Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

13 juillet 2011

Les transferts d'armes : les États adorent les secrets, mais nous voulons des faits

Les transferts d'armes : les États adorent les secrets, mais nous voulons des faits



Par Alaphia Zoyab, responsable de la communication en ligne du secrétariat d'Amnesty International.

Tous les gouvernements affirment vouloir stopper le flux des armes illicites, mais en les écoutant aujourd'hui aux Nations unies, il ne fait aucun doute que peu d'entre eux sont prêts à passer à l'action.

Pourquoi ? Parce qu'ils devront faire preuve d'une transparence accrue lorsqu'ils rendront compte des transferts d'armes, ce qui les met immédiatement mal à l'aise.

Peu de gouvernements sont prêts à intervenir pour mettre fin aux transferts d'armes illégaux.
Peu de gouvernements sont prêts à intervenir pour mettre fin aux transferts d'armes illégaux.
© ONU/Albert Gonzalez Farran


Les recherches d'Amnesty International montrent que les armes illicites proviennent principalement du détournement d'armes stockées légalement ou issues du commerce autorisé. Toutefois, les rapports établis actuellement par les gouvernements sur les importations, les exportations et les transferts d'armes sont si peu représentatifs, qu'il est quasiment impossible de déterminer quand et comment les armes meurtrières sont détournées.

Si les États veulent être en mesure d'identifier les voies de détournement et de les bloquer, ils doivent s'engager à faire preuve d'une plus grande transparence globale en rendant leurs rapports publics. Ils ne peuvent invoquer la « confidentialité » pour des raisons de sécurité, tout en espérant que les transferts d'armes illicites disparaîtront miraculeusement. Ce n'est pas une voie à sens unique.

Toutefois, si Amnesty International souhaite que ces rapports sur les transferts d'armes soient rendus publics dans le cadre du Traité sur le commerce des armes (TCA), c'est aussi pour que les gens comme nous puissent réellement voir ce que font nos gouvernements : à qui ils fournissent des armes et s'ils sont assez vigilants pour que ces armes ne finissent pas dans les mains d'auteurs de violations des droits humains.

D'aucuns redoutent que la présentation systématique de rapports publics n'entraîne une bureaucratie excessive, mais le fait est que tous les plus grands fabricants et exportateurs d'armes – la Chine, la Russie, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis – recueillent déjà ces données et en rendent compte auprès de différents mécanismes de l'ONU. Tous les États devront désormais le faire de manière uniforme dans le cadre du TCA.

Des dizaines de gouvernements reconnaissent que le commerce des armes ne saurait se poursuivre dans l'ombre. La Norvège a déclaré à juste titre aujourd'hui : « Rendre compte n'est pas une question de commodité. » La Norvège et ses alliés doivent faire de leur mieux pour convaincre les autres États de ne pas affaiblir les mécanismes de transparence du TCA qui permettront un contrôle public et législatif des transferts d'armes.

Depuis 1989, près de 250 000 personnes sont mortes chaque année dans le cadre d'un conflit armé. Quelque 300 000 meurent chaque année hors conflits armés. Malgré cela, le commerce des armes se fait toujours dans l'ombre. La transparence sera la clé de voûte d'un traité qui, nous l'espérons, mettra fin à ces transferts d'armes irresponsables et permettra ainsi de réduire ces chiffres meurtriers.

Pour en savoir plus sur les recommandations d'Amnesty International au sujet des mécanismes de transparence du Traité sur le commerce des armes. Vous pouvez suivre les négociations qui se déroulent cette semaine aux Nations unies sur le Traité sur le commerce des armes en cliquant sur @amnestyonline.

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