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Document - République centrafricaine. Dans le nord en proie à la violence, la guerre n'épargne pas les enfants
Document - République centrafricaine. Dans le nord en proie à la violence, la guerre n'épargne pas les enfants
CENTRAL AFRICAN REPUBLIC RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE. Dans le nord en proie à la violence, la guerre n'épargne pas les enfants
RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
Dans le nord en proie à la violence,
la guerre n'épargne pas les enfants
AMNESTY INTERNATIONAL
Document public
Index AI : AFR 19/006/2007
ÉFAI
Novembre 2007
«À son retour à la maison, elle avait perdu du poids et était devenue très timide.»
Ousmane Bi Yunusa,
père d'une fillette de neuf ans enlevée par des bandits armés
et rendue à sa famille après le versement d'une rançon.
Les enfants sont en danger dans le nord de la République centrafricaine. Alors qu'un conflit armé ravage cette région, des bandits armés, appelés
zaraguinas
ou coupeurs de route, pratiquent les enlèvements d'enfants. Ces enlèvements visent dans la plupart des cas le groupe ethnique des Mbororos (Peulhs), éleveurs nomades qui vivent dans plusieurs pays d'Afrique centrale et de l'Ouest. De nombreux réfugiés mbororos de République centrafricaine se trouvent actuellement dans des camps du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dans le sud du Tchad. La plupart ont fui en raison du conflit qui sévit dans le nord de la République centrafricaine et de la pratique largement répandue consistant à enlever des enfants contre rançon.
«La dernière fois, Karim a été kidnappé avec 50 autres enfants de mon village
[Bata, près de Bozoum],
et chaque parent a dû verser une somme d'argent énorme pour que les
zaraguinas
libèrent son enfant.»
Buba Djafun, père de Karim Buba.
Les enfants sont généralement enlevés alors qu'ils gardent le bétail de la famille dans la brousse, à proximité des villages. Il arrive aussi qu'ils soient capturés chez eux, dans les villages. L'enfant est relâché une fois que ses parents ou des proches ont versé une lourde rançon, dépense qui laisse souvent les familles dans le dénuement.
Certains enfants auraient été tués par les bandits parce que leur famille n'avait pas payé la rançon exigée. Ibrahim Garga, sept ans, a été abattu car sa famille ne s'était pas acquittée de la totalité de sa rançon, fixée à 6 millions de francs CFA (plus de 9000 euros). Après avoir versé environ 3 millions de francs CFA (4500 euros), son père n'a pas pu réunir le reste de la somme. Les bandits ont alors supprimé Ibrahim.
Le gouvernement et la communauté internationale n'ont pratiquement pas pris de mesure pour empêcher ces enlèvements ou protéger les enfants. Cette inaction a engendré une situation dans laquelle les droits des enfants à la vie, à la santé, à la sécurité de leur personne et à la dignité sont couramment bafoués en toute impunité.
L'enlèvement des enfants mbororos
Il semble que la plupart des victimes d'enlèvement appartiennent au groupe ethnique des Mbororos. Ces enfants sont régulièrement pris pour cibles par les
zaraguinas
, car leurs parents ou leurs proches ont du bétail qu'ils peuvent vendre lorsqu'ils se voient contraints de verser des rançons. Les bandits enlèvent de jeunes enfants, faciles à surveiller et peu tentés de s'échapper. Il s'agit le plus souvent de garçons, traditionnellement chargés de garder le bétail de la famille.
«Les
zaraguinas
connaissent
[généralement]
la famille des enfants kidnappés. Ils s'en prennent aux familles qui sont en mesure de payer.»
Damsi Ibrahim, père d'un enfant enlevé puis rendu à sa famille
Les fillettes prises pour cibles par les
zaraguinas
Parmi les enfants enlevés, il y a aussi des fillettes. Bien souvent, elles sont capturées dans leurs maisons ou dans la brousse alors qu'elles gardent le bétail (lorsqu'il n'y a pas de garçon dans la famille ou que les garçons sont très jeunes, ce sont elles qui en sont chargées).
Enlevée en mai 2005, Fatimatou Adamou, seize ans, a été libérée lorsque son père a versé une rançon de 500000 francs CFA (760 euros). Deux sœurs, Amina Bi Yunusa, neuf ans, et Fatimatou Bi Yunusa, cinq ans, ont été kidnappées en octobre 2006 et janvier 2007 respectivement. Leur père ayant versé au total 430000 francs CFA (650 euros), elles ont été rendues à leur famille. Ali Bouba, dix ans, a été kidnappé plusieurs fois en 2004, 2005 et 2006 ; sa famille a payé au moins 2 millions de francs CFA (3000 euros) de rançon.
Par ailleurs, des jeunes filles sont victimes de viols lors d'attaques menées contre leurs villages par des hommes armés. En mai 2006, une jeune fille de treize ans et au moins deux autres ont été violées lors d'un raid sur le village de Bemaide, près de Bekoto.
Certaines femmes et fillettes passent de longues périodes en captivité. Enlevée en février 2007, Ndewa Biba, vingt-quatre ans, était toujours aux mains des
zaraguinas
en mai. On ignore quel sort lui a été réservé depuis.
D'après la plupart des parents de filles enlevées, celles-ci ne sont ni violées ni soumises à d'autres formes de violence sexuelle par les
zaraguinas
. Toutefois, les familles craignent peut-être l'opprobre qui pourrait les atteindre si elles signalaient des viols.
Des rançons qui conduisent les familles au dénuement
Les enlèvements répétés et le versement de fortes rançons, sur fond de conflit armé et d'insécurité généralisée, ont forcé des milliers de familles à fuir vers le sud du Tchad, où elles vivent dans des camps de réfugiés. Celles qui ne parviennent pas à franchir la frontière vivent dans la brousse, dans des conditions précaires.
Certains enfants ont été enlevés plus de dix fois et, chaque fois, leur famille a réuni la rançon en vendant son bétail, se privant ainsi de sa principale source de revenus. Djafun Buba a ainsi versé 5 millions de francs CFA (7600 euros) de rançon pour ses enfants enlevés à plusieurs reprises entre 2005 et début 2007. Sa famille vit désormais dans un camp de réfugiés dans le sud du Tchad.
Le gouvernement centrafricain ne protège pas la population
En ne réagissant pas à ces actes, le gouvernement de la République centrafricaine manque à son devoir de protection envers les citoyens de ce pays. Même lorsqu'elles sont averties des attaques des
zaraguinas
, les forces de sécurité gouvernementales présentes dans le secteur refusent souvent d'intervenir, laissant les familles sans protection.
Lorsque Loussoufa, neuf ans, a été enlevée en 2006 pendant trente-cinq jours, son père Adamou Bi Babayo a prévenu les soldats de la base militaire voisine de Paoua, mais ils ont refusé d'intervenir. Il a dû payer une rançon de 1 million de francs CFA (1500 euros) pour faire libérer sa fille.
Les obligations de la République centrafricaine quant à la protection des citoyens
Faisant fi de ses obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits humains, le gouvernement centrafricain se montre incapable de protéger la population de ce pays. Même dans une situation de conflit armé, il a le devoir de protéger tous ceux qui se trouvent en République centrafricaine. De même, il incombe à toutes les parties à un conflit armé de prendre toutes les mesures envisageables afin d'assurer la protection des civils.
Devoir de protection : le rôle de la communauté internationale
«
[L]
e
droit de l'enfant d'être protégé lorsqu'un conflit menace est l'un de ces droits essentiels, et cette protection exige que ces droits soient respectés et protégés par le droit humanitaire international et les normes internationales relatives aux droits de l'homme.»
Impact des conflits armés sur les enfants,
paragraphe 204, note du secrétaire général des Nations unies, 26 août 1996.
Au lendemain de l'adoption de la résolution 1778 (2007) du Conseil de sécurité des Nations unies, qui approuvait le déploiement d'une présence multidimensionnelle au Tchad et en République centrafricaine, l'Union européenne (UE) a décidé le 15 octobre 2007 de mener une opération militaire dans l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine. Cette résolution autorise la protection des réfugiés, des personnes déplacées et de toutes les populations civiles en danger.
Il est primordial que cette présence internationale se déploie rapidement et efficacement dans le nord de la République centrafricaine afin de protéger les civils.
En outre, le Conseil de sécurité a réaffirmé dans sa résolution 1674 (2006) la responsabilité qui incombe à la communauté internationale, par l'intermédiaire des Nations unies, de contribuer à protéger la population contre les graves atteintes aux droits humains.
IL FAUT AGIR VITE
Veuillez écrire aux autorités centrafricaines pour leur demander :
- de déployer des forces de sécurité dans le nord du pays en leur donnant clairement la consigne de protéger les civils et particulièrement les enfants ;
- de coopérer efficacement à la mise en place et au déploiement de la mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) et de l'opération militaire intérimaire de l'UE dans l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine (EUFOR Tchad/RCA), conformément à leur mandat, et de veiller à leur déploiement dans les meilleurs délais dans tout le nord de la République centrafricaine ;
- de créer un contexte permettant aux enfants déplacés de jouir de leurs droits fondamentaux ;
- d'enquêter chaque fois que des enlèvements d'enfants sont signalés et de traduire les responsables présumés en justice ;
- d'enquêter sur les membres des forces gouvernementales centrafricaines ayant refusé d'intervenir afin de sauver les enfants kidnappés et de les déférer à la justice.
Adressez vos appels à :
Son Excellence M. François Bozizé
Président de la République
Palais de la Renaissance
Bangui
République Centrafricaine
Fax : +236 05 56 20
Formule d'appel : Votre Excellence
Veuillez écrire au Conseil de sécurité des Nations unies pour lui demander :
- de commencer dans les meilleurs délais le déploiement de la MINURCAT et de lui allouer des ressources lui permettant d'utiliser tous les moyens nécessaires, dans le plein respect du droit international humanitaire et relatif aux droits humains, afin de protéger les enfants et tous les civils en danger dans tout le nord de la République centrafricaine ;
- de veiller à ce que l'opération multidimensionnelle prenne en considération la situation des enfants et contribue à prévenir les enlèvements et les autres violences dont ils sont victimes.
En novembre 2007, veuillez adresser vos appels à :
Ambassadeur Dr R.M. Marty M. Natalegawa
Fax : +1 212 972 9780
Courriel :
ptri@indonesiamission-ny.org
Formule d'appel : Votre Excellence
En décembre 2007, veuillez adresser vos appels à :
Ambassadeur Marcello Spatafora
Fax : +1 212 486 1036
Courriel :
info.italyun@esteri.it
Formule d'appel : Votre Excellence
Si vous envoyez vos appels après fin décembre 2007, veuillez consulter le site Internet du Conseil de sécurité de l'ONU :
http://www.un.org/french/docs/cs/
Veuillez écrire à l'UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance) pour lui demander :
- d'élaborer et de mettre en œuvre, en collaboration avec le gouvernement centrafricain et les organisations de la société civile, un plan d'action détaillé visant à protéger les enfants des enlèvements et d'autres formes de violence ;
- de renforcer la présence d'experts de la protection infantile dans le nord de la République centrafricaine et de mettre au point des mécanismes locaux et régionaux destinés à prévenir les enlèvements d'enfants et à assurer leur protection ;
- de prendre des mesures visant à permettre aux enfants victimes d'enlèvement de bénéficier de soins médicaux, notamment d'une aide psychologique, et de faire en sorte que les enfants déplacés à l'intérieur de la République centrafricaine et les enfants réfugiés jouissent de leurs droits fondamentaux.
Adressez vos appels à :
Ann M. Veneman
Directrice générale
Fax : +1 212 887 7465
Courriel :
information@unicefusa.org
Formule d'appel : Madame la Directrice générale
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dans d'autres instruments internationaux relatifs aux droits humains
.
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Rapport 2008 d'Amnesty International
La situation des droits humains dans le monde
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