Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

20 novembre 2008

Le président colombien doit cesser de proférer de fausses accusations contre les groupes de défense des droits humains

Le président colombien doit cesser de proférer de fausses accusations contre les groupes de défense des droits humains
Il faut que le président colombien, Álvaro Uribe, arrête de porter de fausses et dangereuses accusations contre les défenseurs des droits humains, clame une déclaration conjointe diffusée le 19 novembre.

Amnesty International et Human Rights Watch ont publié cette déclaration après avoir toutes deux été houspillées par le président Uribe pour avoir diffusé en octobre des rapports critiquant son gouvernement.

Au lendemain de la publication de ces documents, le président colombien a taxé Amnesty International d'« aveuglement », de « fanatisme » et de « dogmatisme ». Il a également accusé publiquement José Miguel Vivanco, directeur du programme Amériques de Human Rights Watch, d'être un « partisan » et un « complice » des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Dans leur déclaration conjointe, les deux organisations ont demandé au président Uribe de cesser de lancer des accusations et d'entreprendre plutôt de porter remède aux problèmes relatifs aux droits humains mis en lumière dans les rapports.

« Nous nous réjouirions d'avoir l'occasion de débattre des questions de fond avec le président, a assuré Susan Lee, directrice du programme Amériques d'Amnesty International. Mais ces déclarations dénigrent sa présidence et donnent le feu vert à ceux qui souhaitent faire du tort aux défenseurs des droits humains en Colombie. »

Amnesty International et Human Rights Watch attendent toujours que le gouvernement colombien apporte des réponses pondérées et détaillées aux graves problèmes relatifs aux droits humains qu'elles ont soulevés dans leurs rapports.

Le rapport de Human Rights Watch, intitulé Breaking the Grip? Obstacles to Justice for Paramilitary Mafias in Colombia, évaluait les démarches effectués par la Colombie dans le but d'enquêter sur l'influence exercée par les paramilitaires sur de nombreuses institutions étatiques, ainsi que les mesures prises afin de briser celle-ci. Il décrivait également comment certaines actions du gouvernement sabotaient délibérément lesdites enquêtes.

Le rapport d'Amnesty International, intitulé ‘Leave us in peace!‘ Targeting civilians in Colombia's internal armed conflict, a montré que le gouvernement colombien était dans le déni quant à la situation des droits humains dans le pays. Malgré les informations de plus en plus nombreuses faisant état de déplacements forcés à l'intérieur du pays, d'attaques contre des militants en faveur des droits humains et des droits sociaux, et d'homicides commis par les forces de sécurité, les autorités colombiennes essaient de convaincre la communauté internationale que la situation des droits humains s'améliore.

Plus tôt cette année, après qu'un conseiller présidentiel, José Obdulio Gaviria, a laissé entendre en public que les organisateurs d'une manifestation contre les escadrons de la mort paramilitaires entretenaient des liens avec la guérilla, une vague de menaces et de violences a déferlé sur les participants et les organisateurs de cette marche, dont certains ont été tués.

Amnesty International et Human Rights Watch ont fait remarquer que le président Uribe et de hauts responsables du gouvernement ont souvent lancé des accusations similaires contre ceux qui critiquent leurs politiques ou y font barrage, notamment les organisations colombiennes et internationales de défense des droits humains, mais aussi la Cour suprême colombienne, des syndicalistes et d'éminents journalistes.

« Ces accusations ridicules sont symptomatiques d'un gouvernement qui refuse d'être tenu pour responsable de ses actes, a martelé José Miguel Vivanco de Human Rights Watch. Au lieu de prendre au sérieux les problèmes de la Colombie en matière de droits fondamentaux, le président Álvaro Uribe préfère détourner les critiques en accusant tout simplement les détracteurs, quels qu'ils soient, d'entretenir des liens avec les mouvements de guérilla. »

Depuis plus de quarante ans, le conflit armé interne colombien oppose les forces de sécurité et les paramilitaires aux groupes de guérilla. Ce conflit s'est caractérisé par une quantité incroyable de violations des droits humains et d'atteintes au droit international humanitaire imputables aux forces de sécurité, aux paramilitaires ou aux groupes de guérilla, les principales victimes ayant été des civils – des dizaines de milliers ont été tués, des milliers d'autres ont été victimes de disparitions forcées, tandis que des millions ont subi des déplacements forcés.

Le gouvernement du président Uribe est arrivé au pouvoir en 2002, un an seulement après les attaques dont les États-Unis ont été la cible, en septembre 2001. Il a à maintes reprises essayé de nier que la Colombie est en proie à un conflit armé, choisissant plutôt de situer les hostilités dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » internationale.

De nombreux organes internationaux, dont le Comité international de la Croix-Rouge et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, donnent pourtant systématiquement à la situation en Colombie la définition de conflit armé interne.

Pour en savoir plus :

‘Leave us in peace!’ : Targeting civilians in Colombia's internal armed conflict (rapport, 28 octobre 2008)

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