Document - Albanie: Amnesty International demande au president Berisha de liberer neuf prisonniers d'opinion pour marquer la fete nationale
AMNESTY INTERNATIONAL
BULLETIN D'INFORMATIONS 222/96
ALBANIE.
Amnesty International demande au président Berisha de libérer neuf prisonniers d'opinion pour marquer la fête nationale
Index AI : EUR 11/30/96
« Le président Sali Berisha devrait démontrer la volonté de l'Albanie de respecter ses engagements en matière de droits de l'homme en libérant neuf prisonniers d'opinion, à l'occasion de la fête nationale de la semaine prochaine », a déclaré Amnesty International ce mercredi 20 novembre 1996.
« Ces libérations permettraient à l'Albanie de rompre avec le passé. Sous le régime communiste, en effet, des milliers de personnes avaient été emprisonnées ou persécutées simplement parce qu'elles s'opposaient ou étaient soupçonnées de s'opposer au gouvernement », a ajouté l'Organisation.
Amnesty International craint que le maintien en détention de ces hommes ne jette une ombre sur la récente adhésion de l'Albanie à la Convention européen ne des droits de l'homme. Ce texte, ratifié par l'Albanie en octobre dernier, garantit, entre autres droits, celui d'exprimer librement ses opinions et de s'associer en toute liberté.
Dans un document publié ce mois-ci, l'Organisation décrit le cas de neuf prisonniers d'opinion détenus actuellement en Albanie. Parmi eux se trouve le dirigeant du Parti socialiste Fatos Nano. Arrêté en juillet 1993, cet homme a été reconnu coupable en avril 1994 de « détournement de biens au profit de tiers » – en relation avec la livraison, en 1991, de secours d'urgence en provenance d'Italie – ainsi que de « falsification de documents officiels ». Les faits qui lui sont imputés remonte à la période où Fatos Nano était le Premier ministre du gouvernement communiste de l'ancien président Ramiz Alia.
Un autre prisonnier d'opinion dont le cas est décrit dans le rapport d'Amnesty International est Idajet Beqiri, dirigeant du parti d'opposition Unikomb (Parti d'union nationale). Cet homme a été condamné à quinze ans d'emprisonnement, en septembre 1996, pour avoir, paraît-il, commis des « crimes contre l'humanité » en 1985, sous le régime communiste.
Après avoir étudié de près ces deux affaires, l'Organisation a conclu que ces hommes n'avaient pas été jugés à l'issue de procès équitables. Selon l'Organisation, les charges retenues contre eux étaient liées à des considérations politiques et n'ont pas été étayées par les éléments de preuve produits devant le tribunal.
« Leur incarcération visait de toute évidence à les empêcher de participer aux élections nationales qui ont eu lieu en mai 1996 », fait observer Amnesty International.
L'Organisation lance également un appel en faveur de la libération de sept hommes condamnés en 1996, à l'issue de trois procès différents. Ils ont été reconnus coupables « d'activités anticonstitutionnelles » pour avoir voulu « reconstituer » l'ancien parti communiste, officiellement dissous, ou pour avoir diffusé des écrits marxistes. Ils purgent actuellement des peines allant de dix mois à quatre ans d'emprisonnement, bien qu'aucun élément attestant qu'ils ont usé de violence ou préconisé son usage n'ait été présenté lors de leur procès.
Amnesty International n'ignore pas qu'un grand nombre de citoyens albanais sont aujourd'hui hostiles à la reconstitution du parti communiste ou à la promotion des idées marxistes parce que le pays a souffert de la dureté de la répression et des violations des droits de l'homme qui ont marqué les années de régime communiste. Cependant, tout engagement en faveur de la protection des droits fondamentaux des citoyens sous-entend, de la part des autorités, l'acceptation du pluralisme, qui accorde à tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions, la jouissance de leurs droits fondamentaux, dont celui d'exprimer leurs opinions.
En demandant leur libération, l'Organisa-tion ne soutient ni ne condamne les opinions personnelles de ces neuf hommes ; elle demande simplement que soient respectés leurs droits fondamentaux l
La version originale a été publiée par Amnesty International, Secretariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni. Seule la version anglaise fait foi. La version française a été traduite et diffusée par les Éditions francophones d'Amnesty International - ÉFAI -
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