Document - Pakistan: Un vieil homme soufi est condamne a mort pour blaspheme
Amnesty International
BULLETIN D'INFORMATIONS 171/00
6 septembre 2000 page 1
pakistan
Un vieil homme soufi est condamné à mort pour blasphème
Index AI : ASA 33/011/00
Alors que la liberté religieuse fait actuellement l’objet de débats au niveau international, un mystique soufi, Yousuf Ali, a été reconnu coupable de blasphème et condamné à mort au Pakistan.
« Les lois pakistanaises sont si peu précises qu’elles contribuent à attiser l’intolérance religieuse et servent à emprisonner quiconque a des opinions religieuses divergentes. De telles lois doivent être abrogées », a déclaré Amnesty International.
L’Organisation considère Yousuf Ali comme un prisonnier d’opinion détenu uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté de religion ; elle demande sa libération immédiate et sans condition.
Le procès s’est déroulé à huis clos, en violation des normes internationales d’équité, et certains médias de langue ourdou ont orchestré une campagne de diffamation qui peut avoir influencé le verdict.
Le jugement contient peu de preuves étayant les déclarations du plaignant, selon lesquelles Yousuf Ali aurait affirmé être un prophète. Celui-ci a nié avoir tenu de tels propos et certains des témoins de l’accusation ont admis qu’ils n’avaient pas compris l’enseignement dispensé par l’accusé.
« … Quel que soit le malentendu, asseyons-nous et discutons de nos différences de façon cordiale et amicale », a plaidé Yousuf Ali au cours de son procès.
S’exprimant le 29 août dans le cadre du Sommet des guides religieux et spirituels pour la paix dans le monde, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a réaffirmé « le droit fondamental qu’a chaque homme et chaque femme d’exercer sa liberté de religion et de culte, d’établir et de maintenir des lieux de culte, d’écrire, de publier et d’enseigner, de célébrer les fêtes, de choisir ses propres chefs religieux, et de communiquer avec d’autres dans son pays et à l’étranger. » Il a appelé les gouvernements à faire respecter ces libertés et a déclaré que « chaque fois qu’un gouvernement manque à son obligation de protéger ces libertés, c’est chacun de nous qui subit tout à la fois un affront et une menace. »
Il apparaît que ces principes sont gravement bafoués au Pakistan. Le plaignant dans le procès de Yousuf Ali est le secrétaire général de Majlis-e-Khatam-e-Nabuwwat, une organisation qui proclame l’unicité du prophète. Cette organisation a harcelé et poursuivi de nombreux individus ou groupes qu’elle soupçonne de ne pas partager la croyance selon laquelle il n’est d’autre prophète que Mahomet. Une grande partie des dizaines d’accusations de blasphème portées contre des ahmadis ont été lancées ou encouragées par des membres de cette organisation.
La loi relative au blasphème, énoncée dans l’article 295-C du Code pénal pakistanais, requiert la peine de mort systématique contre « quiconque aura, par ses paroles […] ou par des représentations visibles […] ou par toute imputation, insinuation ou allusion, directement ou indirectement, profané le nom sacré du Saint Prophète. » Le texte ne définit pas les termes utilisés, par exemple la profanation, et ne prend pas en compte la volonté délibérée ou non de l’accusé d’enfreindre la loi.
Cette loi relative au blasphème a souvent été utilisée afin d’emprisonner des personnes pour des motifs religieux. Elle s’est également révélée un instrument commode pour placer des personnes en détention, les motifs réels étant des rivalités commerciales ou des litiges fonciers.
Amnesty International a salué l’annonce faite en avril 2000 par le général Parvez Musharraf, chef du gouvernement, au sujet des modifications procédurales qui devaient être introduites afin de diminuer les risques d’abus. L’amendement a cependant été retiré en mai, sous prétexte que les oulema (théologiens musulmans) et la population l’avaient « unanimement » exigé.
Des manifestations et des grèves ont été organisées au niveau national par des groupes islamistes demandant que les modifications soient annulées. Depuis, les plaintes déposées pour blasphème sont de nouveau enregistrées directement par la police, sans aucun examen préalable.
Les groupes locaux et les organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International, ainsi que les organisations défendant les droits des minorités, ont appelé à l’abrogation des lois relatives au blasphème, notamment de l’article 295-C. Ils ont également demandé que des garanties procédurales soient introduites, comme cela avait été envisagé avant d’être annulé, tant que ces lois resteront en vigueur.
« La liberté de religion est un droit fondamental. Les lois qui criminalisent la pratique religieuse ou le simple fait de prêcher une croyance, et qui font ainsi du débat sur la religion une question de vie ou de mort, doivent être abrogées », a conclu Amnesty International. དྲ
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