Amériques

Les droits humains région par région

Martina Correia fixe la prison au moment précis où son frère, Troy Davis, est exécuté alors que de nombreux doutes planent sur sa culpabilité (Géorgie, États-Unis, 21 septembre 2011).

© Scott Langley


« [C’est] un affront à la démocratie [et] un affront à l’état de droit. »

Marcelo Freixo, député de l’État de Rio de Janeiro (Brésil), évoquant l’assassinat de la juge Patrícia Acioli. Il a lui-même reçu de nombreuses menaces de mort pour avoir mené des investigations sur les bandes criminelles et dénoncé leurs agissements.

 

Le 11 août 2011, la juge Patrícia Acioli est morte devant son domicile, à Niterói, dans l’État de Rio de Janeiro, atteinte de 21 balles tirées par des agents de la police militaire brésilienne. Sa longue expérience en matière pénale dans des affaires concernant des policiers impliqués dans des violations des droits humains lui avaient déjà valu de nombreuses menaces de mort. En octobre, 11 policiers, dont un commandant, ont été arrêtés et inculpés. Selon certaines informations, lorsqu’elle a été assassinée Patrícia Acioli dirigeait une enquête sur l’implication présumée de ces policiers dans des exécutions extrajudiciaires et des activités criminelles. Sa mort a porté un coup dur au mouvement brésilien de défense des droits humains, mais son inlassable quête de justice reste un exemple pour toutes celles et tous ceux qui, comme elle, refusent que les atteintes aux libertés fondamentales soient passées sous silence.

En 2011, les revendications en matière de droits humains se sont fait entendre à travers toute la région, tant devant les tribunaux nationaux que dans le système interaméricain de protection de ces droits et dans la rue. Les appels à la justice lancés par de simples citoyens, des défenseurs des droits humains, des organisations de la société civile et des peuples indigènes ont pris de l’ampleur, et plusieurs ont débouché sur une confrontation directe avec de puissants intérêts économiques et politiques. Ces conflits étaient pour beaucoup provoqués par des politiques de développement économique qui exposaient nombre d’habitants – en particulier les plus démunis et les populations marginalisées – à un risque accru de subir des violations et d’être exploités. 

Exiger la justice et la fin de l'impunité

Nombre d’affaires de droits humains ne progressaient que lentement, freinées par une justice difficilement accessible, par le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire et par la volonté de certains milieux de protéger des intérêts politiques, économiques et judiciaires et de recourir à des mesures extrêmes pour ne pas avoir à rendre des comptes. Dans certains pays comme le Brésil, la Colombie, Cuba, le Guatemala, Haïti, le Honduras et le Venezuela il était d’autant plus difficile de faire respecter ces droits que leurs défenseurs, les témoins, les avocats, les procureurs et les juges étaient fréquemment menacés, voire tués. Les journalistes qui tentaient de dénoncer les abus de pouvoir, les atteintes aux droits fondamentaux et la corruption étaient eux aussi souvent pris pour cibles en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Dans certains pays, toutefois, malgré les obstacles et de fréquents revers, des avancées non négligeables ont été enregistrées dans les enquêtes et les poursuites portant sur les violations des droits humains commises dans le passé. Un certain nombre d’anciens dirigeants militaires de facto et d’officiers supérieurs de l’armée ont été reconnus coupables et condamnés à des peines d’emprisonnement.

En Argentine, l’ancien général Reynaldo Bignone et l’homme politique et ex-policier Luis Abelardo Patti ont été condamnés en avril à la réclusion à perpétuité pour plusieurs meurtres, enlèvements et actes de torture commis dans la ville d’Escobar pendant les années 1970. En octobre, l’ex-capitaine de la marine Alfredo Astiz et 15 autres militaires ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 18 ans à la perpétuité pour leur implication dans 86 crimes contre l’humanité commis dans les années 1970. Leurs victimes avaient été enlevées puis détenues dans le centre de détention secrète installé au sein de l’École supérieure de mécanique de la Marine (ESMA), à Buenos Aires, où certaines sont mortes sous la torture ou après avoir été jetées d’un avion en plein vol. Parmi les personnes tuées se trouvaient les deux religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, les militantes des droits humains Azucena Villaflor, María Bianco et Esther Careaga, co-fondatrices du mouvement des Mères de la place de Mai, et l’écrivain et journaliste Rodolfo Walsh.

En Bolivie, la Cour suprême a déclaré coupables sept anciens hauts responsables, militaires et civils, pour leur implication dans les événements dits d’« octobre noir », qui ont fait 67 morts et plus de 400 blessés au cours de manifestations survenues en 2003 à El Alto, près de La Paz. Il s’agissait du premier procès de responsables militaires accusés de violations des droits humains se concluant devant un tribunal civil bolivien. Cinq anciens officiers de l’armée se sont vu infliger des peines allant de 10 à 15 ans de réclusion. Deux anciens ministres ont été condamnés à trois années d’emprisonnement, assorties par la suite du sursis.

Au Brésil, la présidente Dilma Rousseff a promulgué une loi portant création d’une commission vérité chargée d’enquêter sur les violations des droits humains commises entre 1946 et 1988. Au Chili, le nombre de violations faisant l’objet d’une instruction judiciaire est parvenu à un niveau jamais atteint, avec l’ouverture de 726 nouvelles affaires pénales et le dépôt de plus d’un millier de plaintes, constituées au fil des ans par les proches de personnes exécutées pour des motifs politiques sous le régime militaire du général Augusto Pinochet.

Après presque 25 ans d’exil en France, Jean-Claude Duvalier, ancien président d’Haïti, a regagné le pays et a immédiatement fait l’objet d’une enquête pénale pour de graves violations des droits humains, à la suite de plaintes déposées par des victimes et des proches de victimes. En Colombie, le général à la retraite Jesús Armando Arias Cabrales a été condamné en avril à 35 ans d’emprisonnement pour son implication dans la disparition forcée de 11 personnes en novembre 1985 ; celles-ci avaient été enlevées après que l’armée eut pris d’assaut le palais de justice où des éléments du mouvement de guérilla M-19 retenaient des otages. En septembre, Jorge Noguera, ancien directeur du Département administratif de sécurité (DAS) colombien, a été condamné à 25 années d’emprisonnement pour l’assassinat en 2004 du professeur d’université Alfredo Correa de Andreis et pour ses liens avec des groupes paramilitaires.

Si importantes que soient ces affaires, elles constituaient des exceptions et l’impunité était la norme. Ainsi, en Colombie, l’ancienne directrice du DAS María del Pilar Hurtado continuait d’échapper à la justice alors qu’elle était impliquée dans un scandale lié à des écoutes et des opérations de surveillance illégales, ainsi qu’à des menaces contre des opposants de l’ex-président colombien, Alvaro Uribe. Elle s’était vu accorder l’asile au Panama en 2010.

Au Mexique, les actions en justice intentées contre les auteurs de graves violations des droits humains commises dans les années 1960, 1970 et 1980 étaient au point mort. La Cour suprême a toutefois conclu que les arrêts de la Cour interaméricaine des droits de l’homme sur le Mexique étaient contraignants, notamment l’obligation de transférer à la justice civile les affaires de militaires impliqués dans des violations des droits humains.

Dans le domaine de la justice internationale les avancées ont été inégales. Ainsi, en octobre, les autorités canadiennes n’ont pas arrêté l’ancien président des États-Unis George W. Bush, en déplacement en Colombie-Britannique, en dépit d’éléments probants attestant sa responsabilité dans des crimes de droit international, notamment des actes de torture. En revanche, la France a extradé en décembre l’ancien chef d’État de facto du Panama, Manuel Noriega, vers son pays, où il avait été reconnu coupable par contumace du meurtre d’opposants politiques, entre autres crimes.

Le système interaméricain de protection des droits fondamentaux

Au cours de l’année, le système interaméricain, en particulier la Commission interaméricaine des droits de l’homme, a été la cible d’attaques virulentes de la part de plusieurs États. Les autorités brésiliennes ont ainsi rappelé leur ambassadeur auprès de l’OEA, en réaction aux mesures ordonnées par la Commission sur le projet d’aménagement hydroélectrique de Belo Monte. La Commission avait demandé la suspension du projet tant que les communautés indigènes concernées n’auraient pas été dûment consultées. Plus inquiétant encore, le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, a ouvertement soutenu la position brésilienne et publiquement demandé à la Commission de réexaminer sa décision dans l’affaire Belo Monte. La Commission a, par la suite, modifié les mesures conservatoires ordonnées dans cette affaire, n’exigeant plus du Brésil que le projet soit suspendu dans l’attente de la consultation des populations concernées.

L’Équateur, le Pérou et le Venezuela ont également critiqué la Commission interaméricaine des droits de l’homme, lui reprochant d’outrepasser son mandat et de porter atteinte à leurs droits souverains. Les critiques formulées par l’Équateur et le Venezuela concernaient essentiellement le Bureau du rapporteur spécial pour la liberté d’expression. Quant au Pérou, il reprochait vivement à la Commission sa décision ordonnant le renvoi devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme d’une affaire relative à des exécutions extrajudiciaires qui auraient été perpétrées en 1997, au moment de la libération de 71 otages (dans le cadre de l’opération appelée Chavín de Huántar).

Au cours du second semestre de 2011, les États membres de l’OEA ont continué de débattre d’éventuelles réformes du système interaméricain de protection des droits fondamentaux. À l’issue de ces discussions, un rapport a été remis au Conseil permanent de l’OEA, qui devait l’examiner début 2012. Bien que les recommandations énoncées dans ce document aient été présentées comme ayant pour objectif de renforcer le système, certaines des mesures proposées risquaient en réalité de compromettre son indépendance et son efficacité et d’avoir d’importantes répercussions sur l’action de la Commission et de ses rapporteurs. 

Sécurité publique et droits humains

Les États ont, cette année encore, tiré profit de préoccupations légitimes au sujet de la sécurité publique et du taux élevé de criminalité pour justifier ou feindre d’ignorer les violations des droits humains perpétrées par leurs forces de sécurité lorsqu’elles combattaient les activités criminelles ou les groupes armés.

Tandis qu’il poursuivait sa campagne contre les cartels de la drogue, le gouvernement mexicain a fermé les yeux sur les nombreuses informations faisant état de torture, de disparitions forcées, d’homicides illégaux et de recours excessif à la force imputables à l’armée de terre et, de plus en plus, à la marine. Plus de 12 000 personnes ont été tuées dans des violences attribuées aux organisations criminelles et 50 000 soldats de l’armée de terre et de la marine étaient toujours déployés par le chef de l’État, Felipe Calderón, pour assurer le maintien de l’ordre. Certains éléments attestaient de la collusion entre agents de police ou des forces de sécurité et associations criminelles, notamment à travers l’enlèvement et l’assassinat de membres présumés d’autres organisations criminelles. Le gouvernement maintenait que ces violations étaient exceptionnelles et que leurs auteurs étaient amenés à rendre des comptes mais, au cours de l’année, une seule affaire a entraîné la comparution en justice de militaires.

Dans une moindre mesure, l’armée a été utilisée pour assurer le maintien de l’ordre dans un certain nombre d’autres pays de la région, dont le Guatemala, le Honduras, la République dominicaine, le Salvador et le Venezuela, où le président Hugo Chávez a ordonné le déploiement dans les rues de soldats de la Garde nationale pour lutter contre la multiplication des crimes violents.

Confrontés à un niveau très élevé de criminalité violente dans le pays, les agents de la force publique brésilienne avaient toujours recours à des pratiques marquées par la discrimination, les atteintes aux droits fondamentaux et la corruption. Certaines de leurs opérations étaient de véritables interventions militaires. Si quelques projets en matière de sécurité publique ont favorisé, dans une certaine mesure, une baisse des niveaux de violence, les réformes promises dans ce domaine par les autorités fédérales ont été mises à mal par d’importantes coupes budgétaires et le manque de détermination politique. Cette année encore, des quartiers défavorisés ont été pris en étau entre les violences des gangs et des méthodes policières abusives, les habitants étant souvent traités comme des délinquants. À Rio de Janeiro, le pouvoir des milices s’est encore accru. Ces bandes criminelles, composées d’agents ou d’ex-agents des forces de l’ordre, ont renforcé leur mainmise sur un grand nombre des communautés les plus pauvres de la ville, recourant aux violences et à l’extorsion de fonds et s’appuyant sur des activités financières illicites et sur la mise en place d’appuis politiques. L’assassinat de la juge Patrícia Acioli a mis en lumière l’influence et l’assurance de ces gangs.

Adoptant une approche radicale dans sa lutte contre la criminalité, la police dominicaine s’est rendue coupable de détentions arbitraires, de torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, d’homicides illégaux et de disparitions, entre autres graves violations des droits humains. Il y avait lieu de penser que, dans un certain nombre de cas, elle avait recouru à des pratiques délibérément meurtrières au lieu de chercher à arrêter les suspects qui, pour beaucoup, n’étaient pas armés. 

Conflit armé

Le conflit armé qui déchire de longue date la Colombie infligeait toujours d’indicibles souffrances aux populations civiles de l’ensemble du pays. Les affrontements avaient des conséquences en matière de droits humains particulièrement graves pour les habitants des zones rurales, en particulier les communautés indigènes, afro-colombiennes et paysannes. Plusieurs milliers d’entre eux ont été contraints de fuir leur foyer. Des mouvements de guérilla et des paramilitaires se sont rendus coupables de graves exactions, dont des violations du droit international humanitaire, dans certains cas avec la collusion des forces de sécurité.

Certaines des mesures législatives adoptées par les autorités ont marqué des étapes importantes. La loi sur les victimes et la restitution de terres reconnaissait notamment les droits à réparation de certaines victimes et prévoyait la restitution d’une partie des millions d’hectares de terres dérobées au cours du conflit. Ce texte excluait toutefois de nombreuses victimes ; une vague d’homicides et de menaces visant les défenseurs des droits humains, en particulier ceux qui œuvraient en faveur de la restitution des terres, suscitait des doutes quant à la capacité des autorités à restituer les terres à leurs propriétaires légitimes, comme elles s’y étaient engagées.

La détermination du gouvernement colombien à protéger les droits humains et à lutter contre l’impunité a été remise en question par les mesures visant à élargir la compétence des juridictions militaires, susceptibles de permettre aux membres des forces de sécurité soupçonnés de violations des droits humains d’échapper à la justice. Le président Juan Manuel Santos et le chef d’état-major des forces armées ont, par ailleurs, critiqué la condamnation pour violations des droits humains de plusieurs hauts responsables de l’armée. 

Lutte contre le terrorisme et sécurité

À la fin de l’année, près de deux ans après l’expiration du délai fixé par le président des États-Unis Barack Obama pour la fermeture du centre de détention de Guantánamo, plus de 150 hommes y étaient toujours détenus.

L’espoir que le gouvernement américain respecte sa propre déclaration de 2009, selon laquelle cinq de ces hommes, accusés de participation aux attentats du 11 septembre 2001, comparaîtraient devant une juridiction fédérale ordinaire, a été anéanti lorsque le ministre de la Justice a annoncé en avril qu’ils seraient jugés par une commission militaire. Les autorités n’ont pas caché leur intention de requérir la peine de mort contre les cinq prisonniers. Dans une autre affaire jugée par une commission militaire, le Saoudien Abd al Rahim al Nashiri a été renvoyé devant la justice en septembre. Il risque d’être condamné à mort s’il est déclaré coupable.

Les responsables présumés des violations des droits humains perpétrées dans le cadre du programme de détentions secrètes de la CIA, mis en place par le gouvernement précédent, jouissaient toujours d’une parfaite impunité. En juin, le ministre de la Justice a annoncé que, hormis dans deux cas de morts en détention, il ne garantissait pas de nouvelles investigations sur ces détentions, alors que la torture et la disparition forcée faisaient partie intégrante du programme secret et qu’au nombre des victimes figuraient des détenus faisant actuellement l’objet d’un procès inique devant une commission militaire et risquant d’être exécutés, s’ils étaient déclarés coupables.

Peuples indigènes

Malgré quelques évolutions encourageantes, les violations des droits des peuples indigènes constituaient toujours un motif de préoccupation majeur.

Bien souvent, les peuples indigènes ont été privés de leur droit d’être consultés en bonne et due forme et de donner un consentement libre, préalable et éclairé au sujet de vastes projets de développement les concernant, y compris dans le secteur des industries extractives. Le Pérou a adopté cette année une loi historique, qui a rendu obligatoire la consultation des populations autochtones avant la mise en place de tout projet de développement sur des terres ancestrales. De telles dispositions demeuraient toutefois exceptionnelles. Bien que tous les États de la région aient approuvé la Déclaration sur les droits des peuples autochtones [ONU, 2007], les droits énoncés dans ce texte étaient encore loin d’être respectés.

Le non-respect des droits des peuples indigènes avait des répercussions négatives non seulement sur leurs moyens de subsistance, mais aussi sur ces communautés elles-mêmes, qui étaient menacées, harcelées, expulsées ou déplacées de force, attaquées ou tuées, à mesure que l’exploitation des ressources s’intensifiait dans les régions où elles vivaient. Au Brésil, en Colombie, au Guatemala et au Mexique, des indigènes ont été chassés de leurs terres, souvent par la violence. En Bolivie et au Pérou, les informations recueillies ont fait état d’un recours excessif à la force à l’encontre de personnes qui manifestaient en faveur des droits de ces habitants et dénonçaient des projets d’aménagement. Les motifs fallacieux invoqués pour poursuivre des dirigeants indigènes étaient un motif de préoccupation en Équateur et au Mexique.

Comme les années précédentes, il y avait lieu de penser que les États ne prenaient pas au sérieux les droits des peuples indigènes ou n’affichaient pas la volonté politique nécessaire pour mettre fin à la discrimination qui sévissait depuis de nombreuses décennies. En avril, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a exhorté le Brésil à suspendre la construction du barrage de Belo Monte tant que les communautés indigènes n’auraient pas été pleinement et dûment consultées – et en particulier tant qu’elles n’auraient pas eu accès dans les langues appropriées à une évaluation exhaustive des conséquences sociales et environnementales du projet –, et que des mesures n’auraient pas été mises en œuvre pour protéger les communautés volontairement isolées. Le Brésil s’est farouchement opposé à ces mesures conservatoires, que la Commission a par la suite allégées.

En Bolivie, après plusieurs semaines de manifestations au cours desquelles de très nombreuses personnes ont été blessées, les forces de sécurité ayant utilisé du gaz lacrymogène et des matraques pour disperser les occupants d’un campement de fortune, le président Morales a décidé d’annuler le projet d’aménagement d’une route traversant le Territoire indigène et parc national Isiboro-Sécure (TIPNIS). Les manifestants indigènes considéraient que ce projet avait été planifié en violation des garanties constitutionnelles relatives à la consultation préalable et des lois en matière de préservation de l’environnement.

Au Canada, d’après un audit fédéral rendu public en août, 39 % des systèmes d’approvisionnement en eau des Premières nations comportaient de graves défaillances, et 73 % des réseaux d’eau potable et 65 % des circuits d’évacuation des eaux usées présentaient un risque moyen ou élevé pour la santé. 

Droits des femmes et des filles

Les États de la région n’ont pas donné la priorité sur le plan politique à la protection des femmes et des filles contre le viol, les menaces et les homicides. La mise en œuvre des lois visant à combattre les violences liées au genre constituait toujours un sujet de préoccupation majeur. De plus, devant le manque de ressources disponibles pour ouvrir des enquêtes et engager des poursuites en lien avec ces crimes, on s'interrogeait sur l’existence d’une volonté véritable, de la part des pouvoirs publics, de s’attaquer au problème. Dans de nombreux pays, le manque de détermination à traduire en justice les responsables de ces crimes contribuait à perpétuer l’impunité pour les auteurs de violences liées au genre et favorisait un climat de tolérance envers les violences faites aux femmes et aux filles.

Les violations des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles demeuraient monnaie courante et avaient des conséquences effroyables sur leur vie et leur santé. Le Chili, le Nicaragua et le Salvador interdisaient toujours toute forme d’avortement, y compris pour les jeunes filles et les femmes enceintes à la suite d’un viol ou dont la poursuite de la grossesse mettait la vie en péril. Quiconque pratiquait ou sollicitait une interruption de grossesse s’exposait à une lourde peine d’emprisonnement.

Dans d’autres pays, l’accès à des services d’avortement sûrs était garanti par la loi mais refusé dans la pratique, des procédures judiciaires interminables le rendant quasiment impossible en particulier pour les femmes n’ayant pas les moyens de recourir à des structures privées. L’accès à la contraception et à l’information sur les questions liées à la sexualité et à la procréation demeurait un motif de préoccupation, en particulier pour les femmes et les filles les plus marginalisées de la région.

Migrants: des victimes visibles, des droits invisibles

Dans un certain nombre de pays, plusieurs centaines de milliers de migrants, en situation régulière et irrégulière, n’ont pas été protégés par la loi.

Au Mexique, plusieurs centaines de corps ont été découverts dans des fosses communes. Certains ont été identifiés comme les cadavres de migrants victimes d’enlèvement. Les familles de migrants d’Amérique centrale disparus ont organisé des manifestations à travers le pays pour que leurs proches soient localisés et pour attirer l’attention sur le sort subi par de nombreux migrants. Ceux-ci étaient plusieurs dizaines de milliers, originaires d’Amérique centrale, à traverser chaque année le Mexique. Certains étaient enlevés, torturés, violés, voire tués par des bandes criminelles, qui opéraient souvent avec la complicité de représentants de l’État. Par crainte de représailles ou de mesures d’expulsion, les migrants sans papiers étaient rarement à même de dénoncer les graves violations dont ils étaient victimes.

Au Mexique, les défenseurs des droits des migrants, en particulier ceux qui œuvraient au sein du réseau de centres d’accueil assurant une aide humanitaire à ces personnes, ont été pris pour cible comme jamais auparavant.

Dans le sud-ouest des États-Unis, le long de la frontière mexicaine, des migrants en situation régulière et irrégulière ont été victimes de discrimination et de profilage aux mains d’agents de la force publique, à l’échelle locale, fédérale et des États. En butte à des pratiques discriminatoires lorsqu’ils tentaient de se tourner vers la justice et de demander une protection, ils se heurtaient aussi à des obstacles les empêchant d’accéder à l’éducation et aux soins médicaux. Ils faisaient, par exemple, l’objet de politiques visant à surveiller plus étroitement les migrants par rapport au reste de la population, ou risquaient d’être dénoncés aux services de l’immigration. À la suite de nouvelles propositions de lois contre l’immigration, certains élèves ont abandonné leur scolarité par crainte que leurs parents ne soient arrêtés. Des textes législatifs contre l’immigration adoptés par la Caroline du Sud, la Géorgie, l’Utah et l’Indiana ont été contestés devant la justice fédérale.

En République dominicaine, des migrants haïtiens en situation régulière et irrégulière ont été victimes de violations de leurs droits humains, dont des expulsions massives, illégales et violentes, au cours desquelles des Dominicains d’origine haïtienne ont, comme les années précédentes, été privés de leur droit à la nationalité dominicaine. Au cours des opérations d’expulsion, certains migrants auraient été battus et des enfants auraient été séparés de leurs parents. Plusieurs pays, dont les Bahamas, n’ont pas tenu compte des appels lancés par l’ONU pour que cessent, pour des motifs humanitaires, les expulsions vers Haïti compte tenu de la crise que traverse le pays depuis le séisme de 2010 et l’épidémie de choléra.

Peine de mort

Quarante-trois hommes ont été exécutés aux États-Unis au cours de l’année, tous par injection létale. Ce chiffre portait à 1 277 le nombre total de prisonniers exécutés depuis que la Cour suprême américaine a levé le moratoire sur la peine de mort en 1976. Deux points positifs sont cependant à noter : l’Illinois est devenu en mars le 16e État abolitionniste des États-Unis et, en novembre, le gouverneur de l’Oregon a imposé un moratoire sur les exécutions et préconisé une réflexion sur la peine de mort.

Au nombre des personnes exécutées en 2011 figurait Troy Davis. Il a été mis à mort en Géorgie en septembre, alors que de sérieux doutes planaient toujours sur la fiabilité de sa condamnation. Martina Correia, sa sœur, qui a milité courageusement et sans relâche contre la peine capitale jusqu’à son décès en décembre 2011, demeure une source d’inspiration pour tous ceux qui défendent haut et fort la dignité humaine et la justice dans l’ensemble de la région et dans le reste du monde.

Elle a déclaré : « La peine de mort est une abomination, une négation de la dignité humaine. Elle n’est pas seulement fondée sur la couleur et la race, mais sur la capacité à affronter le système. J’essaye d’être une voix pour les sans-voix. Je ne me considère pas comme quelqu’un de spécial, je suis simplement persuadée que ma “communauté” ne se limite pas à mes voisins de quartier – elle englobe le monde entier. Lorsque quelqu’un est exécuté en Chine, en Ouganda, au Nigeria, en Géorgie ou au Texas, c’est un peu chacun de nous qui meurt. »

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