Document - Guatémala. Meurtres de femmes - Pas de protection, pas de justice. MISE À JOUR. Faits et chiffres
AMNESTY INTERNATIONAL
Synthèse destinée aux médias
Index AI : AMR 34/025/2006 (Public)
Bulletin n° : 182
ÉFAI
18 juillet 2006
Guatémala. Meurtres de femmes - Pas de protection, pas de justice. MISE À JOUR. Faits et chiffres
Homicides perpétrés contre des femmes et des jeunes filles
Plus de 2 200 femmes et jeunes filles ont été assassinées au Guatémala depuis 2001.
(Médiateur pour les droits humains, Guatémala, 2005)
665 femmes ont été victimes d’homicides violents en 2005 ; 527 en 2004 ; 383 en 2003 ; 163 en 2002.
(Police, Guatémala, 2005)
229 femmes et jeunes filles ont été tuées au Guatémala entre le 1er janvier et le 5 mai 2006. (Police, Guatémala, 2006)
Violence contre les femmes
Entre 2002 et 2005, le nombre d’hommes victimes d’un homicide a augmenté de 45 p. cent ; pour les femmes, ce nombre a augmenté de 63 p. cent.
(Médiateur pour les droits humains, Guatémala, 2005)
Enquêtes
À la fin de l’année 2005, l’unité de la police chargée des homicides perpétrés contre la population féminine avait classé, pour manque de preuves semble-t-il, 100 des 224 affaires de femmes et de jeunes filles assassinées. Selon la police, les familles ne souhaitaient plus d’enquête ou les témoins ne voulaient plus parler par crainte de représailles.
70 p. cent des homicides perpétrés contre des femmes ou des jeunes filles au Guatémala ne font l’objet d’aucune enquête, et dans 97 p. cent des cas il n’est procédé à aucune arrestation. (Médiateur pour les droits humains, Guatémala, 2005)
Exemples de cas
Cristina Hernández - Investigations manquant de rigueur / insécurité pour les témoins
Le 27 juillet 2005, une étudiante âgée de vingt ans, Cristina Hernández, a été précipitée par quatre hommes dans une voiture grise, près de chez elle. Des voisins ont été témoins de la scène et ont immédiatement alerté son père, qui a fait le récit suivant par la suite :
« Mon fils et moi avons essayé de les poursuivre en voiture. Puis je suis allé au poste de police de San Juan et j’ai supplié les policiers de tout faire pour rattraper ce véhicule. Après avoir cherché partout pendant deux heures, je suis retourné au poste de police pour voir s’ils avaient des nouvelles ... ils ont affirmé que je n’avais fait aucun signalement et que par conséquent ils n’avaient rien fait. Ils ont ajouté qu’il était fréquent qu’une jeune fille s’enfuit avec son petit ami et qu’ils ne pouvaient donc pas entamer de recherches avant vingt-quatre heures. »
Le corps de Cristina a été retrouvé le lendemain matin. Il portait quatre impacts de balle et de nombreuses morsures. Au lieu d’être conservés aux fins d’une enquête médico-légale, les habits qu’elle portait, à l’exception d’un, ont été rendus à la famille. Lorsque les proches de Cristina ont apporté ces vêtements au ministère public pour l’enquête, on leur a dit de les brûler ou de les jeter.
La famille de Cristina vit dans la clandestinité en raison des nombreuses menaces qu’elle a reçues. Près d’un an après le meurtre de Cristina Hernández, aucune enquête supplémentaire n’a été menée, en dépit de la présence de témoins et de l’existence de suspects. Ceux qui l’ont tuée sont toujours en liberté.
Claudina Velásquez - Enquête entachée d’irrégularités
Claudina Velásquez, étudiante âgée de vingt ans, a été retrouvée morte le 13 août 2005. Elle avait été tuée par balle, et des traces de sperme ont été retrouvées sur son corps.
De graves irrégularités ont été signalées quant à l’enquête. Aucun test, par exemple, n’a été pratiqué sur les principaux suspects pour déterminer s’ils avaient utilisé une arme à feu.
Le père de Claudina s’est fréquemment rendu auprès du ministère public, a suggéré des pistes d’enquête et a même procédé lui-même à certaines investigations.
En novembre 2005, reconnaissant les déficiences dans cette affaire, le responsable du Bureau spécial du procureur chargé des atteintes à la vie a repris l’enquête. Depuis lors, des investigations ont été menées et du sang prélevé sur les cinq suspects a été envoyé en Espagne pour un test de recherche d’ADN.
Si la reprise de l’enquête est en soi encourageante, il n’en reste pas moins que des éléments cruciaux auront été perdus.
María Isabel Franco - Enquête déficiente
María Isabel Franco a été violée et assassinée en décembre 2001.
Ce n’est qu’après que cette affaire eut attiré une attention internationale considérable et fait l’objet d’un documentaire à la télévision que, en février 2006, le procureur a accepté de dresser la liste des pistes restant à élucider et de rechercher le principal suspect dans cette affaire.
Deux des principaux suspects n’auraient jamais donné suite aux mandats de comparution qui leur ont été adressés et seraient en fuite. Selon des proches et des ONG mobilisées sur cette affaire, rien n’a été fait pour retrouver où ils se trouvent.
Clara Fabiola García - Témoins en danger
Clara Fabiola García, âgée de vingt-six ans, avait été témoin le 7 août 2003 du meurtre d’Ana Berta (quinze ans) et d’Elsa Mariela Loarca Hernández (dix-huit ans), dans la ville de Guatémala.
Son témoignage avait joué un rôle clé dans la condamnation à cent ans de réclusion d’Oscar Gabriel Morales Ortiz, membre d’une bande de malfaiteurs, en février 2005.
Lorsqu’il avait été condamné, Oscar Gabriel Morales Ortiz avait déclaré que Clara Fabiola García paierait pour avoir témoigné contre lui.
Le 4 juillet 2005, Clara Fabiola García a été la cible de tirs dans la ville de Chimaltenango, en même temps que sa tante Clara Luz García, âgée de soixante ans, qui est morte sur le coup. Clara Fabiola García a succombé à l’hôpital. Comme c’est l’usage au Guatémala, la protection dont la jeune femme bénéficiait dans le cadre du programme de protection des témoins mis en place par le ministère public avait pris fin au moment où Oscar Gabriel Morales Ortiz avait été condamné alors que, de toute évidence, elle était encore à la merci d’un acte de représailles.
Document public
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