Asie-Pacifique

Les droits humains région par région

Su Su Nway, militante des droits du travail, à son arrivée à l’aéroport de Yangon (Myanmar) le 16 octobre 2011.

© REUTERS/Soe Zeya Tun


« Il est temps, peuple de Chine ! Il est temps.
La Chine appartient à tous.
Il est temps de choisir vous-même ce que deviendra la Chine. »

Zhu Yufu, dissident chinois

 

Sentant le vent du changement politique souffler depuis le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, plusieurs gouvernements de la région Asie-Pacifique ont réagi en accentuant, dans leurs efforts pour se maintenir au pouvoir, la répression des revendications relatives aux droits humains et à la dignité. Parallèlement, le succès des soulèvements en Tunisie et en Égypte a incité les défenseurs des droits humains, les militants et les journalistes en Asie à faire entendre eux aussi leur voix, en utilisant à la fois les nouvelles technologies et des méthodes militantes plus classiques pour dénoncer les violations de leurs droits.

Zhu Yufu, l’auteur du poème cité plus haut, a été arrêté en mars par les autorités chinoises. Le procureur a cité ce poème comme principal élément à charge pour étayer l’inculpation d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Cet homme, qui avait déjà passé près de neuf ans en prison au cours des 13 dernières années pour avoir réclamé une plus grande liberté politique, était au nombre des dizaines de détracteurs, militants et dissidents qui ont été arrêtés et harcelés à partir de février par les autorités chinoises, dans le cadre de l’une des pires campagnes de répression politique qui ait été menée depuis les manifestations de la place Tiananmen en 1989. Outre Zhu Yufu, sur la longue liste des personnes arrêtées, assignées à domicile de manière illégale ou victimes de disparition forcée figuraient Liu Xia, l’épouse de Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la paix, ainsi que Gao Zhisheng, juriste, et Ai Weiwei, artiste de renommée mondiale. Dans plusieurs cas, les autorités chinoises ont torturé des prisonniers pour leur arracher des « aveux » et leur faire promettre de ne pas parler des mauvais traitements qu’ils avaient subis sur les réseaux sociaux ni à des journalistes ou à toute autre personne.

La dureté de la répression a montré à quel point le gouvernement chinois était préoccupé par les messages anonymes lancés sur Internet à partir de février en faveur d’une « révolution de jasmin ». Ces messages appelaient les citoyens chinois qui en avaient assez de la corruption, de la mauvaise gouvernance et de la répression politique à se rassembler pacifiquement et à simplement déambuler dans un certain nombre de lieux publics désignés, dans plusieurs villes. Aussi inoffensifs qu'aient été ces appels, le gouvernement chinois a réagi en interdisant plusieurs fois au cours de l’année les recherches des mots « jasmin » et « Égypte » sur Internet. Des dizaines de milliers de manifestations ont toutefois eu lieu dans tout le pays, les protestataires réclamant une meilleure protection de leurs droits fondamentaux – civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

Les revendications dynamiques des citoyens chinois en faveur de leurs droits ont contrasté avec la situation dans la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) voisine. Rien n’indiquait une amélioration de la situation catastrophique des droits humains dans le pays après l’accession au pouvoir, le 17 décembre, de Kim Jong-un, âgé d’à peine 30 ans, qui a succédé à son père comme maître absolu du pays. Il semblait plutôt que les autorités aient arrêté des agents de l’État soupçonnés d’être susceptibles de contester ou de remettre en cause une transition en douceur. Il est à craindre que ces détenus ne soient allés rejoindre les centaines de milliers de personnes soumises à la détention arbitraire, au travail forcé, à une exécution publique et à la torture ou à d’autres mauvais traitements dans les nombreux camps de prisonniers politiques du pays. 

Répression de la dissidence

Peu de gouvernements de la région ont étouffé la voix de leur propre peuple avec autant de brutalité que le régime nord-coréen, mais les violations du droit d’exprimer et de recevoir librement des opinions se sont poursuivies dans toute la région. Plusieurs gouvernements ont délibérément écrasé toute opinion dissidente. En Corée du Nord, les personnes qui s’écartaient de l’idéologie officielle risquaient de passer le restant de leur vie dans un camp de prisonniers politiques sinistre et isolé. Le Viêt-Nam et le Myanmar ont érigé en infraction pénale la libre expression d’opinions dissidentes et disposent de services de renseignement spécifiquement chargés d’intimider les détracteurs du gouvernement et de les réduire au silence.

D’autres pays ont également muselé les dissidents, en recourant toutefois à des moyens moins ouvertement violents. Singapour, qui n’était toujours pas disposé à respecter les normes internationales relatives à la protection de la liberté d’expression, a placé en détention pour une courte période Alan Shandrake, écrivain britannique de 76 ans, inculpé d’outrage à l’autorité de la justice pour avoir critiqué l’usage de la peine de mort par le pouvoir judiciaire.

En Inde, pays fier de son passé de liberté de parole et du dynamisme de ses médias, le gouvernement a tenté d'imposer de nouvelles restrictions aux réseaux sociaux, notamment aux services de messagerie instantanée. Les médias sur Internet ont également continué de faire l’objet de pressions en Malaisie, où ils étaient toutefois moins entravés que la presse, la radio et la télévision, soumises à une censure stricte.

En Thaïlande, le gouvernement nouvellement élu de Yingluck Shinawatra – sœur de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra – n’a pas mis fin à l’application très sévère de la loi particulièrement problématique sur le crime de lèse-majesté, qui prohibe toute critique de la famille royale. Bon nombre des personnes qui ont été prises pour cible avaient mis en ligne des écrits jugés répréhensibles par le parquet ; Ampon Tangnoppakul, un grand-père de 61 ans, a quant à lui été condamné à 20 ans d’emprisonnement pour avoir envoyé des SMS considérés comme insultants.

Les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) ont utilisé de plus en plus souvent la Loi relative à la sécurité nationale pour harceler les opposants présumés à la politique menée par le gouvernement à l’égard de la Corée du Nord. Cela s’est parfois traduit par une application absurde de la loi, par exemple dans le cas de Park Jeonggeun, qui a été placé en détention et a fait l’objet de poursuites pour avoir mis en ligne des versions parodiques de la propagande nord-coréenne.

Des personnes qui critiquaient les autorités et réclamaient le respect des droits humains et de la dignité dans la région se sont heurtées à une répression encore plus dure et, dans certains cas, ont payé de leur vie le fait d’avoir élevé la voix. Les journalistes pakistanais sont parvenus à préserver un environnement médiatique animé et parfois critique en dépit de la réaction violente du gouvernement, ainsi que de partis politiques et de groupes insurgés, comme les talibans pakistanais. Neuf journalistes au moins ont été tués au cours de l’année, dont Saleem Shahzad, un cyberjournaliste qui avait critiqué ouvertement l’armée et les services de renseignement tout-puissants. D’autres journalistes ont déclaré à Amnesty International qu’ils avaient subi de graves menaces de la part des puissants et mystérieux services de renseignement, ainsi que des forces de sécurité, de partis politiques ou de groupes extrémistes.

Les journalistes n’ont pas été les seuls à être attaqués à cause de leurs opinions au Pakistan. Deux hommes politiques de premier plan ont été assassinés pour avoir dénoncé l’utilisation des lois très problématiques sur le blasphème : Salman Taseer, gouverneur du Pendjab connu pour son franc-parler, et Shahbaz Bhatti, ministre des Minorités (et seul chrétien du gouvernement).

Minorités

À l’instar de nombreux autres pays de la région Asie-Pacifique, le Pakistan a été marqué par une discrimination persistante et grave envers les minorités religieuses et ethniques. Les membres des minorités ont souvent été marginalisés et, dans bien des cas, ils ont été victimes d’un harcèlement exercé directement par le gouvernement. Souvent, les gouvernements n’ont pas respecté leur obligation de protéger les droits des membres des minorités. Cette discrimination bien ancrée a aggravé la pauvreté, ralenti le développement et attisé la violence dans de nombreux pays.

Dans la province pakistanaise du Baloutchistan, riche en ressources naturelles, les forces de sécurité, ainsi que certains groupes insurgés, ont été impliqués dans des atteintes aux droits humains, notamment des disparitions forcées, des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires. Le gouvernement n’a pas tenu toutes ses promesses de répondre aux revendications exprimées de longue date par la communauté baloutche à propos de la distribution des revenus issus des principaux projets de l’industrie extractive et d’infrastructure. La province a également été le théâtre de plusieurs attaques violentes visant la communauté chiite, et tout particulièrement les Hazaras chiites vivant à Quetta, capitale du Baloutchistan, dont un certain nombre sont d’origine afghane. Des groupes religieux extrémistes ont appelé ouvertement à la violence contre les chiites et n’ont pas été empêchés de mener leurs activités ni de perpétrer des violences, par exemple l’exécution de 26 pèlerins chiites le 20 septembre. Des groupes extrémistes pakistanais ont revendiqué des attaques contre les chiites perpétrées jusqu’en Afghanistan, où deux attentats-suicides simultanés ont tué quelque 70 chiites qui participaient aux processions religieuses de l’Achoura à Kaboul et à Mazar-e-Charif.

La communauté ahmadiyya, groupe religieux essentiellement basé en Asie et qui se définit comme musulman, a été l’objet de discrimination systématique au Pakistan et en Indonésie. Au Pakistan, où la loi interdit aux ahmadis de se dire musulmans, la communauté a subi un harcèlement constant de la part de responsables gouvernementaux et, faute de protection et de soutien suffisants, a été prise pour cible par des groupes extrémistes religieux. En Indonésie, la police a été critiquée pour n’avoir pas empêché une foule de 1 500 personnes d’attaquer des ahmadis en février dans le sous-district de Cikeusik ; trois personnes ont été tuées et beaucoup d’autres blessées. Le gouvernement central a permis que des règlements locaux restreignant les activités des ahmadis restent en vigueur. Les ahmadis ont également été victimes de discrimination à cause de leurs croyances religieuses dans d’autres pays à majorité musulmane de la région Asie-Pacifique, tels que le Bangladesh et la Malaisie. Leurs enfants ont notamment été empêchés de fréquenter certaines écoles et leur droit d’exercer librement leur culte a été soumis à de sévères restrictions.

Les musulmans sunnites ont été victimes de discrimination en Chine : la population ouïghoure, essentiellement musulmane et ethniquement distincte, a en effet continué d’être confrontée à la répression et à la discrimination dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Le gouvernement chinois a invoqué la vague menace du terrorisme et de l’insurrection pour restreindre les droits civils et politiques et empêcher les pratiques religieuses des Ouïghours. L’afflux de migrants chinois de l’ethnie han et la discrimination en leur faveur faisaient en outre des Ouïghours des citoyens de seconde zone dans les domaines culturel, économique et social.

D’autres minorités ethniques ont aussi rencontré des difficultés en Chine. Au moins une douzaine de religieuses, de moines et d’anciens moines tibétains se sont immolés par le feu – six d’entre eux seraient morts – pour protester contre les restrictions aux pratiques religieuses et culturelles, qui ont accentué le sentiment d’aliénation des Tibétains et renforcé leurs griefs. Les tensions ethniques ont été fortes également en Mongolie intérieure. Des manifestations de grande ampleur ont éclaté dans toute la région après le meurtre présumé d’un berger mongol par un Chinois han qui conduisait un camion transportant du charbon. 

Conflits armés et insurrections

La discrimination ethnique et religieuse et les griefs politiques et économiques qui en découlent ont été à l’origine d’une grande partie des nombreux conflits armés et insurrections sans fin qui ont touché des centaines de milliers de personnes dans la région.

Les conflits qui opposaient depuis des décennies le gouvernement du Myanmar et différents groupes ethniques armés ont connu une recrudescence. Les forces gouvernementales ont combattu les insurgés karen, chan et kachin, déplaçant des dizaines de milliers de civils et commettant des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire constitutives de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre.

En Afghanistan, les talibans et d’autres groupes insurgés ont lancé des attaques généralisées et systématiques contre des civils et, selon les Nations unies, ont été à l’origine de 77 % des pertes civiles dans le cadre du conflit. Amnesty International a de nouveau demandé que la Cour pénale internationale (CPI) mène une enquête sur la situation, alors même que les forces internationales qui aidaient le gouvernement afghan commençaient à transférer la responsabilité de la sécurité aux forces gouvernementales afghanes. De nombreux groupes de la société civile afghane, tout particulièrement des groupes de femmes, ont exprimé leur inquiétude d’être exclus des négociations avec les groupes insurgés, en dépit de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui demande que les femmes participent de manière significative aux pourparlers de paix et soient suffisamment représentées dans ce type de processus.

Des conflits de faible intensité se sont poursuivis sur l’île de Mindanao, aux Philippines, ainsi que dans le sud de la Thaïlande – deux régions où les minorités musulmanes ont été historiquement privées de leurs droits et confrontées à un faible développement économique. L’espoir était permis aux Philippines, où les parties ont semblé rechercher la paix malgré une brève flambée de violence. En revanche, la situation était complexe dans le sud de la Thaïlande, où les insurgés ont continué de prendre les civils pour cible dans le but d’intimider la population locale et de déplacer les bouddhistes et d’autres habitants considérés comme fidèles au gouvernement central. Ce dernier n’a pas respecté ses engagements d’obliger les membres des forces de sécurité responsables de violations des droits humains à rendre compte de leurs actes ni d’apporter une réponse stratégique et pérenne aux revendications en faveur d’un meilleur développement politique et économique de la région.

Le développement économique relativement faible, tout particulièrement en ce qui concerne les adivasis (aborigènes), ainsi que la mauvaise gouvernance, ont alimenté des insurrections dans plusieurs États du centre et de l’est de l’Inde. Quelque 250 personnes ont trouvé la mort dans des affrontements entre des groupes armés maoïstes et les forces de sécurité. Les insurgés ont eu recours à des prises d’otages et à des attaques menées sans discrimination, tandis que les forces gouvernementales violaient régulièrement les droits des populations locales qu’elles étaient censées protéger. Reconnaissant les problèmes posés par la stratégie gouvernementale, la Cour suprême a ordonné le démantèlement des groupes paramilitaires soutenus par l’État du Chhattisgarh, qui se seraient rendus coupables de graves atteintes aux droits humains. Cette juridiction a également autorisé la remise en liberté sous caution de Binayak Sen en attendant qu'il soit statué sur son appel. Ce prisonnier d’opinion avait été condamné à la détention à perpétuité en 2010 par un tribunal de district du Chhattisgarh, qui l’avait déclaré coupable de sédition et de collaboration avec des combattants maoïstes.

Les forces indiennes ont de nouveau été accusées de violations des droits humains dans l’État de Jammu-et-Cachemire. Après la publication par Amnesty International, en mars, d’un rapport consacré à l’utilisation abusive de la détention administrative en vertu de la Loi relative à la sécurité publique (PSA), les autorités locales se sont engagées à modifier cette loi. En septembre, la commission des droits humains de l’État a découvert plus de 2 700 tombes anonymes et a identifié 574 corps comme étant ceux d'habitants de la région qui avaient disparu, contredisant les allégations des forces de sécurité selon lesquelles ces tombes étaient celles d’activistes. La commission a demandé aux autorités d’utiliser des techniques modernes de police scientifique pour identifier les autres corps, mais cette demande est restée lettre morte. 

Obligation de rendre des comptes et justice

De nombreux pays de la région sont restés hantés par l’impunité pour les violations commises dans le passé, en particulier ceux qui étaient aux prises avec les séquelles d’un conflit. Le fait que justice ne soit pas rendue compliquait les efforts de réconciliation et instaurait souvent un climat d’injustice et d’absence d’obligation de rendre des comptes pour les forces de sécurité.

Au Sri Lanka, les travaux de la Commission enseignements et réconciliation (LLRC) se sont inscrits dans la droite ligne de ceux des précédentes commissions spéciales qui, pendant des décennies, ont tenté en vain de s’attaquer au problème des graves violations des droits humains. Cette instance a achevé son mandat en publiant un rapport qui contenait des suggestions utiles pour améliorer la situation des droits humains dans le pays, mais elle n’a pas enquêté correctement sur le rôle des forces gouvernementales dans les attaques qui ont visé des milliers de civils au cours des dernières phases du conflit contre les Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul (LTTE). Les conclusions de la LLRC ont été le résultat d’un processus comportant de graves lacunes et elles contrastent fortement avec celles du Groupe d'experts du secrétaire général des Nations unies sur la question des responsabilités relatives aux événements au Sri Lanka, lequel a estimé crédibles les allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre les deux parties au conflit. Ce groupe a recommandé d’ouvrir une enquête indépendante sur les allégations d’atteintes aux droits humains imputables à toutes les parties au conflit et de procéder à un examen de toutes les actions des Nations unies durant le conflit au Sri Lanka.

L’absence de justice a favorisé un climat d’impunité qui a entraîné de nouveaux cas de disparitions forcées dans le nord et l’est du pays, ainsi que des menaces et des attaques visant des journalistes, des détracteurs du gouvernement et des militants. Bien que le gouvernement ait levé l’état d’urgence, il a maintenu la Loi relative à la prévention du terrorisme (PTA), très répressive, et y a même ajouté de nouveaux règlements permettant le maintien en détention de suspects sans inculpation ni jugement.

Au Cambodge, l’ingérence du gouvernement a compromis le processus d’établissement des responsabilités pour les crimes commis sous le régime des Khmers rouges ; un dossier a été clôturé sans véritable enquête et un autre était au point mort. En Afghanistan, des personnes accusées de façon crédible d’avoir eu une responsabilité dans des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité occupaient toujours des postes haut placés au sein du gouvernement.

Tandis que des personnes accusées d’atteintes aux droits humains échappaient à leur obligation de rendre des comptes, de nombreux gouvernements utilisaient la flagellation pour punir des coupables présumés, en violation de l’interdiction internationale des peines cruelles, inhumaines et dégradantes. Des peines de fustigation étaient toujours appliquées à Singapour et en Malaisie pour diverses infractions, notamment des violations de la législation relative à l’immigration. Dans la province indonésienne de l’Aceh, ce châtiment était de plus en plus utilisé pour toute une série d’infractions, notamment la consommation d’alcool, la pratique d’un jeu de hasard ou encore le fait de se trouver seul en compagnie d’une personne du sexe opposé hors des liens du mariage ou de liens familiaux. Aux Maldives, le gouvernement a maintenu la peine de fustigation sous la pression de l’opposition politique.  

Migrants et réfugiés

L’insécurité, les catastrophes naturelles, la pauvreté et le manque de perspectives ont conduit des centaines de milliers de personnes à chercher une vie meilleure ailleurs, tant dans la région qu'au-delà. De nombreux gouvernements de la région avaient besoin de la main d'œuvre immigrée par nécessité économique, mais beaucoup ne protégeaient toujours pas les droits des personnes à la recherche d’un travail ou d'un refuge.

Au moins 300 000 Népalais ont quitté leur pays pour échapper à la pauvreté et aux conséquences d’un conflit prolongé. Beaucoup ont été trompés sur leurs conditions d’emploi et ont été réduits au travail forcé. Bien que le gouvernement népalais ait adopté des lois et des mécanismes de recours en vue de protéger ses travailleurs migrants, les recherches effectuées par Amnesty International ont révélé que ces mesures n’étaient pas correctement appliquées car la population n’était le plus souvent pas informée. Par ailleurs, les contrôles étaient insuffisants et les contrevenants faisaient rarement l’objet de poursuites.

La Malaisie a été l'un des principaux pays d'accueil pour les migrants de la région, ainsi qu'une étape pour les demandeurs d'asile en route vers l’Australie. De nombreux migrants sans papiers y ont été placés en détention ou soumis à la fustigation. Des migrants incarcérés dans le centre de détention de Lenggeng, près de Kuala Lumpur, se sont révoltés en avril contre leurs mauvaises conditions de détention.  La Haute Cour australienne a annulé un accord bilatéral qui prévoyait l’échange de 800 demandeurs d’asile arrivés en Australie par bateau contre 4 000 réfugiés – originaires du Myanmar pour la plupart – qui se trouvaient en Malaisie en attente d’une réinstallation. Cette juridiction a considéré qu’il n’existait pas de garanties juridiques suffisantes pour les réfugiés en Malaisie.

Avancées

Malgré d’importants obstacles, de nombreux défenseurs des droits humains et militants de la région Asie-Pacifique ont réussi à obtenir un meilleur respect de leurs droits, chaque succès dans un pays servant d’inspiration et d’encouragement pour les autres.

En Inde, les adivasis de l’Orissa ont remporté une victoire en juillet dans leur combat pour la défense de leur mode de vie. La Haute Cour de cet État a en effet estimé que le projet d’extension de la raffinerie d’alumine de Vedanta Aluminium portait atteinte au droit des villageois à l’eau, à la santé et à un environnement sain, et que cette extension entraînerait de nouvelles atteintes aux droits fondamentaux des adivasis.

Le Premier ministre malaisien a annoncé, en septembre, sa volonté de faire abroger la Loi relative à la sécurité intérieure – qui permet, entre autres, de maintenir une personne en détention pour une durée illimitée sans inculpation ni jugement – et de la remplacer par d’autres dispositions législatives relatives à la sécurité. Cette décision était en partie liée au mouvement Bersih 2.0, dans le cadre duquel des milliers de manifestants pacifiques avaient défilé dans les rues de Kuala Lumpur en juillet. La police avait frappé des manifestants, tiré des grenades lacrymogènes directement sur la foule et interpellé plus de 1 600 personnes.

En mars, la Malaisie a annoncé qu’elle avait signé le Statut de Rome de la CPI et qu’elle avait l’intention de le ratifier. Les Philippines ont ratifié ce Statut en novembre.

L’avancée probablement la plus importante en ce qui concerne la situation des droits humains dans la région a été la décision des autorités du Myanmar de libérer plus de 300 prisonniers politiques au cours de l’année et d’autoriser Aung San Suu Kyi à se présenter aux élections législatives. Cependant, comme les autorités continuaient de harceler et d’incarcérer des dissidents et des militants de l’opposition, il était à craindre que ces initiatives n’aient été essentiellement motivées par leur volonté d’obtenir un assouplissement des sanctions imposées au pays plutôt que par le désir d’engager un réel changement. Quoi qu’il en soit, comme les événements au Myanmar et ailleurs l’ont montré, c’est par ce type d’ouvertures étroites que les militants politiques et les défenseurs des droits humains parviennent à faire entendre leur voix et à modeler leur avenir.

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