PÉROU – MORTALITÉ MATERNELLE

 

José Meneses Salazar

José, de San Juan de Ccarhuacc (département de Huancavelica), n'avait que quinze ans lorsque sa mère est morte en couches en 1999. Elle ne voulait pas se rendre au centre de soins pour des examens car elle craignait d'y être mal traitée. Lorsque le travail a débuté, la sage-femme était en congé, le père de José et des proches de sa mère ont donc fait naître le bébé eux-mêmes. Cependant, après l’accouchement, le placenta n’a pas été expulsé et ils n’ont pas su comment réagir. Deux heures plus tard, la mère est morte. La petite fille a survécu.

La mort de la mère de José a eu de graves conséquences sur la famille. À la suite du décès de sa femme, le père de José a sombré dans la dépression et l’alcoolisme, puis a abandonné la famille. José a dû prendre en charge ses huit frères et sœurs, ainsi que le lopin de terre familial, ce qui revenait à renoncer à toute éducation. Sa sœur a également dû quitter l'école afin de l'aider. De ce fait, elle sait à peine lire ou écrire.

José vit maintenant avec trois de ses frères plus jeunes, sa femme et ses deux fils. Étant donné ce qui était arrivé à sa mère, il avait accompagné sa femme aux examens prénataux et l'avait emmenée à la maternité avant qu'elle accouche. Il dit que le centre de soins a un grand besoin de personnel et d'équipements supplémentaires, notamment d'un scanner qui permettrait de surveiller le développement du fœtus et de prévoir plus précisément le moment de la naissance de l'enfant. Il espère que du personnel de santé va venir s'installer de façon permanente dans la communauté, et que des systèmes de transport plus efficaces seront mis en place pour amener les femmes à d'autres centres en cas d'urgence.

 

Fortunato Salazar Sutacuru

Le manque de communication peut gravement affecter la qualité des soins de santé maternelle. Fortunato et sa femme Criselda en ont fait l'expérience lorsqu'ils ont eu la douleur de perdre leur premier enfant en 2008. À l'époque, Fortunato travaillait à Lima du fait des faibles possibilités d'emploi à San Juan de Ccarhuacc. Criselda avait emmené des animaux pâturer. Elle a glissé et est tombée. Le soir même, elle a commencé a ressentir des douleurs abdominales et est allée au centre de santé. Le docteur n'a pas compris Criselda, qui parle seulement Quechua, et l'a renvoyée à la maison en lui disant que tout allait bien. Elle a fait une fausse couche deux jours plus tard. 

Fortunato et Criselda pensent que le médecin n’a peut-être pas correctement interprété les symptômes parce qu’elle ne parlait pas quechua, et aucun interprète n’est prévu pour faciliter la communication entre les médecins et les patients. 

 

Rosa Quichca Vargas

Rosa Quichca Vargas a vécu cinq grossesses. Deux de ses enfants sont morts, l'un à la naissance et l'autre quelques jours après l'accouchement, peut-être en raison d'une pneumonie. Rosa vit à près d'une heure de marche du dispensaire de Ccarhuacc, sur une route impraticable sauf pour les deux-roues. Elle ne peut pas communiquer avec les médecins, ce qui l'angoisse. Son mari a fait en sorte qu'un interprète quechua l'accompagne pendant ses visites.

« La première fois, elle [le docteur] n'a pas compris ce que je lui disais. Je suis retourné au centre et là non plus, elle ne m'a pas comprise […] La troisième fois, elle m'a demandé ma carte de planning familial et j'ai dû retourner pour l'apporter […] Je ne pouvais toujours pas lui parler […] Lorsque nous sommes allés au centre avec mon mari, il est parvenu à faire comprendre que j'étais enceinte. » 

« Nous avons peur lorsqu'ils nous parlent en espagnol et que nous ne pouvons pas répondre […] J'ai commencé à transpirer de peur […] Que puis-je répondre si je ne comprends pas l'espagnol ? Ce serait bien qu'ils parlent quechua. Mon mari, lorsqu'il va à Lima, me confie à des bénévoles qui peuvent m'accompagner. Ils viennent avec moi aux examens et parlent aux médecins. » 

 

 


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