Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

19 décembre 2012

Cambodge. Il faut libérer deux femmes luttant contre les expulsions forcées

Deux défenseures des droits humains risquant de lourdes peines de prison au Cambodge sur la base d'accusations forgées de toutes pièces doivent être immédiatement remises en liberté.

Le procès de Yorm Bopha et Tim Sakmony doit s'ouvrir devant le tribunal municipal de Phnom Penh mercredi 26 décembre. Elles encourent entre six mois et cinq ans d'emprisonnement. Yorm Bopha est accusée d'avoir agressé un voleur présumé, et Tim Sakmony d'avoir fait une « fausse déclaration » afin d'obtenir un logement pour son fils handicapé.

Les deux femmes ont été appréhendées début septembre 2012 et se trouvent en détention provisoire depuis lors. Les autorités semblent avoir retenu contre elles des charges dénuées de fondement afin de les sanctionner pour leur combat non violent en faveur des droits fonciers et du droit au logement.

« Les autorités cambodgiennes essaient de réduire au silence deux militantes qui ont défendu avec courage les droits fondamentaux de leur communauté », a expliqué Janice Beanland, spécialiste du Cambodge à Amnesty International.

« Nous considérons que ces deux femmes sont des prisonnières d'opinion et doivent par conséquent être libérées immédiatement et sans condition. »

Connues pour leur franc-parler, elles se sont toutes deux mobilisées de manière pacifique contre l'expulsion forcée de personnes de leur connaissance.

Tim Sakmony est l'une des représentantes de 106 familles vivant actuellement dans des conditions sordides à côté du quartier détruit de Borei Keila, dans le centre de Phnom Penh.

Plus de 300 personnes ont été forcées à quitter la zone en janvier 2012. Ces familles réclament les logements qui leur ont été promis par Phanimex, l'entreprise développant le site – engagement qu'elle affirme désormais ne pas pouvoir pleinement honorer.

Yorm Bopha a joué un rôle de premier plan dans le cadre de l'action en faveur de la libération de 13 militantes du lac Boeung Kak, qui avaient été condamnées à des peines de deux ans et demi d'emprisonnement en mai 2012 au seul motif qu'elles avaient participé à une manifestation pourtant pacifique.

Les familles résidant à proximité du lac Boeung Kak se battent contre les expulsions forcées depuis 2007 ; cette année-là, le gouvernement a loué les terrains sur lesquels elles résidaient à une entreprise, Shukaku Inc, afin qu'ils soient aménagés.

Ces affaires illustrent la détérioration inquiétante des droits humains au Cambodge, qui s'est intensifiée en 2012.

« Le procès de ces femmes vient conclure une année très dure sur le plan des droits humains au Cambodge, marquée par la répression sévère de la liberté d'expression, des litiges fonciers de grande ampleur et des expulsions forcées », a précisé Janice Beanland.

« L'acquittement et la libération de Yorm Bopha et Tim Sakmony permettrait au moins de finir l'année sur une note positive. »

Index AI : PRE01/626/2012
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