Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

11 octobre 2011

L'assassinat d'un dirigeant kurde syrien, une «intensification dangereuse»

L'assassinat d'un dirigeant kurde syrien, une «intensification dangereuse»

L'assassinat d'un dirigeant kurde de premier plan en Syrie risque de constituer un tournant dangereux dans le cadre de la répression menée par le gouvernement contre les actions de protestation ayant gagné le pays depuis le mois de mars, a déclaré Amnesty International mardi 11 octobre.

Meshal al Tammo, porte-parole du parti Courant du futur kurde, et l'un des fondateurs du Conseil national, nouvelle coalition d'opposition syrienne, a été abattu vendredi 7 octobre par des hommes armés non identifiés à El Qamishli, près de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Un de ses fils, Marcel, et une militante kurde syrienne, Zaheda Rashkilo, ont été grièvement blessés lors de cette attaque, qui s'est produite au domicile d'un ami de Meshal al Tammo.

« Il s'agit d'un meurtre de sang-froid et ceux qui ont commis ce crime odieux doivent être identifiés et traduits en justice », a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Si le gouvernement syrien ou des représentants de celui-ci s'avéraient responsables, cet homicide risque de marquer le début d'une intensification dangereuse de la répression sévissant en Syrie. »

Des militants syriens accusent les autorités et affirment que Meshal al Tammo a été pris pour cible en raison de son rôle décisif dans la mobilisation visant à associer la minorité kurde aux manifestations antigouvernementales. Le gouvernement syrien a attribué son homicide à des « terroristes armés » et qualifié le dirigeant kurde de « martyr ».

« Les autorités syriennes doivent immédiatement diligenter une enquête indépendante, ou les soupçons pesant sur elles se resserreront », a déclaré Malcolm Smart.

« Elles doivent inviter les Nations unies à envoyer des experts internationaux sur place afin d'aider à mener cette enquête et de veiller à ce qu'elle soit indépendante et approfondie. »

Un témoin du meurtre a déclaré à Amnesty International que le dirigeant kurde déjeunait avec son fils et d'autres personnes chez un ami vendredi 7 octobre, lorsque plusieurs hommes masqués et armés ont fait irruption et exigé qu'il les suive. Lorsqu'il leur a demandé qui ils étaient, ils ont ouvert le feu, le blessant mortellement et touchant Zaheda Rashskilo aux jambes alors qu'elle essayait de le protéger.

« J'ai entendu les tirs et les cris de Zaheda. J'ai couru vers la maison et j'ai trouvé Marcel dehors, en sang […] Il m'a dit : " Va voir si mon père va bien !" C'est à ce moment-là que les autres ont porté le corps de Meshal hors de la maison […] Il a succombé à ses blessures, causées par huit balles ayant principalement visé son cœur », a expliqué le témoin à Amnesty International.

Meshal al Tammo a été enterré le lendemain. Des milliers de personnes ont assisté à ses funérailles, durant lesquelles les forces de sécurité syriennes auraient ouvert le feu sur des membres du cortège, en tuant deux et en blessant plusieurs autres.

Au moins 51 personnes auraient été tuées depuis vendredi 7 octobre, les autorités continuant à s'en prendre aux manifestants à travers le pays. Amnesty International a compilé une liste de plus de 2 400 personnes tuées depuis la mi-mars.

Meshal al Tammo était un ancien prisonnier d'opinion. Il avait été emprisonné d'août 2008 à juin 2011 en raison de ses activités politiques en tant que porte-parole du parti du Courant du futur kurde, avant d'être remis en liberté à la faveur d'une grâce partielle accordée par le président Bachar el Assad.

Il avait échappé à une tentative d'assassinat le 8 septembre 2011. Un autre membre du Conseil national, Riad Seif, aurait été agressé par des inconnus le 7 octobre ; il s'en est sorti avec un bras cassé.

Le meurtre de Meshal al Tammo est survenu trois jours après que la Russie et la Chine aient opposé leur veto à une résolution contraignante déjà édulcorée sur la Syrie au Conseil de sécurité des Nations unies.

« Parce qu'il n'a pas adopté de résolution juridiquement contraignante sur la Syrie, le Conseil de sécurité des Nations unies a manqué à ses obligations envers le peuple syrien et indirectement donné aux autorités syriennes son feu vert pour que le carnage continue », a conclu Malcolm Smart.

« Il est crucial que la communauté internationale redouble d'efforts afin de mettre un terme à la répression en Syrie, notamment en saisissant le procureur de la Cour pénale internationale pour qu'il poursuive les dirigeants du pays. C'est désormais la seule manière de réagir aux graves violations des droits humains perpétrées en Syrie. »

Pour en savoir plus :

Le blocage de la résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie est une « trahison choquante » (nouvelle, 5 octobre 2011)
The long reach of the Mukhabaraat: Violence and harassment against Syrians abroad and their relatives back home (rapport, 3 octobre 2011)
Les arrestations et les menaces de mort réduisent au silence les militants syriens (nouvelle, 27 septembre 2011)

Thème

Exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux 
Crise Moyen-Orient et Afrique du Nord 

Pays

Syrie 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

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