24 septembre 2010
Il faut protéger la liberté d'expression au Soudan

La liberté d'expression au Soudan a subi de sérieux revers au cours de l'année écoulée.

À l'approche du référendum de janvier 2011 sur l'autodétermination du sud du pays, la répression persistante se traduit notamment par des mesures d'intimidation visant les journalistes.

Au lendemain des élections générales d'avril 2010, le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS) a muselé la liberté d'expression. Le 18 mai, le directeur du NISS a rétabli la censure avant publication imposée aux journaux, qui avait été levée par décret présidentiel en septembre 2009. Dans le nord du Soudan, le NISS a fermé plusieurs journaux et des journalistes ont été contraints de suspendre leurs activités.

Plusieurs journalistes ont été arrêtés et certains auraient été torturés simplement pour avoir fait leur travail ou exprimé leurs opinions.

Parmi les journaux qui ont fait les frais de la répression, citons Rai Al Shaab, quotidien affilié au Parti du congrès populaire (un parti politique d'opposition). En mai, cinq membres de son personnel ont été arrêtés par le NISS. Ils auraient été appréhendés en raison de la publication de plusieurs articles dans le quotidien, notamment d'une analyse des résultats des élections d'avril 2010.

Deux d'entre eux ont été relâchés ; quant à Abuzar Al Amin, rédacteur en chef adjoint de Rai Al Shaab, il a subi des actes de torture et d'autres mauvais traitements alors qu'il était maintenu en détention au secret et interrogé sur son travail de journaliste. Il a été condamné à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour atteinte au système constitutionnel et publication de fausses informations.

Ashraf Abdelaziz, rédacteur, et Al Tahir Abu Jawhara, responsable des informations liées à la politique, ont été condamnés à deux ans de prison pour publication de fausses nouvelles, aux termes de l'article 26 de la Loi de 2009 relative aux publications et à la presse et de l'article 66 du Code pénal de 1991.

Amnesty International considère ces trois personnes comme des prisonniers d'opinion et demande leur libération immédiate et sans condition.

La censure avant publication a été levée le 7 août au Soudan. Si les journalistes ont accueilli la nouvelle favorablement, ils ont aussi émis quelques réserves. Le directeur du NISS leur a en effet rappelé qu'ils devaient malgré tout se conformer au « code d'éthique » de la presse et les a mis en garde en cas d'infractions à ce code. Il aurait affirmé que le Service national de la sûreté et du renseignement était constitutionnellement habilité à rétablir la censure et pouvait le faire à tout moment, partiellement ou totalement.

En outre, le NISS a demandé que tous les journalistes de Khartoum remplissent des formulaires et livrent des informations personnelles, notamment l'adresse de leur domicile.

Des textes tels que la Loi de 2010 relative à la sécurité nationale et la Loi de 2009 relative aux publications et à la presse permettent au NISS et au Conseil national de la presse de continuer à placer en détention, à interroger et à poursuivre des journalistes et des rédacteurs en chef sur la base de leur travail.

À quelques mois du référendum de janvier 2011, il est à craindre que la liberté d'expression ne pâtisse de nouvelles restrictions. Pour assurer le respect, la protection et la promotion des droits humains au cours du référendum et de la période qui suivra, quelle que soit l'issue du scrutin, les autorités doivent garantir la liberté d'expression et permettre aux journalistes d'exprimer leurs opinions et d'engager le débat sur l'avenir du Soudan.


PASSEZ À L'ACTION
Signez la pétition qui demande aux autorités soudanaises de :

  • mettre fin immédiatement aux mesures de harcèlement et d'intimidation à l'encontre des journalistes du pays ;

  • permettre à Rai Al Shaab et à tous les autres journaux suspendus de reprendre leur publication ;

  • libérer Abuzar Al Amin, Ashraf Abdelaziz et Al Tahir Abu Jawhara immédiatement et sans condition ;

  • modifier la Loi de 2009 relative aux publications et à la presse de façon à la mettre en conformité avec les obligations et engagements internationaux du Soudan en matière de droits humains ;

  • abroger la Loi de 2010 relative à la sécurité nationale.


Photo : des vendeurs de journaux soudanais à une gare routière de Khartoum, au Soudan. © AP Photo/Abd Raouf


POUR EN SAVOIR PLUS :
Soudan. Les chaînes demeurent. Les restrictions à la liberté d'expression au Soudan (plaquette, 24 septembre 2010)

Le Soudan doit lever les restrictions à la liberté d'expression avant le référendum (rapport, 24 septembre2010)

Un journaliste soudanais parle du harcèlement exercé par des forces de sécurité « impitoyables » (nouvelle, 7 juin 2010)

617
appels envoyés

Passez à l'action

Campaign has expiredMerci de votre appui, cette action est maintenant fermée.
654,473
Nombre total d’actions entreprises
par des personnes telles que vous