Rapport 2012
La situation des droits humains dans le monde

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AMNESTY INTERNATIONAL

BULLETIN D'INFORMATIONS 74/95



ÉTHIOPIE.

Le gouvernement doit aussi s'attaquer aux violations des droits de l'homme commises à l'heure actuelle

Index AI: AFR 25/08/95




Le gouvernement éthiopien a reçu des éloges parce qu'il traduit en justice les responsables de l'ancien gouvernement accusés de violations des droits de l'homme. Toutefois, à quoi sert cette mesure s'il ne met pas fin aux violations perpétrées par ses propres forces ?


« Le gouvernement devrait reconnaître publiquement que des atteintes aux droits de l'homme continuent d'être commises et tenter d'y mettre un terme, a déclaré Amnesty International. Les procès en cours font clairement savoir aux auteurs de violations des droits fondamentaux qu'ils ne peuvent se soustraire à la justice ; ce message doit également être transmis aux forces qui commettent des violations à l'heure actuelle. »


L'organisation de défense des droits de l'homme exhorte le gouvernement de transition – ainsi que le nouveau gouverne-ment qui sera formé à l'issue des élections du mois prochain – à agir avec fermeté pour mettre un terme aux violations et prévenir celles qui pourraient être commises à l'avenir.


Elle prie instamment tous les partis participant à la campagne électorale – bien que les élections du 7 mai prochain risquent fort d'être boycottées par l'opposition – de soutenir ses recommandations afin que soient mises en œuvre des garanties visant à empêcher de nouvelles atteintes aux droits fondamentaux. Elle demande également aux observateurs du scrutin de vérifier que les droits de l'homme sont respectés et, le cas échéant, de signaler les violations et d'exercer des pressions pour y remédier dans les meilleurs délais.


Amnesty International lance cet appel alors qu'elle publie aujourd'hui (mardi 18 avril 1995) un document sur la situation des droits de l'homme en Éthiopie depuis l'accession au pouvoir, en 1991, du gouvernement de transition dirigé par Meles Zenawi.


Ce document retrace les premières étapes du procès de plusieurs membres de l'ancien gouvernement militaire (le Dergue), qui avait renversé l'empereur Hailé Sélassié en 1974. Quarante-huit personnes sont jugées pour génocide et crimes contre l'humanité ; elles encourent la peine de mort. L'ex-président Mengistu Hailé-Mariam, déposé en 1991 et vivant en exil au Zimbabwe, est jugé par contumace.


Plus de 1 700 autres détenus, dont la plupart sont incarcérés depuis 1991, n'ont pas encore été inculpés, et les procès pourraient s'étaler sur des années. Amnesty International est préoccupée par l'équité de ces procès et par le fait que la peine capitale ne devrait pas être prononcée, étant donné qu'elle constitue elle-même une violation des droits de l'homme.


Le document publié par l'Organisation met également en lumière les violations commises sous le gouvernement de transition. Des milliers d'opposants ont ainsi été détenus sans inculpation ni jugement entre 1992 et 1994, le plus souvent dans le cadre du conflit opposant le gouvernement et le Front de libération oromo (FLO). Un grand nombre d'entre eux ont été libérés, mais plusieurs centaines sont toujours détenus pour des motifs politiques.


Certaines de ces personnes, parmi lesquelles figurent des journalistes et des membres de partis d'opposition non violents, sont des prisonniers d'opinion incarcérés uniquement pour avoir exprimé leurs opinions politiques. Les prisonniers poliques sont le plus souvent traduits en justice à présent, mais Amnesty International s'inquiète de ce que certains procès ne sont pas conformes aux normes internationales en matière d'équité.


Des dizaines d'opposants ont "disparu", certains se trouvant selon toute vraisemblance dans des centres de détention secrets. Des détenus soupçonnés d'appartenir à des groupes d'opposition ont déclaré à l'Organisation qu'ils avaient été torturés.


Par ailleurs, un certain nombre de civils sans défense ont été abattus par les forces de sécurité, et des exactions ont été perpétrées par certains groupes armés d'opposition.


En février 1995, une délégation d'Amnesty International s'est rendue en Éthiopie pour discuter de ces préoccupations avec les autorités. Des responsables éthiopiens ont rejeté un grand nombre des critiques formulées par l'Organisation et ont déclaré que ses conclusions étaient influencées par des considérations politiques. Selon eux, les témoignages de torture et les cas de "disparition" étaient « la plupart du temps fabriqués de toutes pièces ».


« Nous avons écouté leurs réponses et réexaminé les éléments d'information en notre possession. Toutefois, nous rejetons les accusations de partialité et demeurons convaincus que des violations des droits de l'homme sont toujours commises en Éthiopie, a déclaré Amnesty International. Les graves sujets de préoccupation que nous signalons dans ce rapport doivent être examinés en toute objectivité. »


L'Organisation recommande notamment que des enquêtes impartiales soient ouvertes sur les cas présumés de "disparition", de torture et d'assassinats politiques imputables aux forces de sécurité éthiopiennes l



La version originale a été publiée par Amnesty International, Secretariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée par les Éditions francophones d'Amnesty International - ÉFAI -


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