Rapport 2012
La situation des droits humains dans le monde

Document - PAKISTAN. «DISPARITION» PRÉSUMÉE / CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ. Hayatullah Khan (h), journaliste

ACTION URGENTE

DOCUMENT PUBLIC ASA 33/030/2005 – ÉFAI
AU 308/05

Avertissement : Amnesty International défend des individus sans prendre position ni sur leurs idées
ni sur les organisations auxquelles ils pourraient adhérer.


« DISPARITION » PRÉSUMÉE / CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ

PAKISTAN 

Hayatullah Khan (h), journaliste

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Londres, le 8 décembre 2005


Le 5 décembre, Hayatullah Khan, un journaliste, a été enlevé par cinq hommes armés alors qu’il s’apprêtait à couvrir une manifestation organisée pour protester contre une attaque au missile survenue au Waziristan-Nord, une zone tribale située dans le nord-ouest du Pakistan. Amnesty International craint que les ravisseurs ne soient des membres des forces de sécurité qui auraient agi dans le but d’empêcher la circulation d’informations selon lesquelles l’armée américaine est à l’origine de cette attaque. L’organisation pense que ce journaliste pourrait avoir « disparu ».


Hayatullah Khan travaille pour The Nation, un quotidien de langue anglaise, Ausaf, un quotidien de langue ourdou, et l’agence European Press Photo Agency (EPA). Il est également secrétaire général de l'Union tribale des journalistes, un syndicat qui réunit des journalistes travaillant dans les zones tribales du Pakistan, près de la frontière afghane. Il se trouvait avec son frère sur une route à proximité de la ville de Mirali Bazaar lorsque cinq hommes armés et masqués ont arrêté leur voiture, puis l’ont fait monter de force dans un autre véhicule avant de redémarrer.


Hayatullah Khan se rendait sur les lieux d’une manifestation pour y réaliser un reportage. Ce mouvement de protestation faisait suite à un tir de missile visant une habitation du village de Haisori, au Waziristan-Nord, qui avait eu lieu le 1er décembre. Abu Hamza Rabia, haut responsable présumé d’Al Qaïda et ressortissant égyptien, ses deux gardes du corps de nationalité syrienne et deux Pakistanais auraient été tués au cours de cette attaque.


Hayatullah Khan a été le premier journaliste à photographier des éclats d’obus que des habitants du village disaient avoir trouvé dans les décombres de la maison détruite. Sur ces restes figuraient, semble-t-il, les inscriptions « AGM-114 », « guided missile » (missile guidé) et les initiales « US ». On pense qu’il s’agit de fragments d’un missile Hellfire, un type de projectile utilisé par les avions télécommandés Predator de l’armée de l’air des États-Unis. Selon John Pike, responsable d’un site Internet américain consacré à la défense, www.globalsecurity.org, il est peu probable que des agents d’Al Qaïda disposent de missiles Hellfire, bien que cette éventualité ne puisse être totalement écartée.


L’habitation visée appartenait à l’oncle de Hayatullah Khan, Mohammad Siddiq, dont le fils et le neveu, respectivement âgés de dix-neuf et de huit ans, auraient été tués lors de cette attaque. Des habitants du voisinage ont indiqué à la presse qu’ils avaient entendu au moins deux explosions et aperçu un éclair blanc provenant d’un avion avant que le bâtiment ne soit touché.


Des représentants des autorités locales ont affirmé qu’une enquête serait menée sur l’enlèvement de Hayatullah Khan. Selon le site Internet pakistanais Dawn (www.dawn.com), un haut fonctionnaire travaillant au Waziristan-Nord a déclaré le 6 décembre à des journalistes que les autorités ne savaient pas qui était à l’origine de ce rapt, mais qu’il pourrait s’agir de talibans ou d’une personne à qui Hayatullah Khan devait de l’argent. Cependant, la famille du journaliste et des confrères travaillant dans la même région ont rejeté cette hypothèse. Des proches de Hayatullah Khan ont indiqué à des journalistes qu’il avait reçu des menaces ces derniers mois et qu’on avait cherché à le dissuader d’aborder la question de la sécurité dans les zones tribales. D’après son frère, il avait dit, la veille de son enlèvement, qu’il craignait que certains services de renseignements ne prennent des mesures de représailles contre lui pour avoir envoyé les photos des éclats d’obus à des médias pakistanais et internationaux.


Certains journalistes pensent que des membres des forces de sécurité ont enlevé Hayatullah Khan afin de l’empêcher de diffuser des images prouvant la présence de l’armée américaine dans la région. Les autorités pakistanaises ont toujours démenti les allégations selon lesquelles des militaires américains étaient directement impliqués dans des attaques menées au Pakistan dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ».

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Depuis le début de l’année 2004, l’armée pakistanaise mène une opération de sécurité visant à faire partir des zones tribales du pays toutes les personnes liées à Al Qaïda et aux talibans. Des journalistes ont déclaré à Amnesty International qu’il était devenu trop dangereux d’aller enquêter dans la région et que des confrères qui y résidaient s’étaient repliés vers des villes situées en dehors de celle-ci. À plusieurs reprises, les autorités ont formellement interdit à des journalistes de couvrir ces événements.


Hayatullah Khan réalise depuis plusieurs années des reportages sur le déroulement de la « guerre contre le terrorisme » dans les zones tribales du Pakistan. Le 3 juillet 2002, il a été arrêté arbitrairement par des représentants des autorités américaines après avoir tenté d’interroger des gardes d’un camp militaire américain situé en Afghanistan. Lorsqu’il leur a présenté ses papiers d’identité et sa carte de presse, il a été appréhendé, ainsi que ses deux guides et un chauffeur, et les quatre hommes ont été accusés d’être des informateurs travaillant pour le compte d’organisations terroristes. Ils ont été interrogés par des représentants des autorités américaines et britanniques et le répertoire de Hayatullah Khan, qui contenait les numéros de téléphone de plusieurs dirigeants religieux afghans et pakistanais qu’il avait interviewés, a été considéré comme une preuve de ses activités terroristes. Au cours de son interrogatoire, des soldats américains lui ont dit à maintes reprises de se « préparer à mourir ». Des organisations internationales et des journalistes pakistanais ont fait campagne contre son arrestation arbitraire. Le 7 juillet, les quatre hommes ont été libérés, mais une fois de retour au Pakistan, Hayatullah Khan a été maintenu en détention pendant plusieurs heures par des membres des forces paramilitaires pakistanaises et accusé d’avoir fourni à l’armée américaine des informations sur les mouvements des troupes pakistanaises.


ACTION RECOMMANDÉE : dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après(en anglais ou dans votre propre langue) :

– dites-vous vivement préoccupé par les informations selon lesquelles Hayatullah Khan pourrait avoir été enlevé par des membres des forces de sécurité dont le but serait d’empêcher la circulation d’informations sur l’implication des États-Unis dans une attaque au missile perpétrée le 1er décembre au Waziristan-Nord ;


– demandez instamment aux autorités de révéler le lieu où se trouve Hayatullah Khan et de le libérer sans délai, car il semble qu’il soit maintenu en détention uniquement parce qu’il a fait son travail de journaliste ;


– exhortez les autorités à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de Hayatullah Khan s’il se trouve actuellement en détention.


APPELS À :

Président de la République :

President Musharraf

Pakistan Secretariat

Islamabad

Pakistan

Fax : + 92 51 922 1422

Courriers électroniques : ce@pak.gov.pk

Formule d'appel : Dear President, / Monsieur le Président de la République,


COPIES aux représentants diplomatiques du Pakistan dans votre pays.


PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.
APRÈS LE 19 JANVIER 2006, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S'IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.



La version originale a été publiée par Amnesty International,
Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni.
La version française a été traduite et diffusée par Les Éditions Francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
Vous pouvez consulter le site Internet des ÉFAI à l'adresse suivante :
http://www.efai.org