Demandez la vérité sur la disparition d’un étudiant
10 décembre 2007
En avril 2003, Artur Akhmatkhanov, âgé de vingt-deux ans, a été arrêté par des soldats masqués et embarqué de force dans un véhicule blindé de transport de troupes. On ne l’a pas revu depuis.
D’après des témoins, ce sont des membres des forces fédérales russes (FSB, Service fédéral de sécurité) qui ont appréhendé l’étudiant de Grozny, militant des droits humains.
Selon les informations dont dispose Amnesty International, le lendemain, la police et le FSB ont ramassé sur les lieux des cartouches vides et emporté un bout de tissu taché de sang afin de les analyser, mais la famille d’Artur Akhmatkhanov n’a pas été informée de ce qui lui était arrivé ni du motif de son arrestation.
Un an après sa disparition forcée, le procureur militaire a nié toute implication des militaires russes. Selon lui, « aucune opération spéciale d’arrestation n’était en cours sur le territoire de la République tchétchène, il n’a été procédé à aucune arrestation et aucun individu n’a été remis aux organes responsables de l’application des lois. »
La disparition forcée d’Artur Akhmatkhanov s’inscrit dans une politique gouvernementale très préoccupante qui se traduit actuellement par des atteintes aux droits humains en Tchétchénie et dans les républiques voisines du Caucase du Nord. En 2005, le médiateur des droits humains en République tchétchène a indiqué que plus de 2 000 personnes avaient été victimes, en Tchétchénie, de « disparitions » imputables à des forces de sécurité non identifiées. L'organisation non gouvernementale (ONG) russe Memorial estime que jusqu’à 5 000 hommes, femmes et enfants y sont portés disparus depuis 1999.
À la connaissance d’Amnesty International, une seule condamnation a été prononcée dans le cadre d’une affaire de disparition forcée.
En juin 2007, Amnesty International a remis à l’ambassade russe de Londres 4 630 cartes postales signées en faveur d’Artur Akhmatkhanov accompagnées d’un exemplaire du rapport intitulé Russie. Quelle justice pour les disparus de Tchétchénie ? Un fonctionnaire de l’ambassade s’est dit ouvert au dialogue avec l’organisation et a reconnu qu’un certain nombre de disparitions forcées et d’enlèvements étaient imputables à l’État. Il a affirmé que les préoccupations soulevées seraient transmises à Moscou.
Pourtant, l’enquête sur la disparition d’Artur a été suspendue. Sa mère, Bilat Akhmatkhanova, n’a jamais cessé de rechercher son fils.
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