Hu Jia condamné à trois ans et demi de prison
4 avril 2008
Le militant chinois des droits humains Hu Jia a été reconnu coupable d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État » et condamné à une peine de trois ans et demi d’emprisonnement.
Après avoir passé des mois en résidence surveillée, il a été arrêté le 27 décembre 2007. Il a été formellement inculpé le 28 janvier 2008 et jugé le 18 mars par le tribunal populaire intermédiaire municipal n° 1 de Pékin.
« Ce jugement punit Hu Jia pour avoir critiqué publiquement les violations des droits humains commises en Chine et met en garde tous les autres militants en Chine qui oseraient exprimer publiquement des préoccupations concernant les droits humains, a déclaré Amnesty International.
Il montre également que les promesses faites par les responsables chinois que la situation des droits humains s’améliorerait avant les Jeux olympiques ne sont que des paroles en l’air. »
Avant son arrestation, Hu Jia avait fait connaître publiquement ses préoccupations concernant des atteintes aux droits humains commises par la police à Pékin, notamment des arrestations de militants effectuées sans respecter les procédures légales en vigueur. Ce fut par exemple le cas du militant des droits à la terre Yang Chunlin et du défenseur des droits humains Lu Gengsong, qui ont eux aussi été arrêtés à la suite d’accusations de subversion.
Au cours de sa détention, Hu Jia a été soumis à 47 longs interrogatoires. Il n’a pu consulter son avocat ni contacter sa famille et a été privé de soins médicaux, y compris des médicaments qu’il doit prendre quotidiennement à cause d’une maladie du foie liée à son infection par le virus de l’hépatite B. Son épouse, Zeng Jinyan, se trouve toujours en résidence surveillée avec leur bébé.
Amnesty International considère Hu Jia comme un prisonnier d’opinion et a demandé sa libération immédiate et inconditionnelle. L’organisation appelle le Comité international olympique et les dirigeants mondiaux qui jouent un rôle dans les Jeux olympiques à exprimer publiquement leur inquiétude à propos de la situation de Hu Jia – ainsi que de celle des nombreux autres militants pacifiques qui sont réduits au silence en Chine avant les JO. S’ils s’abstiennent de prendre la parole, cette « conspiration du silence » sera interprétée par les autorités comme une approbation tacite de la répression menée.
Hu Jia s’est d’abord engagé dans la défense des malades du sida en 2001. Il est le cofondateur de l’Institut Aizhixing pour l’éducation à la santé, basé à Pékin, et de Loving Source, une association qui vient en aide aux enfants dont les proches sont atteints du sida.
Ses activités et son franc-parler lui ont valu d’être harcelé et battu par la police à de multiples reprises. D’après son épouse, Zeng Jinyan, « sans compter la fois en 2002 où il a été arrêté par la police alors qu’il s’entretenait avec des villageois malades du sida, Hu aura fait l’objet de diverses formes de détention pendant exactement quatre ans à la date du 3 avril 2008 ».
L’action de Hu Jia s’est élargie à d’autres questions de défense des droits humains et il a commencé à rendre compte de violations des droits humains de plus grande ampleur et à donner des interviews à des médias étrangers. En novembre 2007, il a participé via une webcam à une audition du Parlement européen qui se déroulait à Bruxelles, au cours de laquelle il a déclaré que la Chine n’avait pas respecté ses promesses d’améliorer la situation des droits humains à l’approche des JO.
Dans un article paru sur son blog et daté du 10 septembre 2007, Hu Jia écrivait : « Tout le monde devrait savoir que le pays qui va bientôt accueillir les Jeux olympiques est un pays où il n’y a pas d’élections démocratiques, pas de liberté de religion, pas de tribunaux indépendants ni de syndicats indépendants. Il interdit les manifestations et les grèves. C’est un État où la torture et la discrimination sont fréquentes et qui a recours à un vaste système de police secrète. C’est une nation qui viole les normes relatives aux droits humains et la dignité humaine, et qui n’est pas prête à remplir ses obligations internationales. »
Lors d’une conférence de presse conjointe organisée le 28 février 2008 à Pékin avec son homologue britannique David Miliband, le ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi a déclaré : « Personne ne sera arrêté pour avoir dit que les droits humains sont plus importants que les Jeux olympiques. C'est impossible. »
Amnesty International estime que le jugement prononcé contre Hu Jia réduit à néant l’idée selon laquelle les citoyens chinois seraient libres d’avoir des opinions et de les exprimer sans être sanctionnés par les autorités, et sert d’avertissement aux autres militants qui seraient tentés d’exprimer publiquement en Chine des préoccupations en matière de droits humains.
Pour en savoir plus
JO de Pékin : quel héritage pour les droits humains ? (31 mars 2008)
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