Les disparitions forcées au Pakistan

Une manifestation d'Amnesty International à l'extérieur du siège de la représentation du Pakistan contre la pratique des disparitions forcées dans ce pays, Londres, 30 août 2008.

Une manifestation d'Amnesty International à l'extérieur du siège de la représentation du Pakistan contre la pratique des disparitions forcées dans ce pays, Londres, 30 août 2008.

© Amnesty International


Depuis que le Pakistan a déclaré son soutien à la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, des centaines voire des milliers de personnes accusées de liens avec le terrorisme ont été arrêtées arbitrairement. Nombre d'entre elles ont été victimes de disparitions forcées.

Les garanties prévues par le droit pakistanais ont été régulièrement bafouées : des personnes ont été arrêtées sans mandat, emprisonnées sans motif légal, placées dans des lieux de détention secrets, privées de contact avec des avocats, leur famille et les tribunaux, et souvent torturées ou mal traitées.

Le gouvernement pakistanais a commencé à avoir recours aux disparitions forcées de manière généralisée en 2001, après s’être joint à la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis. Les opposants politiques du gouvernement en ont également été victimes, notamment les membres des groupes nationalistes sindhis et baloutches revendiquant une plus grande autonomie.

Au Baloutchistan, une province du sud-ouest du Pakistan, la situation des droits humains est particulièrement dramatique. Des détentions arbitraires, des enlèvements, des disparitions forcées, des tortures et des exécutions extrajudiciaires y ont lieu dans un climat de totale impunité. Une centaine de militants, d'enseignants, de journalistes et d'avocats baloutches ont été victimes de disparitions forcées puis exécutés de façon extrajudiciaire au cours d'opérations consistant à tuer et à se débarrasser du corps des victimes, entre juillet 2010 et février 2011. Leurs corps criblés de balles, et présentant dans la plupart des cas des traces de torture, ont été retrouvés dans toute la province du Baloutchistan. Auparavant, il était rare de retrouver les dépouilles des personnes disparues.

Les affrontements qui opposent les groupes baloutches à l’État sont marqués par des atteintes aux droits humains commises par les deux parties.

Amnesty International estime que la sécurité au Pakistan ne peut être dissociée du plein respect des droits humains et de l'état de droit, et que toute stratégie de lutte contre le terrorisme doit intégrer cette condition.

Dans son rapport de 2008, Amnesty International a soumis aux autorités pakistanaises des éléments de preuve montrant que les agents du gouvernement faisaient obstacle aux recherches des personnes disparues. Les preuves comprenaient des enregistrements des tribunaux ainsi que des déclarations sous serment concernant les victimes et les témoins de disparitions forcées. Les agents du gouvernement ont notamment nié l’arrestation de ces personnes, affirmé ignorer leur sort et leur lieu de détention, refusé d’exécuter des décisions de justice, dissimulé l’identité des autorités qui détenaient les disparus, par exemple en les transférant dans d’autres centres de détention secrets ou en les menaçant de leur faire du mal ou de les soumettre à une nouvelle disparition et en formulant des accusations mensongères pour donner un vernis de légalité aux disparitions forcées.

En plaçant les gens en détention secrète, le gouvernement pakistanais a bafoué les droits de ces personnes, mais aussi manqué à son devoir consistant à traduire en justice les individus soupçonnés d'être impliqués dans des attaques visant des civils. Lorsque des personnes sont soupçonnées d'avoir participé à la planification ou à la réalisation de telles attaques, elles doivent faire l'objet d'une enquête, être inculpées, subir un procès équitable et, si elles sont déclarées coupables, être sanctionnées conformément aux normes internationales applicables.

Pour en savoir plus :

‘As if Hell Fell on Me’: The Human Rights Crisis in Northwest Pakistan (juin 2010)
Denying the Undeniable: Enforced Disappearances in Pakistan (juillet 2008)
Pakistan: Working to stop human rights violations in the "war on terror" (décembre 2006)
Pakistan: Human Rights Ignored in the “war on terror” (septembre 2006)