Demandez que la justice soit rendue pour l'homicide d'un journaliste au Mexique

23 octobre 2009

Brad Will a été tué à Oaxaca le 27 octobre 2006.Le 27 octobre 2006, le vidéojournaliste américain Brad Will a été tué par balle à Oaxaca, dans le sud du Mexique, alors qu'il filmait un affrontement opposant des membres d'une organisation locale, l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca (APPO), à des sympathisants et représentants du parti du gouvernement local.

Trois ans plus tard, Amnesty International estime que la vérité sur la mort de Brad Will n'a toujours pas éclaté. Juan Manuel Martínez, sympathisant de l'APPO, est détenu dans l'attente de son procès depuis octobre 2008 pour le meurtre de ce journaliste. Cependant, Amnesty International pense que les éléments retenus contre lui laissent à désirer et qu'il sert de bouc émissaire.

Brad Will était au Mexique pour filmer les manifestations et violences politiques de grande ampleur qui ont débuté dans la ville d'Oaxaca en juin 2006 et se sont poursuivies jusqu'en 2007. Au moins douze autres personnes ont trouvé la mort à Oaxaca au cours de ces troubles, et des dizaines d'autres ont été illégalement détenues et maltraitées.

Les conclusions des enquêtes menées par les services du procureur général de l'État d'Oaxaca et ceux du procureur fédéral indiquent que Brad Will a été abattu à bout portant et qu'un témoin a vu Juan Manuel Martínez près de lui au moment de la fusillade.

Néanmoins, ce témoin crucial n'a pas identifié Juan Manuel Martínez au départ et n'a pas vraiment vu Brad Will se faire tirer dessus.

Des experts indépendants de Médecins pour les droits humains et de la Commission nationale des droits humains (CNDH) ont réexaminé les éléments médicolégaux et estimé que la conclusion officielle de l'expertise médicolégale – selon laquelle les coups de feu auraient été tirés à bout portant – n'était pas fondée sur des preuves scientifiques.

Après avoir obtenu en appel l'annulation de son renvoi devant le tribunal, Juan Manuel Martínez reste en prison car le juge a ordonné un nouveau passage en jugement. Amnesty International considère que la détention de Juan Manuel Martínez et les poursuites engagées contre lui ne sont pas fondées sur des éléments de preuve fiables et semblent être motivées par le besoin de montrer que l'affaire Brad Will progresse.

En effet, il est devenu primordial de présenter des avancées dans cette enquête depuis que le Congrès des États-Unis en a fait une condition du versement d'une partie des fonds américains prévus pour l'Initiative de Mérida, un vaste programme régional de coopération et d'assistance en matière de sécurité qui rassemble les États-Unis, le Mexique et l'Amérique centrale.

La tragédie et l'injustice de la mort de Brad Will et des poursuites engagées sans fondement contre Juan Manuel Martínez sont révélatrices du manque de détermination des autorités à mener des enquêtes et amener les responsables présumés à rendre des comptes à la suite des nombreuses atteintes aux droits humains commises dans l'État d'Oaxaca en 2006 et 2007.

En octobre 2009, la Cour suprême du Mexique a conclu que de graves violations des droits humains avaient eu lieu dans cet État. Elle a imputé nombre de ces actes à de hauts fonctionnaires, notamment au gouverneur de l'État d'Oaxaca. Elle a demandé que les responsables présumés soient amenés à rendre des comptes, mais les autorités n'ont encore pris aucune mesure en ce sens.

Il est temps que l'homicide de Brad Will donne lieu à une enquête et des poursuites impartiales qui soient fondées sur des éléments de preuve tangibles et respectent les normes internationales d'équité des procès.