24 mars 2011
Bahreïn : il faut obliger les responsables du recours excessif à la force à rendre des comptes et protéger les manifestants

Amnesty International a fait état de la manière dont, en février, les forces de sécurité bahreïnites ont recouru sans sommation à une force excessive contre des manifestants pacifiques, et gêné et agressé le personnel médical essayant d’aider les blessés.

La police antiémeute a utilisé du gaz lacrymogène, des matraques, des balles en caoutchouc et des fusils pour disperser les manifestants, tuant sept personnes entre les 14 et 21 février et en blessant des dizaines d’autres. Parmi les blessés figuraient des professionnels de la santé essayant d’aider des manifestants blessés sur le rond-point de la Perle ou à proximité, après que des personnes ayant établi un camp de manifestants sur place eurent été dispersées par la force par les forces de sécurité, tôt le matin du 17 février. Des auxiliaires médicaux s’efforçant de porter assistance à des blessés ce même matin ont été frappés et agressés par la police antiémeute.

Bahreïn a connu de nouvelles violences à la mi-mars, après l’envoi par l’Arabie saoudite d'un millier de soldats et l'arrivée de policiers des Émirats arabes unis dans ce tout petit État du Golfe, à la demande semble-t-il du gouvernement bahreïnite. Le 15 mars, le roi de Bahreïn a proclamé l'état d’urgence dans le pays pour une durée de trois mois. Les 15 et 16 mars, la police antiémeute et l’armée auraient tiré sur des manifestants, en blessant beaucoup et en tuant plusieurs. Pendant ces deux jours, l’armée et la police antiémeute ont interdit l’accès aux centres médicaux et aux hôpitaux.

Depuis le début du mouvement de protestation, le 14 février, au moins 12 manifestants ont été tués et quatre autres retrouvés morts après avoir disparu dans des circonstances encore peu claires. Il a également été signalé que trois travailleurs migrants ont été tués, apparemment par des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité, et qu’au moins trois policiers sont morts lors d’affrontements avec des manifestants. Des centaines d’autres ont été blessés, et l'accès aux hôpitaux et services de santé a été bloqué.

À la suite des attaques du 16 mars, au moins 10 militants de l’opposition et six médecins ont été appréhendés. Deux d’entre eux ont été libérés quelques heures après leur arrestation mais à l’heure actuelle on ignore où se trouvent les 14 autres. Les autorités bahreïnites n’ont pas révélé où ils sont détenus, ni permis à ces personnes de contacter leur famille ou leur avocat. Elles n'ont pas non plus fourni de détails sur le fondement juridique de leur arrestation, si ce n’est pour dire qu’elles sont accusées d’avoir appelé de leurs vœux la chute du régime, incité à la violence et opéré en tant qu’agents d'une puissance étrangère – référence implicite à l’Iran. Ces accusations sont réfutées par les proches des détenus. D’après certaines informations, au moins huit militants de l'opposition ont été arrêtés par une force conjointe composée d’éléments bahreïnites et saoudiens, qui n’a présenté aucun mandat d’arrêt. Amnesty International les considère comme des prisonniers d’opinion ; quatre n'ont été relâchés que récemment après avoir passé plusieurs mois en détention, période pendant laquelle certains ont dit avoir été soumis à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements.

À la suite de la mort de sept manifestants en février, le roi de Bahreïn a annoncé qu’une enquête serait menée par le vice-Premier ministre, Jawad al Arayedh, mais le gouvernement n’a à ce jour fourni aucun détail supplémentaire à propos de cette enquête. Elle ne peut de toute évidence pas être considérée comme indépendante si elle est menée par un ministre du gouvernement.

Amnesty International demande au roi de Bahreïn d’établir dans les meilleurs délais une commission qui sera chargée d'enquêter de manière rigoureuse, transparente et indépendante sur le recours à une force excessive - et en particulier à la force meurtrière - fait par les forces de sécurité contre des manifestants, des professionnels de la santé et d’autres personnes en février et en mars, de rendre publiques les conclusions de l’enquête et de faire en sorte que les responsables présumés d'homicides illégaux, d’un recours excessif à la force et d'autres graves violations soient traduits en justice.

Amnesty International exhorte par ailleurs les autorités bahreïnites à : maîtriser sans plus attendre leurs forces de sécurité, y compris les éléments fournis par l’Arabie saoudite et d’autres États, afin de prévenir de nouveaux homicides et abus ; respecter et protéger les droits à la liberté d'expression et de réunion, notamment le droit de manifester pacifiquement ; et libérer les militants politiques et médecins actuellement incarcérés pour des raisons d’opinion.

Merci de signer la pétition engageant le roi de Bahreïn à :
•  établir dans les meilleurs délais une commission indépendante qui sera chargée de mener une enquête exhaustive, rigoureuse et transparente sur les homicides et attaques dont ont été victimes des manifestants ainsi que sur les agressions ayant visé des professionnels de la santé, et de rendre publiques les conclusions de celle-ci ;
•  garantir et faire respecter le droit de manifester pacifiquement, et protéger les manifestants non violents de tout recours excessif à la force par la police ou de la violence d'autres groupes ;
•  respecter et protéger le droit à la liberté d’association et veiller à ce que tous les défenseurs des droits humains et les organisations de protection de ces droits soient en mesure de mener leur travail à bien sans ingérence politique ni autres entraves ;
•  faire le nécessaire pour que les organes concernés ne recourent plus à une force excessive contre des manifestants à Bahreïn ;
• libérer immédiatement et sans condition les militants de l’opposition et professionnels de la santé arrêtés en mars qu’Amnesty International considère comme des prisonniers d’opinion ;
•  protéger les travailleurs migrants susceptibles d'être victimes d’agressions.

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