Document - VIÊT-NAM. Appel en faveur du Dr Pham Hong Son. Cyberdissident
VIÊT-NAM
Appel en faveur du Dr Pham Hong Son
Cyberdissident
AMNESTY INTERNATIONAL
DOCUMENTPUBLIC
Index AI : ASA 41/018/2005
Section française_05_COO_338
Le Dr Pham Hong Son, homme d’affaires et médecin diplômé, a été arrêté le 27 mars 2002 pour avoir écrit et publié sur Internet des articles à propos de la démocratie et des droits humains. Lors de son procès le 18 juin 2003, il a été accusé «d’espionnage», en vertu de l’article 80 du Code pénal, et condamné à 13 ans d’emprisonnement, assortis de trois ans d’assignation à résidence à l’issue de sa peine. Il est actuellement détenu au camp de prisonniers de Yen Dinh, dans la province de Thanh Hoa, au nord du Viêt-Nam.
Amnesty International demande la libération immédiate et inconditionnelle du Dr Pham Hong Son, en tant que prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions politiques.
Partisan de la réforme politique pacifique
En mars 2002, le Dr Pham Hong Son avait traduit un article intitulé «Qu’est-ce que la démocratie ?» en provenance du site web de l’ambassade des États-Unis et avait également écrit un article : «Signes d’espoir pour la démocratie au Viêt-Nam», qui ont tous deux été envoyés à des amis et des autorités du parti.
Quelques jours avant son arrestation, la maison du Docteur Pham Hong Son a été perquisitionnée par la police, qui a emporté le matériel informatique et des papiers personnels. Le lendemain, il s’est rendu au commissariat pour réclamer ses affaires personnelles, sans succès. Pour protester contre cela, il a écrit sur Internet une lettre ouverte dans laquelle il se plaignait de la perquisition et de la confiscation de ses affaires. Deux jours plus tard, il a été placé en garde à vue et initialement détenu à la prison B-14 à Hanoï, où sa famille n’a pas été autorisée à lui rendre visite.
Au moment de l’arrestation du Dr Pham Hong Son, les autorités n’ont pas présenté de mandat d’arrêt. Détenir Le Dr Pham Hong Son en «détention provisoire» était une violation de la Constitution vietnamienne et des instruments internationaux relatifs aux droits humains, auxquels le Viêt-Nam est un Etat partie. Le 6 avril 2002, 10 jours plus tard, son épouse Vu Thuy Ha a reçu les documents officiels l’informant de l’arrestation de son époux et des charges retenues contre lui.
Inculpations officielles
L’acte d’accusation officiel détaillé contre le Dr Pham Hong Son affirme qu’il était en contact par courrier électronique avec plusieurs dissidents à l’intérieur du Viêt-Nam et avec des membres de la communauté vietnamienne en exil. Il décrit comment le Dr Pham Hong Son a échangé «13 courriels» avec une organisation basée en France, du nom de Thong Luan(1). Le Dr Pham Hong Son a été accusé «d’espionnage», aux termes de l’article 80 du Code pénal. Son acte d’accusation prétend qu’il était en contact par courriel avec «un certain nombre d’éléments réactionnaires en exil à l’étranger», desquels il a reçu une aide financière, et qu’il a diffusé les informations pour «accuser faussement l’Etat d’avoir violé les droits humains.»
Procès inéquitable
Le Dr Pham Hong Son a été gardé pendant 15 mois en détention préventive sans pouvoir recevoir la visite de sa famille, en violation de la loi vietnamienne et de la loi internationale. Le procès du Dr Pham Hong Son qui s’est déroulé à huis-clos n’a duré qu’une demi-journée, et les membres de corps diplomatiques ainsi que les personnes qui le soutenaient n’ont pas été autorisées à y assister.
Un procès en appel s’est tenu le 26 août 2003, à la suite duquel sa peine a été réduite à cinq ans d’emprisonnement, assortis de trois ans d’assignation à résidence à l’issue de sa peine. Il s’agit d’une décision sans précédent, peut-être due à l’intense pression internationale exercée sur le gouvernement à propos de cette affaire.
Préoccupations médicales
Depuis son procès, les autorités ne lui ont accordé que quelques visites de sa famille. Après une visite de celle-ci en août 2004, il a été signalé que le Dr Pham Hong Son souffrait d’une hernie inguinale, qu’il était faible et qu’il tremblait. Il aurait été placé en isolement durant une longue période. Au début du mois de septembre 2004, il a été envoyé au camp de prisonniers de Yen Dinh, dans la province de Thanh Hoa, à 250-300 km de Hanoï. L’éloignement de la prison de Yen Dinh rendait difficiles les visites de sa famille. Au début de l’année 2005, sa santé se serait améliorée. Rien ne permet de savoir s’il a pu recevoir des soins médicaux de la part des autorités de la prison pour sa maladie.
Abus du système judiciaire pour incarcérer les dissidents
En vertu de la législation vietnamienne actuelle, les dissidents politiques pacifiques sont en fait criminalisés puisqu’il n’y a pas de dispositions dans la loi qui permettent de faire la différence entre un dissident pacifique et un dissident non-pacifique. En conséquence, ceux qui souhaitent exercer leurs droits à la liberté d’expression, d’opinion et d’association sont sujets au harcèlement, à l’arrestation et à l’emprisonnement.
Amnesty International pense que les dispositions ambiguës et exprimées de manière vague dans le Code pénal du Viêt-Nam sont utilisées de manière arbitraire pour réprimer les droits à la liberté d’expression et autres droits qui lui sont liés et violent les instruments internationaux relatifs aux droits humains, auxquels le Viêt-Nam est un Etat partie ; par exemple, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Plutôt que d’utiliser les nombreux décrets qui régissent l’utilisation d’Internet pour poursuivre en justice les personnes ayant exprimé pacifiquement des différences d’opinion, les autorités vietnamiennes ont utilisé la législation relative à la sécurité nationale, ce qui a entraîné de longues peines d’emprisonnement pour les personnes concernées.
Internet au Viêt-Nam
En décembre 1997, le Viêt-Nam s’est connecté à Internet et depuis, la popularité de ce média a fortement augmenté. On estime qu’il existe entre 4000 et 5000 cafés-Internet et en mars 2005, l’accès à Internet avait atteint 6,5 millions de personnes, soit 7,89 % de la population.
Internet a fourni aux personnes qui critiquaient le gouvernement davantage d’occasions d’exprimer pacifiquement leurs opinions. Cependant, la relative facilité avec laquelle les voix dissidentes peuvent être retrouvées dans le cyberespace et l’absence de protection de la vie privée ont augmenté les risques d’arrestations et de poursuites en justice.
Contrôler Internet
Pour les personnes qui résident au Viêt-Nam, il peut être difficile d’accéder aux sites Internet de la diaspora ; l’accès à certains d’entre eux est bloqué. Une partie du blocage est confiée aux serveurs Internet (Internet Service Providers, ISP) qui pratiquent l’autocensure en application de la loi. Les ISP et les utilisateurs d’Internet sont tenus par la loi de donner aux services de sécurité toutes facilités d’accès aux réseaux et aux ordinateurs. Le ministère de la Culture et de l’Information, dans une décision récente, invite explicitement les internautes et les serveurs à dénoncer ceux qui «violent les règles»en matière de diffusion de l’information(2).
En juillet 2004, une directive a été issue pour combattre «des informations mauvaises et empoisonnées» qui circulaient en ligne. Aux termes de cette directive, les propriétaires de cafés-internet doivent contrôler les sites auxquels ont accès les clients, en particulier ceux qui sont interdits par le règlement. Parmi eux se trouvent les sites qui critiquent le gouvernement et que le gouvernement vietnamien considère comme étant une menace à la sécurité nationale. Les autres sites web concernés sont ceux qui transmettent des virus et ceux qui sont de nature pornographique. Les cafés-Internet qui autorisent l’accès à des sites web interdits seront fermés par les autorités.(3)
Récentes mesures de répression sur les dissidents
La répression à l’encontre des dissidents a débuté en 2002, et un certain nombre de personnes ont été arrêtées et jugées pour avoir prôné pacifiquement le changement démocratique et les droits humains et pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et d’association. La plupart de ces dissidents étaient détenus parce qu’ils diffusaient sur Internet et par courriel du matériel qui critiquait la politique du gouvernement. Parmi les dissidents connus pour avoir été arrêtés aux termes de ces mesures répressives, le Dr Pham Hong Son, Nguyen Vu Binh et Nguyen Khac Toan continuent à purger de longues peines d’emprisonnement.
Appel pour la libération du Dr Pham Hong Son
Veuillez écrire pour :
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Demander la libération immédiate et inconditionnelle du Dr Pham Hong Son, incarcéré comme prisonnier d’opinion pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression et de réunion.
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Demander instamment aux autorités de mettre fin à l’utilisation de la législation relative à la sécurité nationale qui criminalise en fait les dissidents politiques et de respecter les principes établis dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel le Viêt-Nam est un Etat partie.
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Demander instamment aux autorités de mettre fin aux procès inéquitables et de s’assurer que les procès des dissidents politiques suivent les principes établis dans le PIDCP, auquel le Viêt-Nam est un Etat partie.
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Demander instamment aux autorités de veiller à ce que le Dr Pham Hong Son reçoive une nourriture adéquate et si nécessaire, les soins médicaux appropriés, selon les normes internationales.
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Demander instamment que tous les prisonniers d’opinion détenus en raison de leurs opinions politiques soient libérés immédiatement et sans conditions.
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Inviter le gouvernement à veiller à la mise en œuvre totale des instruments internationaux relatifs aux droits humains qu’il a ratifiés.
Les adresses pour les appels sont :
Tran Duc Luong
Président
Office of the President
35 Ngo Quyen
Ha Noi
République socialiste du Viêt-Nam
Formule d’appel : Monsieur le président
Télécopieur : +844 734 0815 (c/o The National Assembly – veuillez préciser «For the attention of President Tran Duc Luong»)
Phan Van Khai
Premier ministre
Office of the Prime Minister
Hoang Hoa Tham
Ha Noi
République socialiste du Viêt-Nam
Formule d’appel : Monsieur le Premier ministre,
Télécopieur : +844 199 2682 (c/o Ministry of Foreign Affairs – veuillez préciser "For the attention of Prime Minister Phan Van Khai")
Le Hong Anh
Ministre de la Sécurité publique
Ministry of Public Security
15 Tran Binh Trong Street
Hoan Kiem District
Ha Noi
République socialiste du Viêt-Nam
Formule d’appel : Monsieur le ministre
Télécopieur : +844 942 4381
********
Notes:
(1) Thong Luan utilise son site web (www.thongluan.org) pour diffuser des informations concernant la démocratie et les problèmes des droits humains au Viêt-Nam.
(2) L’article 11 de la décision N° 27/2002/QD-BVHTT du ministère de la Culture et de l’Information concernant l’octroi de licences pour les fournisseurs d’information et les sites web précise que «les agences, organisations et individus qui rendent des services méritoires aux autorités en détectant et signalant des infractions aux lois et règlements sur la diffusion de l’information prévues par le décret N°55/2001/ND-CP, et par les dispositions du présent statut, bénéficieront selon les règles de l’approbation de l’État».
(3) AFP «Vietnam steps up control of Internet», 21 juillet 2004
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