Document - Brésil. Un enseignant indigène porté disparu au Brésil
AU 306/09, AMR 19/020/2009 – Brésil 13 novembre 2009
ACTION URGENTE
UN ENSEIGNANT INDIGÈNE PORTÉ DISPARU AU BRÉSIL
Rolindo Vera, un enseignant membre du groupe indigène guarani-kaiowá, a disparu le 30 octobre à la suite d'une violente expulsion effectuée par des hommes armés dans l'État du Mato Grosso do Sul, près de la frontière avec le Paraguay. Un autre enseignant, Genivaldo Vera, a également disparu au cours de cette opération et son corps a été retrouvé plus tard dans un cours d'eau à proximité. La vie de Rolindo Vera est en grand danger.
Le 29 octobre, environ 25 Guaranis-Kaiowás qui habitent le village de Pirajuí, près de la frontière avec le Paraguay, se sont réinstallés sur un terrain agricole qu'ils revendiquent comme ancestral près de la ville de Paranhos. Le lendemain, alors qu'ils commençaient à construire des abris, plusieurs dizaines d'hommes armés sont arrivés dans un camion et se sont mis à tirer des balles en caoutchouc. Les membres de cette communauté guarani-kaiowá, parmi lesquels figuraient des femmes et des enfants, se sont réfugiés dans une forêt voisine. Ils disent avoir vu Genivaldo Vera être emmené par les hommes armés et son cousin Rolindo Vera prendre la fuite dans la forêt.
Le 7 novembre, le corps de Genivaldo Vera(qui n'a été identifié que le 10 novembre) a été retrouvé dans un cours d'eau situé à proximité. Le rapport d'autopsie officiel n'a pas encore été rendu, mais les photos remises par la police à sa famille laissent penser qu'il a été attaché et torturé. Le crâne de Genivaldo Vera avait été rasé, son corps était couvert d'ecchymoses et il portait des traces autour des poignets. Quant à Rolindo Vera, on ignore toujours où il se trouve et sa communauté craint qu'il n'ait été enlevé et conduit au Paraguay. Celle-ci demande à la police fédérale, qui a déjà suspendu ses recherches, de les reprendre et de travailler en collaboration avec la police paraguayenne afin de les étendre de l'autre côté de la frontière.
Rolindo Vera et Genivaldo Vera, tous deux âgés d'une vingtaine d'années, enseignaient la lecture et l'écriture à Pirajuí – un village indigène extrêmement pauvre d'environ 3 000 habitants. Les terres ancestrales sur lesquelles leur communauté s'est réinstallée auraient déjà dû être examinées par les anthropologues mandatés par le gouvernement afin que ceux-ci vérifient si elles devaient lui être restituées, comme le prévoit un accord signé en 2007. Cependant, les agriculteurs de la région bloquent systématiquement les tentatives destinées à réaliser les examens nécessaires pour identifier les terrains qui doivent être restitués aux communautés indigènes.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en portugais ou dans votre propre langue) :
-
demandez instamment que la police fédérale, en collaboration avec celle du Paraguay, reprenne ses recherches et fasse tout ce qui est en son pouvoir pour retrouver Rolindo Vera ;
-
exhortez les autorités à lancer immédiatement une enquête approfondie sur la violente expulsion d'environ 25 personnes installées sur des terres agricoles près de la ville frontalière de Paranhos, ainsi que sur la mort de Genivaldo Vera à la suite de cette opération, et à traduire en justice les responsables présumés de ces actes ;
-
engagez-les à remplir les obligations que leur imposent la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et la Constitution brésilienne, en délimitant les terres qui doivent être restituées aux communautés indigènes.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 25 DÉCEMBRE 2009 À :
Ministre fédéral de la Justice :
Exmo. Sr. Tarso Genro
Esplanada dos Ministérios
Bloco "T"
70712-902 – Brasília/DF, Brésil
Fax : + 55 61 3322 6817/ 3224 3398
Formule d'appel : Exmo. Sr. Ministro, / Monsieur le Ministre,
Secrétaire spécial aux droits humains du Brésil :
Secretaria Especial de Direitos Humanos
Exmo. Secretário Especial
Sr. Paulo de Tarso Vannuchi
Esplanada dos Ministérios
Bloco
"T" - 4º andar
70064-900 – Brasília/DF, Brésil
Fax : + 55 61 3226 7980
Formule d'appel : Exmo. Sr. Secretário, / Monsieur,
Copies à :
Conselho Indigenista Missionário
(CIMI, ONG locale) :
CIMI Regional Mato Grosso do Sul
Av. Afonso Pena, 1557 Sala 208 Bl.B
79002-070 Campo Grande/MS, Brésil
Courriers électroniques : cimims@terra.com.br
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Brésil dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
ACTION URGENTE
UN ENSEIGNANT INDIGÈNE PORTÉ DISPARU AU BRÉSIL
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Le Mato Grosso do Sul comporte certaines des zones indigènes les plus petites, pauvres et densément peuplées du Brésil – des îlots de pauvreté entourés de grandes plantations de soja et de canne à sucre et d'élevages de bétail, où les conditions de vie et la situation sanitaire sont déplorables. Quelque 60 000 Guaranis-Kaiowás mènent une existence précaire, la désintégration des structures sociales ayant entraîné un niveau élevé de violence, de suicides et de malnutrition. Frustrés par la lenteur du processus de délimitation des terres, les Guaranis-Kaiowás ont commencé à se réinstaller sur leurs terres ancestrales mais ils ont fait l'objet de manœuvres d'intimidation et d'expulsions violentes.
En novembre 2007, le ministère de la Justice, le ministère public fédéral, la Fondation nationale de l'Indien (FUNAI, organisme public chargé des questions liées aux indigènes) et 23 dirigeants indigènes ont signé un accord engageant la FUNAI à identifier 36 terres ancestrales guaranis-kaiowás – notamment le terrain de tekohá Ypo'I, sur lequel la communauté de Pirajuí s'était réinstallée – d'ici au mois d'avril 2010, afin de délimiter les zones qui doivent être restituées aux communautés indigènes. Les autorités de l'État du Mato Grosso do Sul et le lobby agricole s'y sont farouchement opposés. Après la signature de cet accord, le gouverneur de l'État, André Puccinelli, a menacé de ne pas honorer cet engagement et le vice-gouverneur par intérim, Jerson Domingos, a mis le feu aux poudres en indiquant que le processus engendrerait inévitablement un conflit entre la police, les Indiens et les propriétaires terriens, ce qui donnerait lieu à un « bain de sang ». Les défenseurs des intérêts agricoles locaux se sont opposés à ce processus, exagérant dans les médias la superficie des terres qui pourraient être identifiées comme indigènes et tentant d'empêcher cette identification par la voie judiciaire. Actuellement, plus de 80 appels concernant des terres indigènes du Mato Grosso do Sul sont examinés par le tribunal fédéral régional.
Compte tenu de l'impossibilité actuelle de faire aboutir leurs revendications foncières, plusieurs communautés guaranis-kaiowás ont fini par se réinstaller sur leurs terres. Il s'en est suivi une série de violentes expulsions, souvent menées par des hommes armés. Des sociétés de sécurité douteuses, dont beaucoup jouent le rôle de milices illégales au service de propriétaires terriens ou de l'industrie agricole, sont à l'origine de nombreuses atteintes aux droits humains dans les campagnes du Brésil et restent une menace sérieuse tant pour les populations indigènes que pour les travailleurs agricoles qui revendiquent leur droit à la terre.
La Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, signée par le Brésil en 2007, et la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, à laquelle cet État est partie, énoncent le droit des peuples indigènes à disposer de leurs terres ancestrales et appellent les États à créer des mécanismes par le biais desquels ce droit peut être examiné et reconnu. La Constitution brésilienne proclame également ce droit et dispose qu'il appartient au gouvernement fédéral de procéder à la délimitation des terres concernées.
AU 306/09, AMR 19/020/2009, 13 novembre 2009
