Document - Angola: Des civils non armés pris dans l'engrenage de la violence
AMNESTY INTERNATIONAL
BULLETIN D'INFORMATIONS 245/98
ANGOLA
Des civils non armés pris dans l’engrenage de la violence
Index AI : AFR 12/09/98
À l’heure où, selon les informations reçues, les combats s’intensifient en Angola et où il est à craindre que ne soient perpétrées, sur une grande échelle, des atteintes aux droits humains, Amnesty International exhorte le gouvernement et l’União Nacional para a Independência Total de Angola (UNITA, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) à interdire les homicides délibérés et arbitraires de civils non armés et à empêcher les homicides commis sans discrimination.
« Tous les combattants doivent être informés que les homicides et les actes de torture commis à l’encontre de prisonniers sont des crimes de guerre dont ils devraient avoir à répondre, a déclaré Amnesty International. Aux termes du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, les belligérants ont l’obligation de protéger la vie et la sécurité de l’ensemble des non-combattants. »
Peu d’éléments sont disponibles sur la situation des civils vivant dans les zones de conflit, mais plusieurs informations non confirmées ont fait état de violations des droits humains. Par le passé, tant l’UNITA que les forces gouvernementales se sont rendues responsables d’atteintes aux droits humains. Aussi y a-t-il tout lieu de craindre que de telles atteintes ne se soient multipliées avec l’intensification des combats.
Le 14 décembre 1998, l’UNITA aurait investi la ville de Kuito et attaqué l’aéroport à l’artillerie lourde, mettant en danger la vie des civils non armés, dont de nombreux enfants, qui s’y pressent dans l’attente d’une évacuation.
Dans le courant du mois, les hostilités larvées ont fait place à de violents combats. Les forces aériennes gouvernementales ont attaqué un bastion de l’UNITA, Andulo, après l’évacuation de membres du personnel des Nations unies qui y avaient été retenus pendant plus de quatre semaines. L’UNITA aurait également occupé une série de villes situées au nord et à l’est de Kuito : Cunhinga, Chipeta, Catabola et Canacupa. Les unités gouvernementales ont, de leur côté, lancé une offensive contre Bailundo, base militaire de l’UNITA, et les troupes de l’UNITA ont commencé à attaquer Huambo, au sud de Bailundo. Des troupes de l’UNITA ont également investi Uige, dans le nord de l’Angola, où le gouvernement aurait distribué des armes aux civils.
Ces opérations militaires donnent lieu à de nouveaux déplacements de populations. Des civils ont fui vers les centres-villes d’Uige et de Huambo. Quelque 90 000 personnes des alentours de Chinguar, village situé entre Kuito et Huambo, se seraient réfugiés à Kuito.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Par le passé, lors d’épisodes de tension ou d’attaques armées, les atteintes aux droits humains ont été légion en Angola. Les belligérants ont torturé des prisonniers pour leur extorquer des renseignements et tué de manière délibérée et arbitraire des personnes soupçonnées de soutenir le camp adverse. Des policiers, des civils et des soldats des deux camps ont lancé des raids dans des villages, faisant feu sans discrimination et incendiant les maisons, provoquant la fuite de communautés entières.
« Les actes de torture et les homicides commis à l’encontre de prisonniers sont des crimes de guerre, et les officiers exerçant un commandement ont le devoir de veiller à ce que leurs subordonnés respectent les lois de la guerre », a précisé Amnesty International.
L’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève, qui ont force obligatoire pour les deux parties au conflit, interdit les meurtres et les actes de torture à l’encontre de civils. Les Conventions de Genève prohibent également les attaques aveugles contre des civils. Le Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole II), auquel le gouvernement a adhéré en 1984, dispose que « ni la population civile en tant que telle ni les personnes civiles ne devront être l’objet d’attaques » et interdit « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile. »
Au cours de l’année 1998, les combats ont repris, malgré les accords de paix. Signés en 1991, ceux-ci avaient été rompus une première fois dès l’année suivante, l’UNITA ayant contesté les résultats des élections de septembre 1992. Un nouvel accord de paix a été conclu en 1994, mais l’UNITA a conservé un arsenal militaire considérable et a refusé de céder au gouvernement le contrôle des territoires qu’elle occupait. En septembre 1998, le gouvernement a perdu patience et a refusé de négocier plus avant avec le dirigeant de l’UNITA, Jonas Savimbi. Le gouvernement, qui est impliqué militairement dans le conflit en République démocratique du Congo, a rappelé certaines de ses troupes. L’UNITA a également reçu du matériel militaire, au mépris des sanctions de l’ONU qui interdisent la fourniture d’armes à ce groupe. l
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La version originale a été publiée par Amnesty International, Secretariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée par les Éditions francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
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