30 avril 2010
Les disparitions forcées doivent cesser au Pakistan

« Nous ne serons soulagés que lorsque l'être qui nous est cher sera sain et sauf et libre devant nous.[…] Je pense que mon mari Masood n'est détenu qu'à trois kilomètres de chez nous, et pourtant il continue de subir des mauvais traitements sans que nous le sachions, et nous, sa femme, ses enfants et ses parents, de très vieilles personnes, nous ne pouvons même pas le voir.Ils [le nouveau gouvernement] doivent agir maintenant pour qu'il rentre immédiatement. »
Amina Masood Janjua, juillet 2008

La dernière fois qu'Amina Masood Janjua a vu son mari, Masood Janjua, c'était le 30 juillet 2005, lorsque celui-ci a quitté leur maison pour voir son ami Faisal Faraz. Les forces de sécurité pakistanaises auraient alors appréhendé ces deux hommes, qui se rendaient en bus dans une autre ville. Ils seraient détenus depuis lors dans un lieu secret, sans inculpation ni procès, par les Services du renseignement de l'armée pakistanaise (ISI). Ceux-ci n'ont cessé de nier avoir connaissance de l'endroit où se trouvent les deux hommes, bien que des témoins aient déclaré qu'ils avaient été arrêtés.

Masood Janjua et Faisal Faraz font partie des centaines, voire des milliers de victimes de disparition forcée au Pakistan, parmi lesquelles se trouvent des enfants de neuf ou dix ans seulement. Beaucoup ont été arrêtées après les attentats du 11 septembre 2001 et leur détention a été justifiée au nom de la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis. La pratique des disparitions forcées, peu fréquente avant 2001, s'est étendue après cette date aux militants réclamant davantage de droits pour leur communauté ou leur région, notamment les Baloutches et les Sindhis.

Malgré l'existence de preuves indéniables, l'ancien gouvernement du président Pervez Musharraf a systématiquement nié être à l'origine de disparitions forcées.

Dans son rapport intitulé Pakistan. Nier l'indéniable. Les disparitions forcées au Pakistan, Amnesty International s'appuie sur des procès-verbaux judiciaires et des déclarations sous serment de victimes et de témoins de disparitions forcées, afin de confronter les autorités pakistanaises à des éléments de preuve montrant que des représentants de l'État ont fait obstruction aux efforts visant à retrouver la trace des personnes disparues.

En avril 2008, le gouvernement civil pakistanais s'est engagé à mettre fin à la politique de dénégation, à mener des enquêtes sur tous les cas de disparition forcée et à faire en sorte que les responsables présumés rendent des comptes.

Au cours du même mois, peu après les élections, l'ancien ministre du Droit, Farooq Naik, a déclaré que le gouvernement réunissait des informations sur les personnes disparues, et a promis que toutes seraient libérées. En mai 2008, le ministère de l'Intérieur a nommé une autre commission chargée d'enquêter sur le sort de toutes les victimes de disparition forcée. Outre des agents de ce ministère, elle est composée de parlementaires et de représentants des familles de disparus.

À ce jour, le gouvernement n'a pas révélé les conclusions des enquêtes ni les mesures qu'il a prises pour résoudre toutes les affaires de disparition forcée.

Le 16 mars 2009, sur décret du président Zardari, le Premier ministre Youssouf Raza Gilani a renommé Iftikhar Chaudry à la tête de la Cour suprême et a réintégré d'autres juges qui avaient été démis de leurs fonctions en novembre 2007, dans le cadre de l'état d'urgence. Avant sa destitution, Iftikhar Chaudry avait adopté une position ferme dans les affaires de disparition forcée et s'était prononcé contre le gouvernement à plusieurs reprises. En novembre 2009, la Cour suprême a repris les audiences portant sur des cas de disparition, ce qui est une bonne nouvelle. Cependant, le gouvernement pakistanais doit montrer qu'il a la volonté de retrouver la trace des personnes disparues.

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