Rapport 2012
La situation des droits humains dans le monde

Document - Myanmar. Des soins médicaux urgents sont nécessaires



AU 322/09, ASA 16/008/2009 – Myanmar 3 décembre 2009


ACTION URGENTE

DES SOINS MÉDICAUX URGENTS SONT NÉCESSAIRES

Trois prisonniers d’opinion, U Gambira, Min Ko Naing et Zaw HtetKo Ko, ont besoin de toute urgence d’un traitement. Ces trois hommes n’ont pas reçu de soins médicaux satisfaisants.

U Gambira, un moine bouddhiste à l’origine de plusieurs manifestations, a contracté le paludisme.Il est actuellement détenu à la prison de Kale (division de Sagaing), dans le nord du Myanmar, à plus de 1 000 kilomètres de la ville principale du pays, Yangon.On ignore s’il est soigné pour cette pathologie. Il présente un mauvais état de santé général et souffre également d’asthme. Il a déjà été privé de soins médicaux en prison et soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements. Il purge actuellement une peine de soixante-trois ans de réclusion pour son rôle de premier plan lors des manifestations antigouvernementales de grande ampleur qui se sont déroulées au Myanmar en août et septembre 2007.

Dirigeant de la première heure du mouvementen faveur de la démocratie, Min Ko Naingsouffre d’hypertension. Il est également atteint d’une maladie oculaire et de goutte, et présente un engourdissement des mains.Il est détenu dans une petite cellule sombre et ses conditions d’incarcération semblent avoir une influence sur sa pathologie oculaire.Les demandes de soins initiales ont été rejetées et il n’a toujours pas reçu de traitement adapté.Il est incarcéré à la prison de Kengtong, dans l’État chan (nord du Myanmar). Cette prison ne dispose pas d’une permanence médicale régulière.La prison de Kengtong est située à plus de 1 100 kilomètres de Yangon, où vit sa famille.Il a été condamné le 11 novembre 2008 à soixante-cinq ans de réclusion pour son rôle de premier plan lors des manifestations antigouvernementales de grande ampleur de 2007.

Zaw Htet Ko Ko, un militant du groupe des Étudiants de la génération 88, présente une douleur à l’estomac et a perdu beaucoup de poids.Il a reçu quelques soins médicaux à la suite de ce problème mais on ignore s’ils sont suffisants et adaptés.Il souffre également d’hypertension.Il est détenu à la prison de Kyaukpyu, dans l’État d’Arakan (ouest du pays), à plus de 1 000 kilomètres de sa famille, qui vit à Yangon.Il purge une peine de onze ans d’emprisonnement assortie de travaux forcés pour sa participation aux manifestations pacifiques antigouvernementales de 2007.

Le manque de soins médicaux et les mauvaises conditions d’incarcération dans les prisons du Myanmar nuisent gravement à la santé de nombreux détenus, beaucoup ayant même contracté de graves pathologies qui n’ont toujours pas été traitées.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en anglais ou dans votre propre langue) :

  • exhortez les autorités à faire en sorte qu’U Gambira, Min Ko Naing et Zaw Htet Ko Ko bénéficient immédiatement du traitement et des soins médicaux nécessaires pour leurs problèmes de santé ;

  • appelez-les à libérer immédiatement et sans condition ces trois hommes, une fois qu’ils auront reçu les soins médicaux dont ils ont besoin de toute urgence ;

  • priez-les instamment de veiller à ce que tous les détenus soient traités avec humanité, que leurs droits humains soient pleinement respectés, et qu’aucun ne soit soumis à la torture ou à un traitement cruel, inhumain et dégradant.


ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 14 JANVIER 2010 À :

Ministre de l’Intérieur :

Maung Oo

Ministry of Home Affairs

Office No. 10

Naypyitaw, Myanmar

Fax : +95 67 412 439

Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Ministre de l’Information :

Brigadier-General Kyaw Hsan

Ministry of Information

Bldg. (7), Naypyitaw

Myanmar

Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,


Ministre des Affaires étrangères :

Nyan Win

Ministry of Foreign Affairs

Naypyitaw, Myanmar

Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,



Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Myanmar dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s’il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

DES SOINS MÉDICAUX URGENTS SONT NÉCESSAIRES

INFORMATIONS GÉNÉRALES

U Gambira est l’un des membres fondateurs de l’Union des moines de Birmanie, créée en septembre 2007 pour soutenir les manifestations contre l’augmentation des prix du carburant et de la nourriture. Le groupe des Étudiants de la génération 88, auquel appartiennent Min Ko Naing et Zaw Htet Ko Ko, est à l’origine des manifestations de 2007, qui ont débuté le mois précédent. Ces manifestations ont par la suite été appelées « révolution de safran » car l’Union des moines de Birmanie a mobilisé des dizaines de milliers de moines, qui se sont joints aux rassemblements.

Après son arrestation le 4 novembre 2007, U Gambira a été contraint à quitter sa robe de moine et a été condamné à l’issue d’un procès inique à huis clos, qui s’est déroulé à la prison d’Insein, à Yangon. Dans cette prison, il a été privé de soins médicaux alors qu’il souffrait de bronchite et d’asthme. Il a été placé à l’isolement le 13 janvier 2009 et son état de santé a continué à se détériorer lorsqu’il a entamé une grève de la faim pour appeler la junte militaire au pouvoir à libérer Daw Aung San Suu Kyi, grande figure du mouvement en faveur de la démocratie, et tous les autres prisonniers politiques, et pour l’exhorter à amorcer un dialogue et un processus de réconciliation nationale avec les groupes d’opposition.

Peu de temps après, le 18 janvier 2008, U Gambira a été transféré de la prison d’Insein à celle de Hkamti, dans la division de Sagaing. À la prison de Hkamti, il a subi de manière fréquente des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements. Il a été menotté et ses chevilles ont été entravées. Il a aussi été régulièrement passé à tabac et on lui a inséré un chiffon dans la bouche pour l’obliger à se taire. Il a également été privé de nourriture et d’eau pendant plusieurs jours. Lorsqu’il a été transféré à la prison de Kale, le 13 mai 2009, il était si faible qu’il était incapable de parler.

En tant que membre fondateur du groupe des Étudiants de la génération 88, Min Ko Naing est soumis à un traitement particulièrement sévère et il est autorisé à sortir de sa cellule beaucoup moins souvent que les autres prisonniers. Avant son transfèrement à la prison de Kengtong, dans l’État chan (nord-est du pays), il avait passé plus d’un an à la prison d’Insein, à Yangon, où il avait été maintenu à l’isolement plus de vingt-trois heures par jour. Il a été arrêté le 21 août 2007, deux jours après avoir pris la tête d’une marche pacifique, organisée à Yangon pour protester contre l’augmentation du prix du carburant.

Min Ko Naing est l’un des dissidents politiques les plus connus du Myanmar. En tant que président de la Fédération des syndicats étudiants de Birmanie, il était au premier plan du soulèvement en faveur de la démocratie qui a eu lieu dans tout le Myanmar en 1988. Ce soulèvement a été brutalement réprimé par la junte militaire : on estime à 3 000 le nombre de personnes tuées ; des milliers d’autres ont été emprisonnées ou ont disparu. En raison de sa participation à ces manifestations, Min Ko Naing a été emprisonné pendant quinze années, dont il a passé une grande partie à l’isolement. Il n’a été libéré qu’en 2004.

Au moins 220 prisonniers politiques ont été transférés dans des prisons reculées du Myanmar depuis octobre 2008, date à laquelle l’État a commencé à condamner massivement les personnes qui avaient participé pacifiquement aux manifestations antigouvernementales d’août et septembre 2007. En raison de cet éloignement, les familles peuvent difficilement rendre visite à leurs proches emprisonnés et leur apporter des produits de base tels que de la nourriture, des médicaments et des vêtements.

En l’absence d’évaluations indépendantes de leur bien-être et de contacts réguliers avec leur famille, ces prisonniers sont encore plus exposés aux rudes conditions d’incarcération, qui s’apparentent à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) n’a pas pu visiter les prisons du Myanmar depuis la fin de l’année 2005.


AU 322/09, ASA 16/008/2009, 3 décembre 2009