Document - Soudan: L'Attaque de Bir Kedouas (Web Text)
AFR 54/068/2006
ÉFAI
L’ATTAQUE DE BIR KEDOUAS
« Aux environs de 10 heures, la population était au village quand les Janjawids sont arrivés. Ils étaient plus de 300 et formaient trois colonnes qui se dirigeaient dans des directions différentes. Ils poussaient des youyous, ils criaient « nous sommes venus pour tuer les esclaves noirs ».
AA – Un habitant de Bir Kedouas
Entre septembre 2005 et juin 2006, les milices janjawids du Soudan ont lancé des attaques contre des tribus spécifiques de l’est du Tchad. Ces attaques se ressemblaient : les milices lançaient d’abord un raid sur le village afin de voler le bétail. Ensuite, elles commençaient à attaquer directement le village, ou le groupe de villages, jusqu’à ce que la plupart des habitants aient été tués ou aient pris la fuite. Les villages finissaient par être entièrement pillés. Souvent, les Janjawids profitaient d’une offensive menée par un groupe armé tchadien contre des cibles situées au Tchad. De la sorte, ils avaient l’assurance que les forces tchadiennes ne feraient rien contre eux.
Cette zone est située dans le Dar Masalit, la terre de l'ethnie masalit. La plupart des membres de cette ethnie vivent de l'autre côté de la frontière, au Soudan. Le 16 décembre 2005, les Janjawids ont attaqué un groupe de villages majoritairement masalits et ouaddaïs, seulement quelques heures, semble-t-il, après une offensive du Front unique pour le changement démocratique (FUCD), un groupe armé tchadien basé au Soudan, contre les villes d’Adé et de Borota, situées dans la même région.
Ils ont d’abord pris d’assaut le village le plus au nord, Nakulota, où ils auraient tué six personnes, puis celui de Bir Kedouas. Selon un mode opératoire courant, quelque 300 Janjawids vêtus de treillis des forces soudanaises, à cheval ou sur des chameaux, ont encerclé le village tandis que d’autres dérobaient le bétail.
« ils sont rentrés dans les maisons et ont poursuivi les gens qui essayaient de fuir. Je courais à côté de l’imam qui était très âgé. Il a été atteint par quatre balles qui l’ont touché au dos et à la jambe. Ils ont ensuite mis le feu au village, seules 10 maisons sur 100 ont été épargnées. Les gens se sont réfugiés dans le village de Muruske. »
AA – Un habitant de Bir Kedouas
D’autres villageois se sont enfuis vers l’ouest, alors que les Janjawids établissaient un véritable cordon autour d’eux. Certains habitants ont déclaré à Amnesty International, en juin 2006, qu’ils n’avaient pu emporter que les vêtements qu’ils portaient au moment de s’enfuir.
« Quand les Janjawids sont arrivés, j’ai pris ma fille dans mes bras pour courir, une balle m’a atteint à la jambe droite et je ne pouvais plus courir vite. C’est à ce moment que ma fille Husna a été touchée. »
Le père d’une fillette de trois ans tuée à Bir Kedouas
Les villageois racontent souvent que les Janjawids triaient le bétail en fonction de leur marquage, et ne prenaient que les animaux appartenant aux groupes qu’ils visaient. Cette sélection peut expliquer l'apparence des maisons brûlées sur les photographies prises par satellite. Bir Kedouas était un village mixte abritant les Masalits, la tribu ciblée, ainsi que des Ouaddaïs, qui se sont souvent ralliés au Janjawids et les ont aidés. Les images satellites montrent en tout état de cause des foyers complètement détruits par le feu, et d’autres maisons épargnées.
Le lendemain, les Janjawids se sont dirigés sur trois villages situés plus au sud : Birkenji, Sissi et Kateliti. Mais les habitants ont fui à leur approche et se sont échappés sans perte humaine.
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