait appris qu'il serait arrêté et qu'il avait peur de ne plus jamais pouvoir lui parler. Il lui a indiqué que les autorités l'accusaient d'avoir provoqué une émeute entre des membres de la minorité ouïghoure et des représentants des autorités dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (nord-ouest de la Chine) le 5 juillet. Selon les autorités, environ 190 personnes ont été tuées au cours de ces événements. Ilham Tohti a démenti les accusations portées contre lui, affirmant à son ami qu'il n'accepterait jamais le recours à la violence. On pense qu'il a été arrêté à l'université par des policiers quelques heures après avoir passé cet appel. Son avocat et sa famille n'ont pas été informés de son lieu de détention.
Ilham Tohti avait été interrogé par la police entre le 5 et le 7 juillet, après avoir diffusé des articles sur son site Internet, Uighur Online (http://www.uighurbiz.net/), et son blog personnel. Ces articles étaient relatifs à un affrontement entre des membres de l'ethnie majoritaire en Chine, les Hans, et des Ouïghours dans la province du Guangdong le 26 juin. Le fournisseur d'accès qui héberge son blog a retiré ces articles après l'émeute qui a eu lieu à Ürümqi le 5 juillet.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en mandarin ou dans votre propre langue) :
-
exhortez les autorités chinoises à libérer Ilham Tohti immédiatement et sans condition, car il s'agit d'un prisonnier d'opinion qui n'a fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression ;
-
demandez-leur instamment d'indiquer le lieu où il se trouve ainsi que les motifs et le fondement juridique de sa détention ;
-
priez-les de veiller à ce qu'ils ne soient pas soumis à la torture ni à d'autres mauvais traitements pendant sa détention ;
-
appelez-les à faire le nécessaire pour qu'il lui soit permis d'entrer en contact avec ses proches et un avocat qu'il aura choisi, ainsi que de recevoir tous les soins médicaux dont il pourrait avoir besoin.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 31 AOÛT 2009 À :
Ministre de la Sécurité publique de la République populaire
de Chine :
MENG Jianzhu Buzhang
Gong'anbu
14 Dongchang'anjie
Dongchengqu
Beijingshi 100741
Chine
Fax : +86 10 63099216 (l'obtention des lignes de fax peut se
révéler difficile ; merci de vous montrer
persévérant)
Formule d'appel :
Your
Excellency, / Monsieur le
Ministre,
Secrétaire de la Commission centrale de sciences politiques et de droit de la République populaire de Chine :
ZHOU Yongkang Shuji
Zhongyang Zhengfa Weiyuanhui
9 Xihuangchenggenbeijie
Beijingshi 100032
Chine
Formule d'appel : Dear Secretary, / Monsieur,
Premier ministre de la République populaire de Chine :
WEN Jiabao Guojia Zongli
The State Council General Office
2 Fuyoujie
Xichengqu
Beijingshi 100017
Chine
Fax : +86 10 65961109 (via le ministère des Affaires étrangères)
Formule d'appel : Your Excellency, / Monsieur le Premier ministre,
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Chine dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
ACTION URGENTE
UN MILITANT OUÏGHOUR DÉTENU À PÉKIN
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Ilham Tohti, lui-même membre de cette ethnie, commente la situation des Ouïghours en Chine depuis de nombreuses années. Son blog est censuré depuis les troubles qui ont eu lieu dans la région autonome du Tibet en 2008. Son site Uighur Online dénonce des atteintes aux droits humains subies non seulement par des Ouïghours mais aussi par des Hans. Il a été fermé par les autorités à au moins deux reprises : avant les Jeux olympiques de Pékin en 2008 et pendant plus d'un mois entre mars et avril 2009. Les autorités ont placé Ilham Tohti sous surveillance et l'ont interrogé après qu'il s'est rendu en France, en mars 2009. Au cours de ce voyage, il a donné des interviews aux médias et critiqué les politiques chinoises en matière de minorités ethniques.
Le
5 juillet 2009, des centaines de Ouïghours ont manifesté dans
les rues d'Ürümqi, la capitale de la
région autonome ouïghoure du Xinjiang. Jusqu'à présent, ces
troubles ont fait au moins 190 morts et plus de
1 600 blessés. Selon l'agence de presse officielle Xinhua
(Chine nouvelle), les autorités chinoises ont arrêté plus de
1 400 participants, dont plusieurs personnalités
éminentes accusées d'avoir provoqué ces
affrontements.
Les actions de protestation auraient débuté par des manifestations non violentes contre l'inaction du gouvernement après une émeute violente ayant fait deux morts dans une usine de Shaoguan (province du Guangdong). Le 26 juin, des centaines de travailleurs ouïghours se sont heurtés à des milliers d'ouvriers chinois hans dans une usine ayant recruté des Ouïghours au Xinjiang. La police aurait arrêté un homme, licencié par cette même usine, qui d'après certaines sources avait fait circuler des rumeurs ayant déclenché cet affrontement fatal et que les autorités ont par la suite déterminées comme infondées. Les autorités ont réagi aux violences dont le Guangdong a été le théâtre en imposant aux médias le silence sur cette affaire ; les sites Internet et forums de discussion en ligne se sont vu ordonner de supprimer les billets consacrés aux affrontements. Après l'émeute du 5 juillet, la police du Guangdong a arrêté 14 autres personnes soupçonnées d'être liées aux violences du 26 juin.
Les Ouïghours, qui sont essentiellement musulmans, vivent principalement dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Depuis les années 1980, ils sont la cible de violations graves et systématiques des droits humains : arrestations et détentions arbitraires, détention au secret, restrictions sévères de la liberté de religion et de l'exercice des droits sociaux et culturels, notamment. Les politiques de l'État chinois, notamment celles qui limitent l'usage de la langue ouïghoure, les sévères restrictions à la liberté de religion et l'afflux permanent de migrants hans dans la région détruisent les coutumes des Ouïghours et, en s'ajoutant à la discrimination à l'embauche, alimentent le mécontentement et les tensions ethniques. En 2008, à l'approche des Jeux olympiques de Pékin, le gouvernement a lancé une campagne agressive qui a mené à l'arrestation et à la détention arbitraire de milliers d'Ouïghours accusés de « terrorisme, séparatisme et extrémisme religieux ». Le 14 août 2008, Wang Lequan, secrétaire du Parti communiste chinois du Xinjiang, a annoncé une lutte « sans merci » contre le « séparatisme » ouïghour.
Les autorités locales s'emploient toujours à contrôler rigoureusement les pratiques religieuses, notamment en interdisant à tous les fonctionnaires et aux mineurs de moins de dix-huit ans de pratiquer leur culte dans les mosquées.
La torture et les autres formes de mauvais traitements sont fréquentes, quel que soit le type de détention, bien que la Chine ait ratifié le Convention des Nations contre la torture en 1988.
AU 194/09, ASA 17/034/2009, 20 juillet 2009
