Document - Égypte. Un ressortissant russe détenu en Égypte
AU 307/09, MDE 12/033/2009 – Égypte 13 novembre 2009
ACTION URGENTE
UN RESSORTISSANT RUSSE DÉTENU EN ÉGYPTE
Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev, un Russe âgé de trente-deux ans membre de l'ethnie ingouche, est détenu au secret en Égypte depuis le 10 novembre. Amnesty International pense qu'il est maintenu en détention par des agents du Service de renseignement de la sûreté de l'État (SSI) dans la ville côtière d'Alexandrie (nord du pays). Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev risque de subir des actes de torture ou d'autres formes de mauvais traitements, et peut-être un retour forcé en Russie.
Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev et son épouse, Maret Mankieva, ont tous deux été arrêtés après s'être rendus au consulat de Russie à Alexandrie le 10 novembre afin de renouveler son passeport.Lorsqu'ils sont sortis du bâtiment, ils ont été suivis par deux policiers en civil qui auraient frappé Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev avant de les arrêter.Ceux-ci n'ont pas présenté de mandat d'arrêt et n'ont fourni aucune explication à cette arrestation.Le couple a d'abord été conduit à un poste de police, puis transféré vers un autre bâtiment de la police à Alexandrie – probablement un centre de détention du SSI – où on lui a bandé les yeux avant de le séparer.
Les forces de sécurité ont déclaré à Maret Mankieva qu'elle et son mari étaient placés sous surveillance et lui ordonné de les conduire chez elle. Elle a été autorisée à voir Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev pendant cinq minutes avant de partir avec les policiers. Elle a indiqué àAmnesty International que lors de cette entrevue, il avait les jambes attachées avec de la corde, il était menotté et il saignait au niveau du cuir chevelu et du visage. Ensuite, les forces de sécurité ont perquisitionné leur domicile sans autorisation et saisi un certain nombre de documents personnels.Maret Mankieva a pu rester chez elle après leur départ, mais son mari a été maintenu en détention. Depuis, on ne lui a pas permis de lui rendre visite ni de lui faire passer ses effets personnels, et les autorités ont nié le détenir.À la connaissance d'Amnesty International, aucune inculpation n'a été prononcée contre lui.Le 11 novembre, le vice-consul de Russie a déclaré à Maret Mankieva que son époux était toujours détenu mais que personne n'était autorisé à le voir.
En juin, au moins six ressortissants russes ont été éloignés de force du territoire égyptien, après une vague d'arrestations d'étudiants étrangers – dont quelque 35 Russes – à la fin du mois de mai.Amnesty International craint donc qu'Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev ne soit renvoyé de force en Russie, où il pourrait faire l'objet d'une détention arbitraire et risque d'être torturé ou soumis à d'autres mauvais traitements.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en arabe, en anglais ou dans votre propre langue) :
-
exhortez les autorités à révéler sans délai le lieu de détention d'Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev et à lui permettre de consulter les avocats de son choix, de recevoir la visite de ses proches et de bénéficier d'une assistance consulaire et de tous soins médicaux dont il pourrait avoir besoin ;
-
priez-les instamment de veiller à ce qu'il ne soit ni torturé, ni soumis à d'autres formes de mauvais traitements ;
-
engagez-les à le libérer immédiatement et sans condition, à moins qu'il ne soit inculpé dans les plus brefs délais d'une infraction dûment reconnue par la loi et jugé équitablement, dans le respect des normes internationales ;
-
demandez au ministère de l'Intérieur de ne pas renvoyer de force Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev ni aucun autre ressortissant russe en Russie, car ils risqueraient d'y être victimes de torture ou d'autres mauvais traitements.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 25 DÉCEMBRE 2009 À :
Ministre de l'Intérieur :
Habib Ibrahim El Adly
Ministry of the Interior
25 El Sheikh Rihan Street
Bab al-Louk, Cairo, Égypte
Fax : +20 22 796 0682
Courriers électroniques : moi@idsc.gov.eg
Formule d'appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,
Procureur général :
Abd El-Megeed Mahmoud
Dar al-Qadha al-'Ali
Ramses Street, Cairo, Égypte
Fax : +20 22 577 4716
Formule d'appel : Dear Counsellor, / Monsieur le Procureur général,
Copies à :
Adjoint au ministre des Affaires étrangères, chargé des droits humains :
Wael Abu al-Magd
Human Rights and International Humanitarian and Social Affairs
Ministry of Foreign Affairs
Corniche al-Nil, Cairo, Égypte
Fax : +20 22 574 9713
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de l'Égypte dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
ACTION URGENTE
UN RESSORTISSANT RUSSE DÉTENU EN ÉGYPTE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev et Maret Mankieva vivent en Égypte depuis trois ans. Ils s'y sont réfugiés pour échapper au harcèlement auquel les autorités les soumettaient en Russie, où Ibrahim Zaoutdinovitch Mankiev était imam (dignitaire musulman). Ce dernier a continué d'étudier l'islam en Égypte et allait faire une demande pour suivre des études islamiques dans une université. Il semblerait que le consulat de Russie n'ait pas été en mesure de renouveler son passeport et ait alors affirmé qu'aucune information à son sujet ne figurait dans ses fichiers.
Le 19 juin, les ressortissants russes Maskhoud Abdoullaïev (arrêté le 27 mai) et Akhmad Azimov ont été renvoyés de force du Caire à Moscou, où ils ont été placés en détention par des hommes en civil. Tandis qu'Akhmad Azimov a été libéré après avoir été interrogé pendant quelques heures, le lieu où se trouvait Maskhoud Abdoullaïev – dont le père est le dirigeant d'un groupe armé tchétchène – est resté indéterminé jusqu'au 29 juin, lorsqu'il est apparu sur une chaîne de télévision tchétchène où il a déclaré qu'il était revenu de son plein gré « afin de rendre visite à ses proches et de voir comment était la vie en Tchétchénie ». Cependant, il n'était pas certain que Maskhoud Abdoullaïev soit arrivé en Tchétchénie de son plein gré. Des organisations de défense des droits humains avaient exprimé leur crainte que les services de sécurité tchétchènes ne le détiennent afin de faire pression sur son père et de l'utiliser à des fins de propagande. Ce n'est qu'à la suite de l'intervention de militants des droits humains que Maskhoud Abdoullaïev a pu quitter la Tchétchénie et se rendre en Azerbaïdjan pour retrouver sa famille (voir l'AU 170/09, EUR 46/017/2009, et ses mises à jour).
Quatre autres Russes ont été renvoyés de force par les autorités égyptiennes le 18 juin. Ils ont été arrêtés dès leur arrivée en Russie, puis libérés après avoir été interrogés. Amnesty International reçoit régulièrement des informations faisant état de cas de détenus torturés ou soumis à d'autres mauvais traitements en Russie et indiquant que les autorités n'enquêtent pas de manière efficace sur ces faits ou ne traduisent pas en justice les responsables présumés.
AU 307/09, MDE 12/033/2009, 13 novembre 2009
