Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

26 juin 2013

Une enquête plus poussée sur les activités de Shell au Nigeria est nécessaire après l'arrestation de sous-traitants

Un grave incendie qui a forcé Shell à fermer son oléoduc Trans-Niger dans le sud du Nigeria pose de sérieuses questions sur les modalités d’action du géant du pétrole, ont déclaré Amnesty International et une organisation nigériane, la National Coalition on Gas Flaring and Oil Spills (NACGOND).

Les organisations ont demandé qu’une enquête indépendante soit menée sur les événements qui ont entraîné l’incendie survenu à Bodo, dans l’État de Rivers, région déjà ravagée par des années de pollution pétrolière.

Les services de sécurité nigérians ont arrêté huit sous-traitants de Shell dans le contexte de l’incendie qui a éclaté le 19 juin à la suite d’une fuite de pétrole sur une section de l’oléoduc proche de Bodo que des sous-traitants de Shell étaient en train de réparer.

La société Shell doit commencer cette semaine (du 24 au 30 juin) à enquêter sur la cause de l’incendie.

Selon Shell, il serait dû à des vols de pétrole. Cependant, des habitants de ce secteur ont indiqué à la NACGOND que, dans la période qui a précédé immédiatement l’incendie, les forces de sécurité nigérianes ont empêché quiconque, à l’exception des sous-traitants de Shell, de se rendre à proximité de la zone touchée par le déversement. Depuis la rive, des gens ont vu que l’on chargeait du pétrole dans des barges qui quittaient ensuite le site.

« Shell est apparemment plus préoccupée par la conduite d’une opération de relations publiques que par le nettoyage de la pollution. Cette entreprise devrait moins se concentrer sur sa réputation et s’efforcer plutôt de remédier aux dégâts dont les habitants de Bodo subissent les conséquences », a déclaré Audrey Gaughran, directrice du programme Thématiques mondiales d’Amnesty International.

Selon Tracy Adole, de NACGOND, « L’enquête menée par Shell sur la cause de l’incendie n’est pas suffisante. Il est nécessaire d’enquêter de façon transparente et indépendante sur ce qui s’est passé à Bodo au cours des quelques journées qui ont précédé l’incendie et sur le rôle et la compétence des sous-traitants de Shell. Il subsiste des questions sérieuses, qui n’ont pas reçu de réponse, sur les personnes qui se sont vu confier par Shell la réparation à haut risque de l’oléoduc, et sur le degré de surveillance exercée par cette société. »

L’incendie a éclaté à la suite d’une fuite de pétrole, le 11 juin, dans une zone où les sous-traitants de Shell effectuaient des travaux d’entretien et des réparations. Des membres des forces de sécurité gardaient la zone et devaient manifestement empêcher tout accès non autorisé. Des personnes vivant à proximité ont essayé de pénétrer sur le site pour mesurer l’importance de la fuite de pétrole, mais elles ont dû rebrousser chemin.

Selon des témoins oculaires, les sous-traitants de Shell auraient chargé du pétrole sur des barges au cours des jours qui ont suivi la fuite.

« Lorsqu’on connaît les faits, on a du mal à croire que quiconque, en dehors des sous-traitants de Shell, aurait pu se trouver à proximité dans les journées qui ont précédé l’incendie, a souligné Tracy Adole. Shell s’est hâté d’imputer aux vols de pétrole la pollution et l’incendie récents de Bodo, mais la société n’a pas encore pleinement répondu des actes de ses propres sous-traitants. »

Au cours des dix dernières années, Shell a affirmé que la majeure partie des déversements d’hydrocarbures survenus dans le delta du Niger était due aux vols de pétrole et au sabotage des oléoducs. Shell fonde ces imputations sur un système qui comporte des données faisant l’objet d’une contestation publique et s’appuie presque exclusivement sur des informations fournies par la compagnie pétrolière elle-même.

Les cas supposés de vol et de sabotage n’ont été vérifiés par aucune instance indépendante.

Dans la semaine du 17 au 23 juin, le NCP, organisme néerlandais qui assure la surveillance des entreprises, a estimé que les déclarations de Shell selon lesquelles les actes de sabotage seraient responsables de la plupart des fuites et déversements d’hydrocarbures au Nigeria se fondaient sur des éléments de preuve controversés et des enquêtes déficientes.

Complément d’information

En 2008, deux déversements d’hydrocarbures importants ont eu lieu à Bodo, dans le delta du Niger. Des fautes d’exploitation commises par Shell étaient à l’origine de ces fuites. Malgré la terrible dégradation de l’environnement qui en a résulté, Shell n’a jamais nettoyé la zone polluée. Les habitants se sont maintenant tournés vers les tribunaux du Royaume-Uni pour obtenir une indemnisation et un nettoyage.

En 2011, une importante étude scientifique conduite par le Programme des Nations unies pour l’environnement a indiqué que de graves problèmes entachaient les mesures prises par Shell face aux fuites de pétrole. La même étude notait que les régulateurs nigérians étaient à la merci des compagnies pétrolières quand il s’agissait de visiter les sites pour enquêter sur les fuites.
 
 

Index AI : PRE01/312/2013
Région ou pays Afrique
Pays Nigeria
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