Témoin

Les histoires personelles


LES FAVELAS BRÉSILIENNES

« Une semaine de fusillade signifie une, voire deux semaines sans travail. L'approvisionnement en électricité et en eau est parfois coupé. On ne sait jamais quand les coups de feu vont commencer […] On ne sait pas où s'enfuir. Ici, le seul endroit sûr, ce sont les toilettes […] Pourquoi devrions-nous supporter ça ? »
Maria Lúcia Almedia, Complexo do Alemão, avril 2008

Dans des milliers de favelas à travers le Brésil, des populations entières sont prises au piège de la pauvreté et exclues de toute une série de services. Des années de négligence de la part de l’État ont créé un vide, que des groupes de criminels ont comblé. Ces gangs ont actuellement la mainmise sur la vie quotidienne de nombreuses personnes : ils imposent des couvre-feux, infligent des amendes et des châtiments, et décident qui obtiendra du travail ou un logement, bénéficiera de soins médicaux ou d’une éducation, et qui n’y aura pas droit.

La présence d’escadrons de la mort et de milícias, composées d’agents des forces de l’ordre agissant, en dehors de leurs heures de service, comme miliciens, ou même de groupes criminels dans certains des secteurs urbains les plus pauvres du pays, ont radicalement sapé le rôle de garant de la sécurité publique que doit jouer l’État. Bien que les autorités aient conscience de ce problème, et bien qu’elles aient commencé à mettre en place des programmes ciblés, la politique en matière de sécurité reste marquée, en dehors de ces projets, par la violence et la confrontation.

De nombreuses familles de victimes des fusillades, qui luttaient déjà pour survivre, s’enfoncent encore davantage dans la pauvreté parce que le fils ou le père dont elles dépendaient a été blessé ou tué. Les femmes dont des proches avaient été tués au cours d’opérations de police insistaient nettement sur le fait que la personne défunte était un « travailleur » ou un « étudiant » et non un criminel. Elles s’opposent à l’indifférence et à la discrimination de la part d’une grande majorité de la société brésilienne, qui considère toutes les personnes vivant dans les favelas comme des criminels, uniquement en raison de l’endroit où elles vivent. C’est ce préjugé bien ancré qui assure l’impunité aux policiers responsables d’atteintes aux droits humains et empêche les populations d’échapper au cycle de la violence et du dénuement.

La réponse de l’État aux besoins des habitants des favelas révèle une discrimination bien ancrée. Les services et les mesures de sécurité mis en place ont été imposés sans consultation de la population, ce qui explique peut-être en partie pourquoi ils sont tellement inefficaces. Des millions de personnes vivent dans des quartiers défavorisés et leurs besoins ne sont pas pris en compte. Les responsables politiques n’entendent ni leurs craintes, ni leurs aspirations.

« Là-bas, dans la partie riche de la ville, c’est différent. Ils pensent que la police est vraiment oblige d’investir les lieux, vraiment oblige de tuer, vraiment obligée d’éliminer tout ce qui se passe ici. Ils ne comprennent absolument pas qu’il s'agit de personnes qui travaillent et d’enfants qui vont à l’école. »
Lúcia Cabral, Complexo do Alemão, avril 2008

 

DES JEUNES FILLES PRIVÉES D'ÉDUCATION AU TADJIKISTAN

Bien que la scolarité soit obligatoire jusqu’à la neuvième année (15 ans), plus de 27 % des jeunes filles abandonnent l’école vers 14 ou 15 ans pour diverses raisons. Une femme étant essentiellement considérée comme une épouse et une mère, les familles estiment souvent qu’il n’est pas nécessaire d’investir dans son éducation. Alors que les garçons sont généralement encouragés à aller à l’école, il est fréquent que les filles doivent travailler à la maison ou dans les champs jusqu’à leur mariage. Nombre de familles sont trop pauvres pour assumer les coûts indirects liés à la scolarisation – par exemple les chaussures, les manuels, la nourriture et le transport – et choisissent d’assurer en priorité l’éducation des garçons.

L’accès des filles à l’éducation est encore entravé par la dégradation du système éducatif tadjik, qui se caractérise par des enseignants peu compétents et sous-payés, des programmes dépassés et souvent des locaux mal entretenus et sous-équipés.

 

LES HABITANTS DE LA RUE PRIMAVERII (ROUMANIE)

En 2004, plus de 100 Roms ont été expulsés de force par les autorités municipales d’un immeuble situé dans le centre-ville de Miercurea-Ciuc, la capitale du district de Harghita, dans le centre du pays. La plupart ont été relogés par les autorités à la périphérie de la ville, au bout de la rue Primaverii, derrière une station d’épuration. Certains ont décidé de s’installer près d’une décharge à quelques kilomètres de là plutôt que d’habiter à côté de la station d’épuration. 

Les autorités ont commencé à parler avec les habitants de l’évacuation du bâtiment en 2001, arguant qu’elles devaient les déplacer pour garantir leur sécurité. Elles n’ont cependant pas mené de véritable processus de consultation des habitants. Les autorités ont acheté en 2001 huit préfabriqués métalliques mobiles, prêts à l’emploi, qu’elles ont installés à côté de la station d’épuration. En 2003, le conseil municipal a approuvé la démolition de l’immeuble. Selon les familles, les autorités leur ont donné l’assurance que ces préfabriqués étaient une solution temporaire et que des logements décents seraient mis à leur disposition ultérieurement.

Entre 2001 et 2004, les habitants de la rue Pictor Nagy Imre n’ont pas eu la possibilité de contester la décision d’expulsion ni de participer au processus décisionnel et d’influer ainsi sur leur avenir. Les autorités n’ont pas non plus tenté d’examiner les autres solutions qui auraient pu être envisagées à la place de l’expulsion. 

Sandor, l’un de ces habitants, a raconté à Amnesty International : « Ils sont arrivés et ont dit que nous devions déménager le lendemain. Ils nous ont donné 24 heures pour déménager. Ils nous ont dit que si on ne partait pas, ils reviendraient avec des engins de démolition et raseraient [l’immeuble] de toute façon. »

Plus de cinq années ont passé et les familles expulsées vivent toujours dans des conditions d’extrême précarité ; leur droit à un logement décent n’est pas respecté en termes de sécurité d’occupation, de mise à disposition de services, de matériaux, d’équipements et d’infrastructures, de localisation et d’habitabilité. Un autre habitant, Tibor, a expliqué ce que cela implique de n’avoir pas de logement convenable : « Nous avons besoin d’une maison où nous pouvons nous laver le matin. Nous sommes si sales qu’on ne nous laisse entrer nulle part, on nous dit qu’on sent mauvais. Nous voulons qu’on nous permette d’entrer. En hiver nous devons nous laver à l’eau froide. »

Ces personnes continuent d’être exclues et rejetées à la périphérie d’une ville qui est pourtant la leur. 

 

LES RESTRICTIONS DE L’ACCÈS À L’EAU DANS LES TERRITOIRES PALESTINIENS OCCUPÉS

De 180 000 à 200 000 villageois palestiniens de Cisjordanie occupée n’ont pas accès à l’eau courante. L’eau est souvent coupée même dans les villes et villages reliés au réseau d’approvisionnement. Le rationnement est particulièrement fréquent durant les mois d'été. Dans de nombreux endroits, les Palestiniens ne reçoivent de l’eau qu’un jour par semaine, voire un jour toutes les quelques semaines ; certaines zones sont privées d’eau pendant plusieurs mois. Lorsque la distribution d’eau courante est interrompue, les Palestiniens doivent acheter de l’eau livrée par camion-citerne à un prix beaucoup plus élevé. Les habitants de nombreux villages non reliés au réseau d’approvisionnement doivent parcourir de longues distances pour trouver de l’eau chère et souvent d’une qualité douteuse. 

La politique israélienne discriminatoire envers les Palestiniens des territoires occupés est la cause essentielle de la disparité frappante entre Palestiniens et Israéliens en matière d’accès à l’eau. La consommation d’eau des Palestiniens atteint à peine 70 litres par personne et par jour, soit une quantité bien inférieure aux 100 litres minimum par personne recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. La consommation d’eau des Israéliens, par personne et par jour, est quatre fois supérieure.

Les catégories les plus vulnérables – les habitants de villages isolés et ceux des camps de réfugiés surpeuplés – sont les plus frappées par la pénurie d’eau et l’insuffisance des réseaux d’assainissement. Ces dernières années, dans les territoires palestiniens occupés, le chômage et la pauvreté ont augmenté et le revenu disponible s’est effondré. Les familles palestiniennes doivent donc consacrer une part toujours plus importante de leurs revenus à l’approvisionnement en eau. 

Israël détermine la quantité d’eau que les Palestiniens peuvent puiser dans la nappe aquifère partagée ainsi que les endroits où ils peuvent s’approvisionner. Israël contrôle le recueil des eaux pluviales et des sources dans presque toute la Cisjordanie. Les citernes de collecte des eaux de pluie sont souvent détruites par des militaires israéliens. Les Palestiniens ne sont pas autorisés à creuser de nouveaux puits ni à remettre en état des puits anciens sans l’autorisation des autorités israéliennes. L’armée israélienne contrôle l’accès aux routes que les camions-citernes doivent emprunter pour ravitailler les villages palestiniens non reliés au réseau d’approvisionnement en eau. La circulation des véhicules palestiniens est interdite ou restreinte sur de nombreuses routes, entraînant des retards ou obligeant les camionneurs à faire de longs détours, ce qui accroît considérablement le prix de l'eau.

 


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