Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

25 juillet 2013

Malaisie. Il faut en finir avec l’augmentation alarmante du nombre de morts en détention

Les autorités malaisiennes doivent prendre des mesures immédiates afin de mettre un terme à la multiplication alarmante des décès survenant en détention, certains à la suite d’actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements, ont déclaré Amnesty International et La Voix du peuple malaisien (Suaram), groupe malaisien de défense des droits humains, dans une lettre ouverte, jeudi 25 juillet.

Il a été établi que 12 personnes ont perdu la vie depuis janvier 2013 alors qu’elles se trouvaient sous la responsabilité de la police, contre neuf pour l’année 2012 toute entière.

« Le nombre croissant de morts en détention est choquant, et envoie un message effrayant à toutes les personnes susceptibles d’être arrêtées par la police. Ces chiffres attirent l’attention sur l’absence de mécanismes permettant de prévenir de tels décès et d’effectuer un suivi de ces cas », a expliqué Hazel Galang, spécialiste de la Malaisie à Amnesty International.

« Il faut que les autorités malaisiennes consacrent du temps et des ressources à la résolution immédiate de ce problème. Elles doivent veiller à ce que des garanties soient en place afin que la police ne puisse pas simplement continuer à commettre des abus, notamment des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, en toute impunité. »

D’après le Parlement malaisien, plus de 230 morts en détention ont été enregistrées depuis 2000.

Tout récemment, le 16 juillet 2013, Chew Siang Giap, 26 ans, est mort peu après que des policiers l’aient conduit au centre de réinsertion de Batu Gajah, dans l’État de Perak (ouest de la Malaisie). Le père de la victime a affirmé que le corps du jeune homme était couvert d’hématomes, mais sa requête en faveur de l’ouverture d’une enquête a été ignorée par les autorités.

Dans un autre cas, P Karuna Nithi est décédé en garde à vue dans l’État de Negeri Sembilan le 1er juin 2013. La police locale a nié l’existence de tout acte criminel, mais un rapport d’autopsie indique que 49 blessures lui avaient été infligées. Des membres de sa famille ont affirmé qu’il portait des traces de coups et que l’arrière de sa tête était en sang.

La police bénéficie d’une impunité quasi-totale dans ces cas. Sur les 12 morts en détention enregistrées cette année, seuls trois policiers ont été inculpés, tous en relation avec un seul cas, et seulement après un tollé public et des pressions de la part de groupes de défense des droits humains.

Les autorités malaisiennes ont pris quelques mesures limitées afin de lutter contre l’augmentation du nombre de décès en détention. Le gouvernement a annoncé en juin 2013 son intention de créer des cellules de garde à vue centralisées dans les capitales des États, ainsi que des tribunaux permanents du coroner (officier de justice chargé de faire une enquête en cas de mort violente, subite ou suspecte). Amnesty International et SUARAM pensent que ces initiatives sont positives, mais qu’elles ne vont pas suffisamment loin.

De même, la Commission de déontologie des services chargés de l’application des lois, organe établi en 2009 afin de traiter les plaintes du public contre des services gouvernementaux dont la police, manque de moyens et s’avère presque totalement inefficace dans les affaires de mort en détention.

« Les policiers évoluent dans un environnement leur permettant de perpétrer des violations des droits humains sans être inquiétés. Il n’existe toujours aucun vrai mécanisme indépendant obligeant la police à rendre des comptes, malgré les nombreuses requêtes en ce sens formulées au fil des années par les groupes de défense des droits humains, entre autres. Les autorités doivent en créer un immédiatement », a ajouté Hazel Galang.

Les violences policières s’exercent également en dehors des gardes à vue. Amnesty International reçoit très régulièrement des informations fiables selon lesquelles la police recourt à une force injustifiée, excessive et parfois meurtrière dans le cadre des arrestations.

Le 14 janvier 2013, Sugumar Chelladuray, frappé par des policiers au moment de son arrestation, est mort peu après, les menottes encore aux poignets. Sa famille refuse de croire qu’il est décédé d’un arrêt cardiaque – la version officielle – mais les démarches qu’elle a entreprises pour qu’une seconde autopsie indépendante soit effectuée ont été bloquées par les autorités. Aucune enquête n’a été ouverte sur son cas, bien que le procureur général en ait fait la demande peu après sa mort.

« Les cas de violences policières les plus récents devraient servir de sonnette d’alarme aux autorités. Il est temps d’accélérer le processus de réforme de la police, et de faire en sorte que toutes les affaires de violences policières donnent lieu à des enquêtes approfondies et impartiales, et que les victimes obtiennent justice et réparations », a conclu Hazel Galang.

Index AI : PRE01/368/2013
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